Une des plus grosses claques littéraires de ma vie, prodigieux !!

Avis sur Voyage au bout de la nuit

Avatar San  Bardamu
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Bonjour à tous,

Voici le livre, et l' auteur, qui peut résumer mon adolescence. Me perdant parmi des barbouilleurs qui m' ennuyaient profondément, Flaubert, Hugo, Zola, Voltaire, Sartre, Claude Simon, Alain robbe grillet, etc.... bref. J' étais en classe de seconde. Et un jour, ma prof qui était une anesse de première, nous a dit " L' auteur qui est le plus détestable en littérature est Céline. ". Tiens. Par esprit de contradiction, moi je suis intrigué. Je me dis " elle qui nous bassine avec Proust, qui est chiant à crever, je vais sans doute aimer. ". Ni une, in deux, je vais dans une librairie après les cours. Je m' achète " Voyage au bout de la nuit ". Je commence et là le choc..... La claque....

" ça a débuté comme ça. Moi , j'avais jamais rien dit. Rien. C'est Arthur Ganate qui m'a fait parler. Arthur, un étudiant, un carabin lui aussi, un camarade....". Dès le début, le style m' attire irrésistiblement, comme un plaisir coupable. Un livre avec le langage parler ? Mais quelle hérésie !! Et me voilà fasciné, dès les premières pages, avec desaphorismes du style : " L'amour, c'est l'infini à la portée des caniches. "; des phrases percutantes, et stimulantes, pour un ado.

Lisez donc : " Bardamu, qu'il me fait alors gravement et un peu triste, nos pères nous valaient bien, n'en dis pas de mal !... - T'as raison, Arthur, pour ça t'as raison ! Haineux et dociles, violés, volés, étripés et couillons toujours, ils nous valaient bien ! Tu peux le dire ! Nous ne changeons pas ! Ni de chaussettes, ni de maîtres, ni d'opinions, ou bien si tard, que ça n'en vaut plus la peine. On est nés fidèles, on en crève nous autres ! Soldats gratuits, héros pour tout le monde et singes parlants, mots qui souffrent, on est nous les mignons du Roi Misère. C'est lui qui nous possède ! Quand on est pas sage, il serre... On a ses doigts autour du cou, toujours, ça gêne pour parler, faut faire bien attention si on tient à pouvoir manger... Pour des riens, il vous étrangle... C'est pas une vie... - Il y a l'amour, Bardamu ! - Arthur, l'amour c'est l'infini mis à la portée des caniches et j'ai ma dignité moi ! que je lui réponds.»

Mais de quoi parle ce livre ? Paris, place de Clichy, 1914. Envoûté par la musique d'une parade militaire, Ferdinand Bardamu, jeune rebelle, décide, par excès d'héroïsme, de s'engager dans la guerre contre les Allemands. Mais au front, c'est l'enfer et l'absurdité. Il perd vite son enthousiasme et découvre avec épouvante les horreurs de la guerre. Il ne comprend plus pourquoi il doit tirer sur les Allemands. Il prend aussi conscience de sa propre lâcheté.

On lui confie une mission de reconnaissance. Lors d'une nuit d'errance, il rencontre un réserviste nommé Robinson qui cherche à déserter. Ils envisagent de s'enfuir, mais leur tentative échoue. Blessé, traumatisé à jamais par la guerre, Bardamu revient à Paris pour être soigné. On lui remet une médaille militaire. Lors de cette cérémonie, il fait la connaissance de Lola, une jeune et jolie infirmière américaine. Bardamu est soigné dans différents hôpitaux. Il prend conscience des avantages et profits que tirent de la guerre tous ceux qui y ont échappé.

Lola, compagne futile et légère, le quitte. Il rencontre alors Musyne, une jeune violoniste. Ils ont une aventure, mais, un jour de bombardement, elle l'abandonne.

Réformé, Bardamu décide de partir pour l'Afrique. Il y découvre les horreurs de l'exploitation coloniale. Il retrouve Robinson, rencontré sur les champs de bataille, et lui succède en reprenant la gérance d'un comptoir commercial. Il tombe malade et connaît des crises de délire.
Et il quitte l' Afrique. Et là, commence son voyage, autant effecitf que spirituel....

C' est la première fois qu' un auteur me parlait, mais de façon intime, désabusé, qui semble te dire : " tu n' es pas seul, je suis là ".....

