Je découvre sur wikipedia que ce volume est en fait le dernier d'une série sur le personnage de Joe Coughlin. Ce qui finalement n'est pas tellement grave, si je ne m'en suis pas aperçu à la lecture, c'est que ce volume peut très bien se prendre seul.
Comme l'indique le titre, Ce monde disparu porte la nostalgie d'un monde en train de disparaître, quand bien même ce monde serait celui des gangsters ayant connu la prohibition (Lucky Luciano est cité).
En parlant de nostalgie, belle idée ce point de départ d'une photo exhumée par un reporter. Les personnages, figés sur le papier glacé, tel qu'ils existaient et comme on ne les reverra jamais.
Sans pourtant en révéler trop, sinon qu'il y aura règlement de compte et qu'il sera sanglant.
Ainsi, dès l'ouverture, Dennis Lehane excelle à transmettre l'atmosphère qu'il souhaite camper, jusqu'à un final magnifique dans les champs de canne, débouchant sur une conclusion qui est un modèle du genre.
Petit bémol, sur lequel on peut passer, c'est que le plan de l'antagoniste, une fois dévoilé, s'avère particulièrement alambiqué et, somme toute, un peu idiot.
Mais ce qui compte en définitive, c'est d'être plongé dans un monde qui se voit disparaître, en compagnie des fantômes, donnant au récit une teinte métaphysique.
Ce à quoi on assiste finalement, c'est la lutte entre deux générations. Joe Coughlin saura-t-il s'adapter aux nouvelles règles?
Car elles ont changé : l'honneur n'est plus dans l'attitude à avoir, mais dans ce que l'on est capable d'apporter au clan. Et pour Joe, la situation est devenue trop complexe : il ne sait plus très bien comment un homme se doit d'agir.
D'autant qu'il a un fils. Comment le protéger des autres. Mais surtout, comment le protéger de ce qu'est son père?
L'équilibre de Ce monde disparu est sa plus grande force. Le rythme, entre action et introspection, est géré de main de maître.
Cela donne l'un des grands polars de ces dernières années, aucun doute là-dessus.