Homère glorifié, Homère récupéré.

Avis sur Un été avec Homère

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J'entrais dans mon 1er Tesson avec beaucoup d'enthousiasme, issu du sujet (pour lequel je me suis toujours passionné) et du conseil d'un collègue.

Les premières lignes, les premières pages, donnent à lire un récit correctement huilé, puis parfois riche en termes de narration ou d'intuitions - contre l'Oedipe freudien, le rapport au pater de Télémaque, ou le récit de l'opération commando avec Athéna pour le retour d'Ulysse (Fix, find and finish disent les spécialistes de la contre insurrection).

Et... et c'est tout. C'est tout ce qu'il y a à tirer de ce texte composé à l'origine pour l'oral et qui ne parvient jamais véritablement à achever sa mue livresque. Pas besoin donc de se faire chier à faire des phrases, je me contente de souligner quelques points pour déconseiller la lecture de ce pourtant très bel objet (la couverture et la couleur bleue pour les citations sont élégantes) :
* Une conception de l'histoire primaire et arrogante. Ce qui moderne est ce qui est permanent (c'est bien ça ?). La continuité est donc la notion phare contre la modernité. Mais quand ça arrange l'auteur, il y a eu du changement. Il croit ainsi qu'on ne se battait que pour son honneur durant l'Iliade, guerre idéale d'héroïsme. Le tout permet de dézinguer la "triste grille de lecture socio-marxiste", l'égalité homme femme et plus largement le soi-disant égalitarisme notamment issu du christianisme, tellement moins stylé que l'héroïsme grec dont Tesson nous vante le nom sans en offrir une justification digne de soi.
* Attaques infondées et lapidaires (contre, tout à la fois, les pédagogues, Bourdieu, les partisans de la disparition des frontières, Schumpeter).
* Les comparaisons entre événements de l'Iliade et de l'Odyssée et situation actuelle, qui sont tout de même la promesse de cet exercice, sont en fait à peine esquissées pour la plupart. Et pas souvent pertinentes quand elles sont poussées (ne pensons qu'à celle assimilant sirènes et bigdata...).
* Au-delà des problèmes de matière, la structure révèle des faiblesses intrinsèques (biais issu il est vrai du support premier, qui était la radio). L'ensemble est ainsi construit sur une chronologie parfois obscure, de façon bancale et donne à lire beaucoup de répétitions.

Tesson cite quelque fois Heidegger, mais c'est bien plutôt Nietzsche qui transparaît dans cet essai (dans sa théorisation du Surhomme), qui suinte presque tant la philosophie d'ensemble, sous un voile de sophistication et de littérature, est soit simple, soit vulgaire.

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