L'infortunée
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le 27 mars 2022
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Quel contraste ! Lu juste après le "François 1er" de Didier Le Fur, on ne peut que constater l'écart de traitement entre ces 2 volumes portant sur la même période. Frère et soeur expriment leur amour fraternelles mais finalement se croisent plus qu'ils ne se côtoient pendant cette première moitié du XVIe siècle.
À François les ambitions, les guerres, la diplomatie, l'exercice du pouvoir. À Marguerite, les arts, le mécénat, le salut de l'âme et une ébauche de réflexion sur la condition féminine.
Quand le François 1er de Didier Le Fur n'aborde essentiellement que l'homme public, le Marguerite de Navarre de Patricia Eichel-Loljkine touche à l'intime.
On pourrait presque se croire à consulter un journal intime tant les émotions de Marguerite sont restituées quand le François de Didier Le Fur n'est qu'un bloc froid et lointain restitué par les observateurs de l'époque.
Une approche qui correspond à la vision des auteurs, Patricia Eichel-Loljkine est professeur de lettres modernes après tout. Quand Didier Le Fur soupçonne François 1er d'être bien moins érudit qu'on ne le dit (alors qu'il serait étonnant vue l'amour des lettres de sa mère et de sa soeur de ne pas conservé un socle lettré solide), Patricia Eichel-Loljkine elle passe très rapidement sur le rôle diplomatique tenu lors de la Paix des Dames.
La qualité de cette ouvrage a été pour moi de mettre en lumière la "Renaissance" de ce siècle qui n'était qu'entraperçu dans l'ouvrage précédent. Cette biographie éclaire bien les enjeux de l'apparition de la Réforme dans un milieu lettré, perméable à ses idées mais conscient du risque de désordre et de contestation de l'autorité royale. Les hésitations des années 1520 et la répression grandissante des années 1530 n'en sont que plus limpides. Le propre roi n'y semblait pas insensible dans un premier temps tant il a oeuvré à sauver du bûcher les protégés de sa soeur, à l'encontre des théologiens de la Sorbonne.
Une biographie de l'intime donc, on n'y verra guère une Marguerite dans son rôle de Duchesse d'Albret ou de Reine de Navarre. On l'a verra en revanche échanger sa ferveur avec des prêtres réformistes, échanger des poèmes et des preuves d'amitié avec les dames de la Noblesse, prendre la plume pour écrire de nombreux essais et ouvrages et s'interroger sur la meilleure façon d'interroger le ciel et de communier avec le Créateur.
Un ouvrage qui ouvre la porte sur le changement des mentalités de ce début de siècle, les crispations et la division croissante qui aboutira sous peu à une sanglante guerre civile. Une figure qu'on n'oubliera pas également d'évoquer quand on se penchera sur la vie et les oeuvres de son petit-fils : Henri IV.
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Créée
le 7 déc. 2024
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