Rare sont les livres à m'avoir autant atteint, à avoir su trouver le chemin de mon coeur. Ce roman est un chef-d'oeuvre, et pourtant, j'avais des doutes en le débutant. J'avais un peu peur. Comme c'est souvent le cas avec les classiques, on se dit avant de les entamer qu'on va encore se faire rouler, mais alors pour le coup, il n'y a pas tromperie sur la marchandise ! il s'agit bien là d'un roman magistral. Le langage y est extraordinaire et d'une rare subtilité même dans son aspect le plus vulgaire, l'univers dépeint et les personnages désemparés qui l'habitent, le salissent ou l'embellissent, sont d'un réalisme époustouflant. Les réflexions, parfois simplement imagées, d'une grande profondeur, tranchant dans le vif, franches ; les descriptions, dérangeantes, tant elles sont vraies, tant elles nous touchent intimement, montrent l'homme sous ses aspects les plus bestiaux, les plus mesquins, malsains, les plus désinvoltes, mais aussi les plus tendres, les plus fragiles, on est parfois saisi de gêne et de pitié ; à d'autres moments, de honte : on se reconnait salement ici ou là, dans tel détail ou telle grimace, telle frustration et telle convoitise... Et puis tout est désespéré dans "Voyage au bout de la nuit", les âmes sont en détresse, elles hurlent "en dedans", presque tout y est absurde, tragi-comique, d'un cynisme complet : la guerre, la misère, l'industrie, l'amour, tout y est noir, ou gris, avec parfois, tout de même, quelques éclats de lumière et de gaieté dans cette vie qui n'est qu'une farce dégueulasse, quelques instants de chaleur et de réconfort, au cours d'une fête foraine, dans les bras d'une femme, autour d'un verre ou d'un bon repas, pour tenir ; une bonne dose d'humour et de cochonnerie. Et puis la scène finale, dans le taxi, est terriblement oppressante, presque insupportable ! sa conclusion, poignante, vous tord les tripes ; une scène comme une tornade qui vous emporte sans que vous ne puissiez résister, jusqu'à ce que les éléments déchaînés s'apaisent, vous abandonnant au calme et au silence ; à la paix, quelque part au bout de la nuit. Céline m'a achevé, m'a crevé le cœur. J'ai trouvé qu'il y avait très peu de pages ennuyantes, pas une, même ! il y a des parties moins intenses que d'autres disons, avec moins de remous, mais jamais ennuyantes. Je trouve qu'il y a des lignes, des paragraphes, des monologues, purement orgasmiques sur le plan intellectuel, et d'une fluidité enivrante ! en plus, on redécouvre un langage plutôt oublié, voire méprisé aujourd'hui, celui des classes populaires, celui qu'on retrouve aussi dans le cinéma d'Audiard, le cinéma français des années 50 et 60. On est ici dans le bien couillu, dans une oeuvre dense et complexe, et qui en dit long sur le genre humain. Peut-être est-ce là ce que les lecteurs de petit calibre n'ont pas supporté. "Voyage au bout de la nuit" peut être dompté si on s'en donne la peine. Si on s'en donne la peine, on peut la rejoindre, la nuit, et cette nuit là me paraît, à moi, intemporelle.

Voyage au bout de la nuit. Inutile d'imaginer un parcours initiatique alambiqué vers une lumière salvatrice. Point d'aube ici, c'est " Voyage au fond du trou ", la tête la première. Il faut bien y réfléchir avant de lire le texte, réfléchir à ce qu'on est capable de voir et d'entendre à propos de sa propre misère, de la misère humaine et de ses impasses. Toutes les positions de repli méticuleusement démontées à mesure qu'on les imagine, il ne reste que le vide. Inutile de jeter un coup d'œil au manège lumineux qui étourdit ses foules et d'hurler à l'exagération en espérant quelque écho. Inutile de chercher dans les souvenirs un bonheur cohérent, ce ne sont que des répits saupoudrés : si la forêt est belle de loin, il suffit de s'approcher pour constater qu'il n'y a pas une feuille qui ne soit déchirée, tâchée, parasitée, promise à une pourriture omniprésente, quelques mètres au dessous.
On pourra toujours faire semblant de croire qu'il ne s'agit que de divagations haineuses et ordurières d'un écrivain fasciste et aigri : c'est une généreuse porte de sortie qu'il offre à tous ceux qui préfèrent continuer dans leur monde de carton-pâte. " Voyage au bout de la nuit " est un miroir qui se lit.
La guerre est au commencement, comme le début d'une vie, absurde bien sûr la guerre. Mais ce n'est pas une absurdité académique ou lyrique dont il est question, c'est l'absurdité par la tripe, par la peur, par la lâcheté. Une fois débarrassée de l'amour propre du narrateur, ce n'est plus la sienne propre, de peur, ce n'est plus sa lâcheté, on la reconnaît cette lâcheté universelle face à la mort, on sait bien que c'est la sienne aussi, qui qu'on soit. Tout le monde sait d'instinct que les héros sont des malades mentaux, ou des lâches tellement plus lâches que les autres qu'ils sont pressés d'en finir. Et puis, il y a les grands stratèges qui envoient les uns se faire tuer, les autres se faire fusiller, juste pour continuer, durer, au nom d'un patriotisme hallucinatoire. Et puis, il y a les civils, qui sont d'accord avec tout le monde, alternativement...
Où est la vérité, dans les récits grandiloquents des livres d'Histoire, dans les réclames nasillardes des actualités officielles, ou bien dans la vase gorgée de sang où se noient des jeunes gens terrorisés ?
Le récit quitte la guerre, mais la paix, la guerre, c'est du pareil au même, car pour les pauvres, c'est toujours la guerre. La différence, c'est qu'en temps de paix, ils se battent entre eux pour paraître moins pauvres, se battent pour offrir aux riches de plus gros gâteaux dont il tombera peut-être de plus grosses miettes. Ce n'est pas le moindre des désespoirs, la condition des pauvres, intemporelle, les pauvres dont on ne sait s'il faut les plaindre pour la malédiction qui les frappe, ou les abandonner à leur servilité incurable. C'est peut-être cela qui impose de garder à Céline à l'écart : il n'aime pas les pauvres dont on a tant besoin pour travailler et faire la guerre, il ne sait pas les flatter. C'est plus probable en tous cas que ces histoires d'engagement politique bien commodes. Quand les pauvres vont à l'école, on ne va pas leur gâter l'esprit et le courage avec des horreurs défaitistes et pour tout dire, négatives.
Aujourd'hui, rien n'a changé, le manège tourne juste un peu plus vite. De la nausée viendra peut-être l'envie de lucidité. De cette lecture, sûrement......

