Comme le précise Jean-Christian Petitfils, ce qu'on appelle à tort le Suaire est en réalité le Linceul, soit le drap qui aurait enveloppé le corps de Jésus.

Bien que la foi de l'auteur transpire à chaque page (ce qu'il assume du reste), ce dernier s'astreint néanmoins à une certaine objectivité, notamment quand il évoque certaines reliques à l'origine certainement falsifiée.

Jean-Christian Petitfils rassemble donc ici une somme d'informations et d'études assez impressionnante pour nous éclairer sur l'origine de cet objet hors du commun. En effet, s'il n'y a pas la preuve irréfutable qu'il s'agisse bien du Linceul du Christ, rien ne prouve qu'il s'agisse d'un faux. En effet, la datation au carbone 14 qui allait dans ce sens fait l'objet d'un chapitre à part entière sur les failles de cette méthode dans le cas d'espèce. Par exemple, l'incendie de 1532, qui a légèrement dégradé le Linceul est un des éléments ayant pu parasiter cette expérience scientifique.

Pour retracer l'itinéraire du Linceul, l'auteur s'appuie sur les légendes, les témoignages évoquant un objet similaire et sur les évènements historiques avérés à partir de son arrivée à Constantinople. Auparavant, le cheminement est en effet plus compliqué à établir et c'est peut-être la partie de l'ouvrage la plus difficile à suivre car elle est beaucoup dans l'hypothèse puisqu'il y a un trou jusqu'au IVe siècle et l'évocation de l'image d'Édesse qui pourrait être le Linceul. Le parcours est ensuite plus linéaire, bien que semé d’embûches avec des incendies, des tremblements de terre, des pillages desquels il a miraculeusement réchappé à chaque fois.

Une deuxième grosse partie est consacré à ce qu'en dit la science. D'après les études rapportées par l'auteur, hormis la datation au carbone 14, les éléments concordent vers l'authenticité du Linceul. Des études sur les pollens, la tridimensionnalité de l'image (avec des nuances de couleur selon l'éloignement du corps au tissu), les signes de la Passion penchent vers une réalité qui surpasse même les idées reçues que l'on avait sur l'époque (par exemple la méthode de crucifixion). À ce jour, personne n'est encore en mesure d'expliquer avec certitude comment cette image que le chevalier Pia n'a découvert en négatif qu'à la fin du XIXe siècle, a pu s'imprimer sur cette toile de lin.

Un autre chapitre est consacré à une comparaison avec le Suaire d'Oviedo (le Suaire étant le tissu ayant recouvert le visage du Christ à la descente de croix) et la Sainte Tunique, dont les proximités sont intéressantes. Les similitudes des images et le groupe sanguin identique, semblent s'orienter vers le fait que les trois objets sont liés à la même personne.

La dernière partie est plus anecdotique, car s'appuyant sur le récit biblique officiel, mais il permet de remettre cela en perspective avec la somme d'informations qui a été abordée précédemment et comment cela peut coïncider avec les découvertes scientifiques.

Le mot de l'éditeur "enquête définitive" n'est pas approprié car il s'agit plutôt d'un point de situation sur l'avancée de cette enquête. Cela n’empêche pas de reconnaître un travail considérable, minutieux et exhaustif. Quelques passages requièrent toutefois un peu de concentration et peut-être une légère initiation religieuse pour réellement comprendre les ressorts. Paradoxalement, le passage sur la science m'a paru le plus fluide et le plus abordable quelle que fut notre position par rapport à la religion.

J'ai trouvé cela passionnant et l’enquête n'est pas terminée, d'où la prudence de l’Église à l'évocation du Linceul, qui n'est toujours pas considéré comme une relique.

Le-gamoun
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le 8 août 2025

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Le-gamoun

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renardbleu
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