Mais vas-tu fermer ta grande gueule, Bardamu !?

Avis sur Voyage au bout de la nuit

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L'écueil du classique c'est d'avoir été reconnu comme un étalon littéraire. Il marque une période historique, il s'appréhende en fonction de son contexte et il établit un style. Il en va de même avec Balzac, Flaubert, Stendhal... Zola... etc. On peut aimer ou non, la reconnaissance impose parfois un certain respect obligatoire. Si on ajoute à cela toute la polémique autour du "personnage" de Céline, il devient presque impossible de ne pas ouvrir le livre avec une attente folle, ou une grosse angoisse...

Les premières lignes ne m'avaient que partiellement soulagé. Certes, devant un choix stylistique si audacieux, il aurait été déplacé de ne pas reconnaître la qualité littéraire de l'objet, Bardamu, notre narrateur, exprimant sans changer de ton ses pensées comme ses échanges, comme un poivrot qui se mettrait à raconter sa vie au comptoir d'un petit troquet perdu du côté d'Issy les Moulineaux, dans un argot châtié et impeccable (vous apprécierez peut-être l'oxymore !). Le ton résolument antimilitariste m'avait aussi beaucoup séduit. Par la suite, j'ai aussi apprécié la distance prise avec ce qui devait être à l'époque un propos ethnocentré et colonialiste, lorsque Céline envoie son Bardamu en Afrique.

J'ai malgré tout vécu cette lecture comme une véritable souffrance, au point d'envisager l'abandon pur et simple à mi parcours. La raison n'en a pas été véritablement le fond, qui m'a gardé accroché jusqu'au bout, ni le glauque dégoulinant. C'est bien au contraire ce fameux style qui a largement contribué à la notoriété du bouquin. Pas une virgule, pas un point virgule pour venir donner un brin de nuance au flot de parole ininterrompu du Bardamu, avec "comme qui dirait" ses tics du langage, et ses manies de titi parisien, au Bardamu... Cette obligation, pour pouvoir suivre le bonhomme, de sans cesse devoir revenir à la majuscule, quatre ou cinq lignes en arrière...

Le manège de Léon et Madelon a fini de parachever mon sentiment. Leur dispute de rupture, sous cette plume et sous cette parlotte inutile, n'en finissait plus d'atermoyer, en sombrant, sous couvert de réalisme descriptif des mœurs amoureuses, dans le grand-guignolesque. Mais combien de fois me suis-je presque surpris à dire à demi mot : "P*****, Bardamu, mais tu vas la fermer ta grande gueule !? Était-il vraiment nécessaire d'appuyer tant sur l'effet, lorsque par ailleurs, évoluant dans ses études, le narrateur évoluait aussi dans ses pensées et son langage ? Ça m'a rendu la fin du livre pénible, insipide et amère. Il m'a vraiment tardé d'en voir le bout, de ce voyage littéraire.

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