Le temps passe et parfois ne change rien: 2008 rappelle 2024. Rouart en bon éclaireur SC:

_"L'écrivain qui ne voulait écrire que pour ceux qui ont faim, découvre que seuls ceux qui ont assez à manger ont le loisir de s'apercevoir de son existence." (Stig Dagerman cité par Jean-Marie Rouart dans un chapitre sur Le Clézio)

Voilà longtemps que je voulais tenter du Jean-Marie Rouart bien que je ne sois sans doute pas d'accord avec lui sur possiblement pas mal de sujets, mais j'aimais ses passages télé.

Il m'avait gagné, il y a des années pour une toute simple anecdote autour d'un pull qu'il avait je crois prêté à une amie qui avait froid...et il n'osait pas, des jours après, le lui réclamer.

Ma mère m'avait alors dit, un truc du genre que c'était moi tout craché...

Lors de promo sur Recyclivre, je tombe sur celui-là mais découvre en le recevant, que c'est hélas un journal ...puis je découvre lentement mais surement que ce sont des notes sur l'année 2008.

Il se révèle en fait passionnant tant des sujets sont encore de 2024: les attentats, la pollution, la Palestine&Israel corrompues (pays outragés brisés martyrisés mais un jour libérés de leurs machos endoctrinés égocentrés etc.)

Ce Back to the Futur s'est révélé passionnant au contraire de mon apriori car le cliché disant que rien ne change est plutôt vrai: "Le temps passe et parfois ne change rien".

  • j'ai aimé le passage où il s'est rendu à une exposition de gravures de Goya lui rappelant "la guerre d'Espagne menée par Napoléon. Guerre inutile, meurtrière , qui a abimé à jamais la réputation de la France dans ce pays. Que voit-on? La banalité de la cruauté guerrière, les exécutions, les viols, toutes les violences que peuvent infliger des 'soldats'(sic) impunis à des civils sans défense. Le talent de Goya ajoute à l'horreur. La précision du trait, l'humour macabre, une sorte de fatalisme devant l'horreur donnent l'impression que Goya a voulu nous montrer ces fêtes de la mort que sont les guerres, comme des cérémonies sanglantes auxquelles l'humanité ne peut se résigner à renoncer...(...) (La civilisation) n'empêche que nous reproduisions les même crimes..." C'est quasi au début du livre, page 46, et donc de son journal de l'année 2008 mais on y revient à sa quasi toute fin , page 289, lors de la promotion d'un livre qu'il recommande, 'Une femme à Berlin' de Martha Hillers (orthographié chez Grasset, "Haller"...comme Bernard), sur les "exactions de la soldatesque ivre de pillages." ...."un million de femmes allemandes violées après guerre" par les armées soviétiques, américaines et françaises. Comme "c'est encore le cas aujourd'hui au Nord-Kivu (Rwanda) où 100 000 femmes ont été violées". Donc livre de 2008 qui me ramène forcément aux vils machos du 7 octobre 2023. Rouart me faisant alors découvrir cette phrase d'Alfred de Vigny (né en 1797):
_"Après avoir étudié la condition des femmes dans tous les temps et dans tous les pays, je suis arrivé à la conclusion qu'au lieu de leur dire bonjour, on devrait leur dire pardon"
"J'ai bien connu Banier quand il n'était qu'un éphèbe au charme vénéneux et raspoutinien dans l'entourage d'Aragon" (Rouart page 290)
  • pour un homme plutôt de droite, il reconnait page 49 que l'Armée dans l'affaire d'un bateau de pécheurs bretons probablement coulé par erreur ..."s'enferme dans une mauvaise volonté qui laisse planer un malaise" (ce qui me refait lire et chercher des infos sur le "Bugaled Breizh et sa liste de victimes"...l'armée ne reconnait même pas qu'il y avait un sous-marin pas loin?)
  • la phrase la plus nulle ou maladroite du livre me semble page 57:
  • _"Car les Français ont beau se plaindre de la baisse de leur pouvoir d'achat, la France reste un Eldorado pour un Africain en butte dans son pays à la guerre civile, au sida, à la famine" ...dommage car ce chapitre sur l'hypocrisie et mauvaise foi des employeurs de sans-papiers était plutôt bien vu.
  • meilleur éclaireur SC en littérature que moi, Jean Marie Rouart recommande Chateaubriand:
  • _"...à tous ceux qui veulent voyager sans bagage et sans fatigue tout en restant allongés sur un transat: l'Itinéraire de Paris à Jérusalem...ce petit livre buissonnier est particulièrement gai, vif , pétulant. C'est le jeune Chateaubriand botté, pressé d'aller visiter au grand galop les lieux saints mais encore plus pressé de rejoindre sa maîtresse, Natalie de Noailles. (...) Un érudit, M. Guy Berger, () nous apprend même que dans son empressement à rejoindre sa maîtresse, il a décrit une ville magnifique, Corinthe, où en réalité il n'a jamais mis les pieds. (...) Son escapade aux chutes du Niagara avait déjà paru suspecte autant que sa rencontre avec Georges Washington."

