Zazie dans l'tromé

Avis sur Zazie dans le métro

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Prendre la langue française avec légèreté. Faire de la langue un jeu et du jeu une langue.
La critique pourrait s'arrêter là, car si ces deux phrases ne résument pas les enjeux de l'oeuvre, aucune autre ne le fera. Mais ne pas continuer serai trop facile, car la critique aussi ne tient-elle pas un peu du bac à sable?

Beaucoup condamnerons cette légèreté omniprésente de l'oeuvre, ainsi que son aspect ludique, que la profondeur de l'oeuvre ne se résume qu'en un grand exercice de style. Ceux là, qu'ils soient de bonne ou de mauvaise foi, ont raison:
Zazie est un livre naïf, puéril, produit de l'amusement d'un écrivain tatillon, l'excentrique Raymond Queuneau, agent au service de l'Oulipo, une bande de joyeux farceurs et tortionnaires de la langue française.
Mais après tout, pourquoi pas? Quelle faute de goût il y a-t-il à la naïveté (à ne pas confondre avec la niaiserie - je vous ai à l’œil bande de gredins), et à tout ces enfantillages littéraires?
Le questionnement ici est autant métaphysique que métalinguistique: l'art, le "grand art" as-t-il vocation à être sérieux? doit-il avoir des motivation politiques/existentielles/etc. pour être valide? as-t-il vocation d'être utile à la société et/ou au développement de la conscience du lecteur?
Ou bien l'art peut-il être récréatif sans être simpliste? est-il moyen/intermédiaire/véhicule ou bien est-il une fin en soi?

Bref, des questions à provoquer des érections chez les chercheurs universitaires et des migraines aux étudiants. Laissons tout ce beau monde se masser les parties intéressées et revenons-en à nos moutons.

Zazie dans le métro, c'est le récit d'une grande fièvre surréaliste qui s'empare de la mythologie urbaine: elle prend possession de la ville de Paris, son espace, sa temporalité, du langage de ses habitants - ou plutôt leur argot, des clichés, puis les renforce pour mieux les déconstruire, les décaler de leurs canons habituels. C'est ainsi également que l'ami Raymond joue avec les codes du roman initiatique, brouille les pistes pour le simple plaisir de perdre son lecteur dans un paysage connu.

Remarquable aussi est l'éminente théâtralité de l'oeuvre - non que celle-ci soit représentable, bien au contraire, il s'agit toujours là de codes détournés.
D'adaptation d'ailleurs il n'en est guère possible - ce malgré la tentative honorable mais manquée de Louis Malle - tant l'oeuvre fait partie intégrante et est composée en réponse à son format. Format qui lui permet de jouer avec l'imagination du spectateur, le mener sur de fausses pistes, ce que ne peut pas faire le cinéma, les images étant montrées au spectateur et constituant l'intégrité de ce qu'il y a à voir.
Un flou visuel qui permet une vision différente selon chaque lecteur.
Il ne s'agit pas egzactement d'interprétation ici, mais plutôt d'une liberté laissée au lecteur de se perdre ("It's okay to get lost" me crie au loin Robert Wilson, perché comme à son habitude dans les hautes sphères d'une lointaine galaxie). On peut faire aisément le lien avec cette idée, largement répandue dans l'art conceptuel que l'oeuvre ne se définit pas tant par elle même que par le rapport que l'on a à elle.

Faire preuve de légèreté à toute épreuve, être naïf, juste pour le plaisir de tout (re)découvrir; peut être est-ce tout ce que l'on peut retenir de cette oeuvre. Et si l'on prend au mot ce fameux adage de l'ineffable Chaikspire disant que le monde est un théâtre et que tous nous en somme des acteurs, alors n'oublions pas qu'avant tout, "Jouer est un jeu" (Peter Brook).

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    Cover Déconstruction du langage

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    Ou "Ces auteurs qui malmènent la langue française (ou autre)" Beaucoup de théâtre, désolé, on fait avec ce qu'on connais.

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