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Voyage au bout de la nuit

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"Invoquer sa postérité, c'est faire un discours aux asticots." p35

"Mais quand on est faible ce qui donne de la force, c'est de dépouiller les hommes qu'on redoute le plus, du moindre prestige qu'on a encore tendance à leur prêter. Il faut apprendre à les considérer tels qu'ils sont, pires qu'ils sont c'est-à-dire, à tous les points de vue. Ça dégage, ça vous affranchit et vous défend au-delà de tout ce qu'on peut imaginer. Ça vous donne un autre vous-même. On est deux.
Leurs actions, dès lors, ne vous ont plus ce sale attrait mystique qui vous affaiblit et vous fait perdre du temps et leur comédie ne vous est alors nullement plus agréable et plus utile à votre progrès intime que celle du plus bas cochon." p63

"Je ne crois pas à l'avenir, Lola" p66

".. l'immanquable route pendant deux années de plus, la route de la pourriture. Et voilà tout." p77

"Faire confiance aux hommes, c'est déjà se faire tuer un peu" p176

"Même à se masturber dans ces cas-là, on n'éprouve ni réconfort, ni distraction. Alors c'est le vrai désespoir." p199

"En Afrique, j'avais certes connu un genre de solitude assez brutale, mais l'isolement dans cette fourmilière américaine prenait une tournure plus accablante encore.
Toujours j'avais redouté d'être à peu près vide, de n'avoir en somme aucune sérieuse raison pour exister. À présent j'étais devant les faits bien assuré de mon néant individuel. Dans ce milieu trop différent de celui où j'avais de mesquines habitudes, je m'étais à l'instant comme dissous. Je me sentais bien près de ne plus exister, tout simplement. Ainsi, je le découvrais, dès qu'on avait cessé de me parler des choses familières, plus rien ne m'empêchait de sombrer dans une sorte d'irrésistible ennui, dans une manière de doucereuse, d'effroyable catastrophe de l'âme. Une dégoûtation." p203-204

"C'est peut-être ça qu'on cherche à travers la vie, rien que cela, le plus grand chagrin possible pour devenir soi-même avant de mourrir." p236

"Au long des berges, le dimanche et la nuit, les gens grimpent sur les tas pour faire pipi. Les hommes ça les rend méditatifs de se sentir devant l'eau qui passe. Ils urinent avec un sentiment d'éternité, comme des marins. Les femmes, ça ne médite jamais." p238

"– Comme ça… Mais c’est dur ! Tenez Docteur, voilà un fonds que j’ai acheté soixante billets comptant avant la crise. Il faudrait bien que je puisse en tirer au moins deux cents… Vous vous rendez compte ?… C’est vrai que j’ai du monde, mais c’est surtout des Arabes… Alors ça ne boit pas ces gens-là… Ça n’a pas encore l’habitude… Faudrait que j’aie des Polonais. Ça Docteur, ça boit les Polonais on peut le dire… Où j’étais avant dans les Ardennes, j’en avais moi des Polonais et qui venaient des fours à émailler, c’est tout vous dire, hein ? C’est ça qui leur donnait chaud, les fours à émailler !… Il nous faut ça à nous !… La soif !… Et le samedi tout y passait… Merde ! que c’était du boulot ! La paye entière ! Rac !… Ceux-ci les bicots, c’est pas de boire qui les intéresse, c’est plutôt de s’enc… c’est défendu de boire dans leur religion qu’il paraît, mais c’est pas défendu de s’enc… »" p314-315

"Puisque nous ne sommes que des enclos de tripes tièdes et mal pourries nous aurons toujours du mal avec le sentiment. Amoureux ce n'est rien c'est tenir ensemble qui est difficile. L'ordure elle, ne cherche ni à durer, ni à croître. Ici, sur ce point nous sommes bien plus malheureux que la merde, cet enragement à persévérer dans notre état constitue l'incroyable torture". p337