    ...le chibre comme boussole et des seins plutôt que des Saints? c'est pas le Chateaubriand dont d'Ormesson me saoulait à chacun de ses passages télé.

    • plus tôt, il nous conseillait une bio par Jean-Claude Lamy de l'artiste Bernard Buffet ("peintre débutant et désargenté, il (fut) accueilli à Manosque par Jean Giono qui lui prêtait une grange")
    • OGM, le couac avant le couic (où Rouart tient des propos longtemps dit de "gauchistes", à tort):
    _"Tantôt on brandit le principe de précaution comme l'épée de feu de l'archange Gabriel interdisant l'entrée du paradis terrestre qui lui était miraculeusement préservé de ce genre de fléau, tantôt on nous tient des propos rassurants"...() L'industrie privée s'est déjà approprié notre eau. Maintenant, c'est au tour des fruits et des légumes. Peut-être qu'un jour une firme entreprenante trouvera le moyen de nous vendre aussi l'air que nous respirons"
    • par coïncidence, je le lis le mois de la mort de Lautent Cantet or page 97 Rouart se félicitait d'un Palme d'Or à un film Français et défendant "l'enseignement dans les collèges dits difficiles". Mais ce qu'on "a retenu (...) c'est la phrase du professeur" à propos des sans-papiers: "moi non plus, je ne suis pas fier d'être français" (sic):
    _"Quel pays peut être fier de lui?" se demande alors Rouart...qui liste alors les erreurs et méfaits de plusieurs pays dont l'Amérique, la Chine, la Russie, le Japon etc.
  • ...et l'Algérie qui a "adopté allègrement certaines de nos mauvaises manières comme la torture (...) les chrétiens dans ce pays sont pourchassés". (En 2008) "Une femme de 36 ans, Habiba Kouider, risque de deux à cinq ans de prison parce qu'elle est de confession protestante. Elle est accusée "de pratiquer sans autorisation un culte non musulman". La police a , en effet, découvert qu'elle était en possession de quinze exemplaires de la Bible. Aucun avocat (...) n'a accepté de la défendre. (En 2008) Le ministre des affaires religieuses a justifié les poursuites contre elle et pour un certain nombre de "délinquants" de son espèce en (les) déclarant, "menace pour le sécurité nationale""
  • je découvre page 102 un Ofir Drori qui se battait contre le trafic d'animaux au Cameroun...qui rappelle à Rouart "Morel, le héros des Racines du ciel de Romain Gary"
  • en plus léger, il reproche à Sarkozy d'avoir dit à la mort d'Yves Saint Laurent: "...le premier à faire de la mode un art". "Un peu court! Et Paul Poiret, Fortuny, Balenciaga, Dior, Coco Chanel?"
  • Jean-Marie Rouart me fait découvrir des noms et vies d'artistes lors de ses comparaisons et ses sorties culturelles (je dois souvent aller dans les dicos):
  • _"Yves Saint Laurent, en artiste de l'instant, en Phidias de la cotonnade, en Praxitèle de la soierie, en Rodin de l'alpaga, devait souffrir de consacrer ses dons exceptionnels et son âme exigeante à un art de l'éphémère".
    _"Aussi, dois-je avouer ma gratitude au metteur en scène Jacques Lassalle qui vient de monter à la Comédie-Française une pièce d'Ödön von Horvath, un auteur allemand mort à Paris en 1938 de manière (triste): une branche d'arbre lui est tombée sur la tête en plein orage. Cette pièce , Figaro Divorce, nous montre les héros de Beaumarchais affrontant les conséquences de cette révolution que Figaro appelait de ses voeux. Von Horvath replace sa pièce dans le contexte de la montée des dictatures en Europe"...
  • En 2024, Alec Baldwin est poursuivi pour avoir tiré à balles réelles sur une collègue lors d'un tournage...je découvre qu'en 2008 lors d'une fête à Carcassonne, un sous-officier de carrière a confondu des balles à blanc avec des munitions:
