Mayor Bateman.

Avis sur White

Avatar BenjaminGuyot
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Je ne vais pas bouder mon plaisir à l'idée de parler d'un "nouveau bouquin de BEE". Parce que Bret Easton Ellis, à mes yeux, c'est une gigantesque claque assénée à de multiples reprises jusqu'au coup de grâce "Lunar Park". Le gars, s'il est agaçant pour une bonne partie du lectorat, est d'une puissance rare. Ses romans désabusés, minimalistes, ultra-esthétisés et parfois amoraux sont d'une efficacité rare et relèvent d'un charme tout particulier: celui des culs-de-sacs émotionnels, du désespoir banal et d'un quotidien qui se délite.

Avec "White", cependant, on s'écarte de façon notable du reste de l'oeuvre de l'américain, puisqu'on nous promet un essai concernant la société actuelle et de façon évidente, ses vices. Autant l'afficher clairement: on est bien plus proche ici d'un recueil d'aphorismes que d'un essai visiblement construit. Difficile ici de deviner un fil conducteur dans ce livre de 300 pages certes passionnant mais tout de même très confus.

Ce qui rattrape le tout et soulève le lecteur hors de cette masse grouillante, c'est le talent d'observateur affûté d'Ellis. Le bonhomme est effectivement très doué pour mettre le doigt au coeur de l'engrenage et renvoyer à notre société son reflet degradé.
Plus important encore, et nous serons beaucoup dans ce cas, il théorise ici des faits que l'on remarque quotidiennement. En premier lieu, bien sûr, cette fameuse "théories de la victimisation" des millenials (et plus âgés, par ailleurs). Vous la constatez nécessairement: on s'offusque de tout, la moindre occasion est prétexte à de grands discours sur facebook tenant rôle de procès, et on ne peut véritablement plus rien dire. Se sentir muselé par l'opinion d'une masse idiote et conformée, standardisée, est tout de même quelque chose de très actuel. Et si le doute persiste, il suffit de regarder la télé, traîner sur Facebook ou Twitter pendant une semaine, et vous verrez...

Alors oui, il m'a été très facile d'adhérer aux opinions de Bret Easton Ellis. On pourrait croire, avec les titres de "chapitre" qu'on va s'attaquer à des sujets futiles ou secondaires, mais finalement, tout se répercute dans ces thèmes. L'art, la relation à l'autre et la pensée moderne, tout passe désormais par ce filtre bien-pensant dont la représentation la plus frappante est effectivement les réseaux sociaux.
Ellis aborde également le sujet de quelques personnalités: Trump, Cruise ou encore Charlie Sheen. Et il faut bien avouer que son regard incisif est très souvent le bienvenu. Ellis fait l'effet de secouer tout le monde, dans l'indifférence générale, et on n'a aucun mal à l'imaginer buvant une tequila, tout seul, avec ses réflexions contredites à chaque seconde partout dans le monde.

"White" mérite plus qu'un coup d'oeil. Ce qui est malheureusement tragique, c'est qu'il ne sera pas lu ou alors vite dénigré par les gens qui en ont le plus besoin. Et ça me peine véritablement. Car au final, que m'a apporté cet "essai"? Que m'a-t-il donné, en matière de réflexion? Pas grand-chose, et dans le fond, j'aurais pu deviné l'opinion d'Ellis sur toutes ces questions avant de le lire.

Dans un monde parfait, tous les grands écorchés vifs à deux sous, tous les juges du tweet aliénés par le diktat de la norme liraient ce livre.
Mais ce ne sera jamais le cas. Et c'est bien comme ça que "White" s'érige en livre triste et anxiogène.

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