Homère pour les Nuls

Avis sur Un été avec Homère

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« L’Iliade est le récit de la guerre de Troie. L’Odyssée raconte le retour d’Ulysse en son royaume d’Ithaque. L’une décrit la guerre, l’autre la restauration de l’ordre. » Ainsi commence le premier chapitre de cet excellent “Homère pour les Nuls”, et c’est à peu près tout ce que j’avais en mémoire !
Je l’ai déjà dit, je ne suis pas littéraire… ma scolarité a surtout été abreuvée de Mathématiques, de matières scientifiques et de technologie. Ma vie professionnelle m’a plongé dans les arcanes de la maîtrise des matériaux, de la conception de systèmes en passant par la tenue à l’abrasion thermique, à la corrosion sous tension et autres bizarreries très terre à terre. Les seuls Dieux antiques qui me soient quelque peu familiers sont Hadès (Dieu des enfers) et Poséidon (Dieu de la mer et des tempêtes), des Dieux pas très pacifiques dont les noms avaient été donnés à des engins militaires sur lesquels il m’a été donné de travailler et bien sûr, Ariane (mais il parait qu’elle n’ait été qu’une princesse mortelle ! ou alors déesse de la végétation qui meurt pour mieux ressusciter !). Une culture plus que négligée, donc. Aussi ai-je eu envie, sur le tard, de combler quelques lacunes…
Sylvain Tesson est un écrivain et voyageur français né en 1972 à Paris. Géographe de formation, il est titulaire d'un DEA de géopolitique. Il parcourt le monde à pied, à cheval, à vélo… C’est l’Islande, Bornéo, l'Himalaya, un tour du monde, les steppes d'Asie centrale, le Pakistan et l’Afghanistan, etc… Il obtient le prix Goncourt de la nouvelle en 2009, pour “Une vie à coucher dehors” et le Prix Médicis essai en 2011 pour “Dans les forêts de Sibérie”.
On ne négligera pas sa passion pour l’alpinisme, ainsi que celle de l’escalade des façades d’immeubles : « L'alpinisme permet d'accroître l'intensité de l'existence. Ce qui se passe en termes de sensations, le temps d'une ascension, peut être équivalent à dix années de vie. » Le 20 août 2014 il chute de près de 10 mètres en escaladant la façade d'une maison à Chamonix. Victime d'un sévère traumatisme crânien et de multiples fractures, il est hospitalisé à Annecy puis il est transféré à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière pour rééducation. Trois mois après cet accident il décrit cette épreuve : « Ces trois mois de repos, de sobriété, de silence, d’examen de moi-même ont été bénéfiques. Ma vie était un carnaval endiablé et légèrement suicidaire, il était bon de ralentir un peu les chaudières intérieures, de descendre du train. […] Ça fait une bonne vingtaine d'années que j'aurais dû m'écraser. Il y a une espèce de démon qui s'est épanoui en moi. C'est une escalade totalement adolescente, peu recommandable, plus proche de la roulette russe que de l'alpinisme. Ça me plaisait beaucoup de vivre tout le temps sur ce fil. Jusqu'au jour où ça s'est mal terminé. » Ne sommes-nous pas déjà dans la quête du repos (l’Odyssée) après des années de vie trépidante et dangereuse (l’Iliade) ?...
Donc, en 2017, Sylvain Tesson (notre vulgarisateur) s’isole dans un pigeonnier de l’île de Tinos avec Homère pour compagnon, pour nous en faire partager toutes les lumières. Tout a été dit, il y a deux mille cinq cents ans : « rien n’a changé sous le soleil de Zeus, et les thèmes qui traversent les poèmes – la guerre et la gloire, la grandeur et la douceur, la peur et la beauté, la mémoire et la mort – sont le combustible du brasier de l’éternel retour. » Au point que l’on peut déjà savoir de quoi demain sera fait : « Les Grecs nous renseignent sur ce que nous ne sommes pas encore devenus. » En spectateur effrayé, nous assistons aux massacres de l’Iliade, aux déchaînements de l’hubris, la « chienne égareuse », qui a franchi les siècles et les millénaires et qui continuera à hanter la folie des hommes tant qu’il y en restera suffisamment sur cette terre pour s’affronter inévitablement.
Présentement, les hommes ont fini de s’étriper. Les dieux sont repus et fatigués. Les héros survivants rentrent chez eux. Ainsi part Ulysse : « Ulysse part et nous assistons au premier naufrage d’une série de catastrophes. L’Odyssée est le pire manuel de navigation jamais publié dans l’histoire de l’humanité. » Pas simple, le retour d’Ulysse, il est curieux, l’animal ! Même quand les dieux (les déesses) lui disent : fais pas ci, fais pas ça, et bien il le fait, justement (c’est sans doute pour cela qu’elles le lui disent !) : « L’Odyssée est aussi le poème de la rémission écrit huit cents ans avant l’Évangile du pardon. Ulysse a fauté, il paiera pour les hommes qui se sont déchaînés. Le voyage est rachat, dit Homère. Les dieux se mettront sur la route du fautif pour lui imposer leurs épreuves. » Tout a une fin, Ulysse arrive enfin chez lui : « Ulysse is back, ça va saigner. » Allez, c’est reparti ! Il sort son glaive et trucide tous les importuns ! C’est un homme, non ?... Et le combat cessa faute de combattants ! Ainsi va-t-il pouvoir enfin goûter à une paix sereine dans les bras de Pénélope : « L’Odyssée n’est-elle pas l’immense et simplissime effort d’un homme qui aura conquis des murailles, goûté à tous les fastes, vécu toutes les aventures et voudrait bonnement recouvrer la valeur de la vie et vieillir doucement “le reste de son âge” dans son palais reconquis ? L’héroïsme, parfois, fatigue le héros. Il aspire à rentrer. »
Je m’engage beaucoup en me demandant si cette dernière citation n’a pas été inspirée à l’auteur par son année de réflexion et d’immobilité forcée, à l’hôpital, après son accident de « stégophilie » en 2014 ?
J’ai beaucoup apprécié l’érudition et l’humour de l’auteur qui sait si bien démythifier un sujet aussi sérieux. Il nous fait aimer sinon admettre tous ces dieux antiques, au point qu’on aurait presque envie de les ressusciter : ils ne sont guerre plus parfaits que les héros, ils se chamaillent, se jalousent, se fâchent… « Le temps du Dieu monothéiste lointain et abstrait n’était pas advenu. » J’ai adoré les deux premiers tiers du livre (et lui attribuais 8 ou 9/10) et le titre de “Homère pour les Nuls” m’est venu tout naturellement. Les marges se sont rapidement couvertes de post-it pour repérer les passages remarquables. Mais le dernier tiers qui, sans doute, aurait intéressé au plus haut point le lettré que je ne suis pas, m’a fait revoir ma note à la baisse. Cette partie-là m’a ennuyé, tout bêtement (aucun post-it dans les marges), me faisant douter du bien fondé du titre et de la qualité pédagogique de l’ouvrage (pour des nuls, comme moi !).

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