Connu pour sa plume acérée et volontiers polémique, Patrick Besson donne libre cours à la férocité de son humour dans un pastiche de polar relevant du pur exercice de style.
Journaliste en villégiature dans une île – au lecteur de deviner laquelle entre la fille du patron prénommée Colomba comme l'héroïne de Mérimée et les enseignes hôtelières jouant la variation autour de Bonaparte, Napoléon, l’Aiglon ou le Pont d’Arcole –, le narrateur a le grand déplaisir d’y retrouver le patron de presse qui l’a licencié vingt ans plus tôt. Natation, tennis, ping-pong ou encore jeu d’échecs : tout devient pour lui occasion d’humilier l’adversaire dans une prise de revanche déjà un peu moins dérisoire lorsqu’il s’agit de lui ravir sa maîtresse. Mais l’homme est retrouvé décapité. L’on tient bientôt l’arme du crime, mais qui est l’assassin ?
Dans une narration burlesque hésitant entre partie de Cluedo et roman à la Agatha Christie, commence un défilé de suspects tous à ce point loufoques que le pseudo-polar écarte bientôt toute velléité de sérieux pour s’adonner moqueusement au délire de la pure comédie. Comme si les lectures de Colomba au bord de la piscine finissaient par déteindre sur toute l’histoire, alors que s’étant mis en tête de lire presque toute l’oeuvre de Corneille depuis la fin jusqu’au début, elle remonte peu à peu des pièces les plus tragiques vers les comédies de jeunesse du dramaturge.
S’il ne signe sans doute pas ici son livre le plus profond ni le plus marquant, Patrick Besson mène l’exercice d’une main de maître et, entre élégance et férocité d’une plume polissant ses brefs paragraphes pour mieux les cracher en volée de cailloux acérés, éblouit de sa virtuosité autant qu’il régale d’un humour et d’un art du non-sens des plus britanniques.
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