  • _"Il faut espérer que nos militaires manifestent plus de sang-froid et de professionnalisme dans le maniement des missiles" écrit Jean-Marie Rouart page 140, ajoutant optimiste quant à nos mémoires et presse: "On se souvient encore (sic) avec effroi du crash de cet avion de ligne en Méditerranée il y a vingt ans attribué à un missile tiré par inadvertance du plateau d'Albion"...voilà plus d'un an que j'entends parler de cette affaire Alec Baldwin, alors que j'entends plus parler de ces deux bien plus graves affaires et erreur tuant plus de personnes.
    • il me fait aussi découvrir l'écrivain Joë Bousquet, sauvé et maintenu en vie par son envie d'écrire alors que cloué au lit par une balle pendant la première guerre mondiale...le peintre Max Ernst ayant participé aux même combats devient son ami et lui offre un tableau. (Rouart doit ces infos "à un Philippe Battefort, un érudit local , dans le journal Sources Vives, (qui le dit) avec infiniment de justesse et de poèsie")
    • J'entends parler du Front Populaire en juin 2024...:
    _"Quand le gouvernement du Front Populaire a demandé à Jacques Carlu, un architecte qui avait vécu à New-York, des plans pour le palais du Trocadéro, il s'est refusé à copier le style d'urbanisme en vogue aux Etats-Unis. Pour lui comme pour Auguste Perret (...) le charme de Paris, sa personnalité est d'être conçu selon des perspectives horizontales."
  • "Quand les fauves se dévorent entre eux"...dit Rouart ayant aimé le livre de Sylvie Yvert sur les vacheries entre écrivains ("une lecture à la fois tonique et déprimante"):
  • _"C'est un géant qui a abattu une forêt pour faire une boite d'allumettes" (Alexandre Dumas au sujet de Flaubert); "Mallarmé est intraduisible même en Français" (Jules Renard); "C'est un feu d'artifice sur lequel il a plu" (Edmond de Goncourt au sujet de José Maria de Heredia); "Racine passera...comme le café" ( Mme de Sévigné au sujet de la 'mode' autour de l'auteur de Phèdre)
    • Rouart est une sorte d'éclaireur mais qui fait lui de la pub de ses éclaireurs et leurs conseils: "un de mes amis éditeurs, Manuel Carcassonne, m'a dit: "Cet été, je vais me mettre à lire Péguy" ..."Péguy a été le maître de toute une génération. (...)pétri de contradictions"
    • ... sa rencontre avec un aimé prof de lettres "passionné" devenu écrivain: André Brassin, auteur de Dur Désir. "Un bon titre" commente Rouart...
    • ... bref, un livre journal intime riche en rappels, drôleries, et échos avec 2024 ...mais aussi des horreurs de différentes natures et degrés...: une noce ciblée par accident en Afghanistan; ...où des talibans tue des soldats français; une fuite à la Centrale Nucléaire du Tricastin; les caisses Noires du MEDEF ; Aragon, sa grande soeur était sa mère; un car d'élèves en sortie scolaire percuté à un passage à niveau "le professeur accablé (...) s'est ensuite donné la mort"..."Eric Jandin était de ces professeurs qui veulent trop bien faire"....Alain Rey, "ce nouveau terroriste de la langue française..." (sic)
    • ... mieux, il mentionne aussi un jeune agriculteur faisant cette année 2008 un tour de France avec "sa belle vache charolaise"..."petit frisson inédit de vérité et liberté"...mais non écouté si j'en crois les évènements et blocages agricoles quasi mafieux de 2023 et 2024.
    • il mentionne aussi le calvaire des fermiers "Marcouyoux"...qui rappelle le calvaire des familles dans Dark Waters de Todd Haynes...
    • Merci si vous avez lu cette liste indigeste et pardon de parfois "yoyotter de la touffe" (dire n'importe quoi) expression que Rouart a apprise dans un livre de Bernard Pivot qu'il a aimé et partage sur son SC papier..."plein d'allégresse, de cocasserie, de coquecigrues."
    PierreAmo
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    le 29 mai 2024

    Modifiée

    le 21 juin 2024

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    PierreAmo

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