La rencontre avec Scott, « l'homme qui rétrécit », se fait in media res, alors qu'il ne mesure déjà quasiment plus rien et qu'il fait son possible pour échapper à une veuve noire particulièrement alléchée par son petit corps de bipède pessimiste — il est persuadé que, diminuant de trois ou quatre millimètres par jour, c'est la mort qui l'attend d'ici la fin du roman, incapable de concevoir sa taille en dehors d'une règle millimétrée. C'est ce combat toujours repoussé contre l'araignée qui occupe l'intégralité de ses journées minuscules, tandis que, régulièrement, un chapitre non numéroté ouvre une analepse permettant au lecteur de comprendre les origines de son mal et, surtout, d'apprendre progressivement comment il s'est retrouvé enfermé dans la cave, royaume aranéide. Deux récits s'entremêlent donc, aussi frustrants l'un que l'autre : d'un côté, Scott le miniature relate ses vaines et dernières tentatives pour retrouver le monde extérieur selon un schéma rébarbatif (faim, soif, habillement, course, blessure), révélant par ailleurs son manque de jugeote (la chaussure ou le pantalon du réparateur, voyons !) ; d'un autre côté, l'homme se plaint des problèmes que sa taille diminuant crée, notamment au sein de son couple. Or, Scott fixe vite son esprit sur le plaisir charnel, qu'il voit désormais hors de sa portée parce que, mesurant moins d'un mètre soixante, en tout cas moins que son épouse, il se juge incapable d'assouvir ses besoins. Le souci, c'est que cette question prend le dessus sur tout le reste, entre autres sur l'amour pour sa femme et sur l'éducation de sa fille (deux personnages féminins qu'il transforme en antagonistes), au point même qu'occultant tout le reste, il se tourne vers des êtres de sa taille pour répondre à ses désirs ; ainsi, il devient d'abord un voyeur dont la victime est une adolescente de seize ans, avant de sauter plus tard au cou d'une naine rencontrée à la foire... Il y a finalement peu de réflexions dignes de ce nom dans ce roman au protagoniste insupportable : « Tout ce que j'ai fait, je l'ai fait en vain » déclare-t-il d'ailleurs à trois pages de la fin, et le lecteur ne peut qu'être d'accord avec lui. Pour une fois.