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Tristes tropiques

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Mélange de souvenirs de voyages et de considérations sur différents sujets tels que la philosophie, le métier d'ethnologue, l'architecture, l'environnement ou encore la structure sociale et la religion, Tristes Tropiques ressemble fort à un essai dans lequel Claude Lévi-Strauss nous fait partager son expérience d'ethnologue afin de nous amener à réfléchir sur nous-même et notre société civilisée comme il le fait d'ailleurs très bien lui-même.

Entre une première partie qui prend parfois des allures de carnet de voyage, où les périples en bateau ressemblent parfois à des galères, et une conclusion qui s'attache à reconsidérer le métier d'ethnologue, essayer de comprendre ce qui le définit et peut-être ce qui le rend par certains aspects perfectible voir "faussé" (avec des notions de subjectivité et d'objectivité forcément prépondérantes dans ce domaine) ; ainsi qu'une vision, peut-être critiquable mais pas inintéressante ni dépourvue d'arguments, de l'Islam (et du bouddhisme et un peu du christianisme) ; l'auteur nous propose quatre études de peuples sauvages d'Amérique du Sud (et quelques pages aussi sur un séjour en Inde).

Comme le fait remarquer Nathan T. dans sa critique, Lévi-Strauss a semble-t-il rédigé ce livre sans volonté au départ d'en faire un ouvrage organisé, et cela se ressent dans la structure même de l’œuvre ainsi que dans l'absence de transitions parfois entre deux idées. Les éléments s'enchaînent et l'on s'étonne souvent de la brutalité des fins de chapitre, où l'auteur amène sa conclusion sur une petite phrase un peu plus personnelle et évasive pour enchaîner sur l'étude d'une autre tribu.

D'ailleurs si ces chapitres sur les Nambikwara et autres Bororo sont parfois un peu longs et s'attardent sur des détails de manière trop prononcée, cela n'empêche pas que le tout s'avère très intéressant. A travers des mœurs différentes, des structures sociales originales, des comportements et des rapports à la nature et aux hommes éloignés de la civilisation occidentale, on en vient forcément à se questionner sur la sienne, à la remettre en cause, à l'étalonner à la faveur de la découverte de modes de fonctionnement opposés. On a sans doute tort, car le fait principal est bel et bien que chaque civilisation, chaque groupe social, chaque système politique... est différent mais qu'il est extrêmement compliqué de les jauger, de les comparer et d'en retirer la meilleure organisation possible. Pourtant comme en philosophie, le but est bien de penser la perfection, non pas parce qu'il est possible de l'atteindre, mais pour s'en approcher le plus possible.

Tristes Tropiques est un beau rappel à l'ordre pour une pensée humaine qui a parfois tendance à critiquer les autres sans se remettre en question, sans considérer son droit à juger et surtout à vouloir être intervenant au sein de cultures qui les dérangent sur certains points.
On ne peut donc que conseiller cet ouvrage qui souffre parfois de longueurs et de problèmes structurels mais qui amène à réfléchir sur soi-même (grâce à la place de l'ethnologue), sur les autres civilisations et sur la sienne.

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