Il faut dire que j'en attendais beaucoup. Sa validation par l'institution scôlaire, les bandelettes dithyrambiques qui annonçaient un "déjà classique", la réputation touche-à-tout populaire de l'auteur plaçaient la barre haut, et pourquoi pas ! On se dit parfois qu'on attaque un livre qui sera à la hauteur de l'aura qui le précède.

Et patatras ! Même si le démarrage est assez réussi, avec une écriture enlevée, un vrai sens du rythme dramatique, et puis le plaisir de ce suspens qui fait languir le lecteur pressé de retrouver le personnage iconique de Molière, malgré cela, la tournure que prennent ensuite les événements et la "résolution" font chavirer le livre, au mieux, dans un médiocre divertissement.

Soyez tranquilles, plus aucune surprise ne viendra perturber une lecture qui devient vite ronflante. Chacune des protagonistes "victimes" collera absolument au caractère caricatural que l'auteur leur a assigné au commencent - on exceptera les retournements peu crédibles de la naïve Angélique (quel prénom...) et de la religieuse. Quant à Don Juan, une prestation face A (maléfique), plutôt réussie dans les duels de répartie, laissera très - trop - rapidement à une révélation face B d'une invraisemblance assez inouïe à ce niveau littéraire. D'un point de vue psychologique, le simplisme frôle le scandale : expliquer le mythe du libertin bourreau des cœur et des âmes par un refoulement aussi superficiel, évident qu'une épiphanique homosexualité relève d'une indécente réduction, au mieux d'une sorte de fantaisie d'auteur. Car qui peut croire à un tel dénouement, qui résoudrait rationnellement le sadisme d'un Don Juan devenu névrose pathologique ou grande entreprise de vengeance de genre.

Jouer avec les idoles, pourquoi pas, mais encore aurait-il fallu prendre complètement ce parti. Sganarelle, le seul personnage franchement comique n'a que peu d'épaisseur, et son ultime bafouille relève là encore plus du clin d'oeil que de la réinterprétation. Quant au personnage central, la duchesse, sa transformation en donneuse de leçon, en personnage expérimenté sans sagesse laisse pantois.

On n'enlèvera pas le mérite de l'écriture, de quelques formules bien trouvées, de personnages efficacement campés. Mais le tout reste vraiment décousu, d'un romantisme daté et sans envergure, sans fond psychologique alors même que l'auteur en fait la pierre angulaire de sa réécriture. Et finalement, une pièce qui se prend et qui a été prise bien au sérieux alors qu'elle n'en a pas les moyens.

Kobiwan
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le 30 oct. 2024

Modifiée

le 30 oct. 2024

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