"Je lui ai donné des mots. Je lui ai parlé aussi moi du petit Bébert et d'une petite fille encore que j'avais soignée en ville moi et qui était morte pendant mes études, de méningite, elle aussi. Trois semaines que ça avait duré son agonie et même que sa mère dans le lit à côté ne pouvait plus dormir à cause du chagrin, alors elle s'est masturbée sa mère tout le temps des trois semaines d'agonie, et puis même qu'on ne pouvait plus l'arrêter après que tout a été fini.
Ça prouve qu'on ne peut pas exister sans plaisir même une seconde, et que c'est bien difficile d'avoir vraiment du chagrin. C'est comme ça l'existence." p351

" Les amours contrariées par la misère et les grandes distances, c'est comme les amours de marin, y a pas à dire c'est irréfutable et c'est réussi. D'abord, quand on a pas l'occasion de se rencontrer souvent, on peut pas s'engueuler, et c'est déjà beaucoup de gagné. Comme la vie n'est qu'un délire tout bouffi de mensonges, plus qu'on est loin et plus qu'on peut en mettre dedans des mensonges et plus alors qu'on est content, c'est naturel et c'est régulier. La vérité c'est pas mangeable.
Par exemple à présent c'est facile de nous raconter des choses à propos de Jésus-Christ. Est-ce qu'il allait aux cabinets devant tout le monde Jésus-Christ ? J'ai l'idée que ça n'aurait pas duré longtemps son truc s'il avait fait caca en public. Très peu de présence, tout est là, surtout pour l'amour." p365

"Etre seul, c'est s'entraîner à la mort." p380

"[..]un homme, parent ou pas, ce n'est après tout que de la pourriture en suspens..." p426

"On a beau dire et prétendre, le monde nous quitte bien avant qu’on s’en aille pour de bon. Les choses auxquelles on tenait le plus, vous vous décidez un beau jour à en parler de moins en moins, avec effort quand il faut s’y mettre. On en a bien marre de s’écouter toujours causer… On abrège… On renonce… Ça dure depuis trente ans qu’on cause… On ne tient plus à avoir raison. L’envie vous lâche de garder même la petite place qu’on s’était réservée parmi les plaisirs… On se dégoûte… Il suffit désormais de bouffer un peu, de se faire un peu de chaleur et de dormir le plus qu’on peut sur le chemin de rien du tout. Il faudrait pour reprendre de l’intérêt trouver de nouvelles grimaces à exécuter devant les autres… Mais on n’a plus la force de changer son répertoire. On bredouille. On se cherche bien encore des trucs et des excuses pour rester là avec eux les copains, mais la mort est là aussi elle, puante, à côté de vous, tout le temps à présent et moins mystérieuse qu’une belote. Vous demeurent seulement précieux les menus chagrins, celui de n’avoir pas trouvé le temps pendant qu’il vivait encore d’aller voir le vieil oncle à Bois-Colombes, dont la petite chanson s’est éteinte à jamais un soir de février. C’est tout ce qu’on a conservé de la vie. Ce petit regret bien atroce, le reste on l’a plus ou moins bien vomi au cours de la route, avec bien des efforts et de la peine. On n’est plus qu’un vieux réverbère à souvenirs au coin d’une rue où il ne passe déjà presque plus personne." p458

"Mais maintenant, elle était plus assez bas pour moi, elle pouvait pas descendre… Me rejoindre… Elle avait pas l’instruction et la force. On ne monte pas dans la vie, on descend. Elle pouvait plus. Elle pouvait plus descendre jusque là où j’étais moi… Y avait trop de nuit pour elle autour de moi." p462

"Je m’en retournai triste quand même du côté de Vigny, en pensant que tous ces gens, ces maisons, ces choses sales et mornes ne me parlaient plus du tout, droit au cœur comme autrefois, et que moi tout mariol que je pouvais paraître, je n’avais peut-être plus assez de force non plus, je le sentais bien, pour aller encore loin, comme ça, tout seul." p463

"Va pas prendre ça pour une insulte surtout! T'es gentille au fond toi... Mais j'ai plus envie qu'on m'aime... Ca me dégoûte!..." p492

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