"Voyage au bout de la nuit", premier roman de Céline, écrit en 1932 est décidément ce qu'il manque à la littérature française aujourd'hui. Un renouveau dans le style, une réflexion sur la condition humaine et les rapports sociaux, la description d'une vie de vagabond : voilà le menu de ce roman. On pourrait le lire d'une traite s'il était moins long. De toute façon, le récit est découpé en plusieurs parties. Tout commence au début de la Grande guerre où on suit le héros Bardamu qui s'engage sans trop y croire puis qui reviendra dégoûté du patriotisme et de l'enthousiasme national qui transforme les hommes en bêtes dévorées par la guerre.
Céline nous emmène ensuite dans les colonies françaises au Congo, puis son héros déménage en Amérique avant de revenir en France s'établir comme médecin. Il y a sans doute des éléments autobiographiques car Céline connaissait bien la vie des médecins de campagnes (médecin des pauvres).
On retrouve bien évidemment le style indépassable de Céline qui a su rendre au langage parlé ses lettres de noblesse, pas seulement dans les dialogues mais aussi dans les pensées de ses personnages. On alterne entre solitude, indécisions, désillusions des personnages et cynisme, avidité du pauvre face à l'argent. C'est aussi un livre plein d'humanité à l'époque où le mot solidarité avait encore un sens. Mais c'est également un livre qui nous parle de la survie de chacun dans une société remplie d'injustices auxquelles il faut faire face en gardant un peu de dignité tout de même......

Ce livre doit absolument être lu tout simplement car il différent de tous les autres. Son style révolutionnaire et inimitable : langage parlé avec une recherche extrême des mots employés.
Des phrases qui deviennent quasiment des citations à presque toutes les pages.
De plus, l'auteur nous fait voyager dans le monde entier à travers le personnage de Bardamu (1ère guerre mondiale, en Afrique, en Amérique, en banlieue parisienne...), ce qui rend l'histoire très intéressante.
A lire absolument !!

Immense chef d'oeuvre. Loin d'être un auteur de salon capitonné, coupé de la réalité, Céline s'est mêlé au peuple dans une époque pas facile. Ce voyage est passionnant et réaliste. Céline donne une vision de la nature humaine qui est toujours vraie au vingtième siècle et au delà.
Pire, au vingt et unième siècle, les riches nomades exploiteurs, les faiseurs de guerre, sont hélas toujours présents...et nous n'avons plus de journalistes, d'écrivains de la trempe d'un Céline.....

C'est LE roman français du XXe siècle. Un monument d'une puissance inégalée. D'une profondeur inouïe. Jamais un livre ne m'a fait autant rire malgré sa noirceur et son pessimisme radical. Des pages entières sont d'anthologies (les passages sur la guerre, sur New-York, sur les colonies...). Et le style ! Unique, génial, vibrant d'intensité et d'émotions... A lire (au moins une fois avant de mourir) et relire...

Bref, je vous recommande, vraiment, Céline. C' est un pur génie. Lisez le, et vous verrez. Tou change.... Le monde s' ne trouve changé, comme éclairé..... Et lisez ses autres livres !! De pures merveilles....

Bonne lecture !! Portez vous bien. Coninuez à lire, lire est un acte de bonté envers la pensée d' autrui..... Lisez, lisez. Et ne vous arrêtez jamais. @ +.

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