Peut-être une forme de saturation après avoir enchaîné la trilogie Mr Mercedes et plusieurs romans centrés sur Holly Gibney, ou bien simplement un livre moins abouti que d’habitude. Le doute est permis, mais le constat reste le même.


On a le sentiment de tourner en rond avec les personnages. Jérôme, Barbara, Holly, tous évoluent dans une continuité sans véritable rupture, sans transformation marquante. L’ensemble donne une impression de stagnation, comme si tout avançait sans jamais vraiment changer.


L’intrigue elle-même reste assez basique. On revient à un mal profondément humain, dans la continuité du dernier Holly, mais sans réelle montée en tension. Le roman semble davantage porté par une volonté de capter l’air du temps, de dresser un portrait critique de la société américaine contemporaine, plutôt que par une véritable dynamique narrative.


Le contexte politique et social est omniprésent. En toile de fond, les divisions exacerbées de l’Amérique, notamment autour de la période Trump, qui ne fait finalement que révéler une fracture déjà ancienne. Économie fragilisée, réseaux sociaux omniprésents, affrontements idéologiques, complotisme, système de santé défaillant, dérives religieuses, alcoolisme. Autant de thèmes déjà largement explorés par King au fil de son œuvre. Rien de véritablement nouveau, si ce n’est peut-être ce détail presque anecdotique autour des chasseurs d’autographes.


Le personnage à double visage, entre homme et femme, intrigue sur le papier, mais reste à peine esquissé. Comme souvent dans le roman, beaucoup de sujets sont abordés, mais sans être réellement approfondis. On survole plus qu’on n’explore.


On sent également un King plus prudent. Les enjeux semblent limités, les personnages principaux relativement préservés. La violence existe, mais touche principalement des figures secondaires, à peine installées. La tension s’en trouve affaiblie. Là où ses anciens romans savaient faire naître une véritable inquiétude, ici tout semble plus contenu, presque assagi.


La comparaison avec Cujo, lu récemment, est assez révélatrice. Dans ce dernier, le risque, la tension, la peur étaient palpables. Ici, on reste à distance. On ne tremble pas vraiment, malgré le titre. Holly apparaît protégée, presque intouchable, ce qui retire une part essentielle du suspense.


Même King, dans sa postface, semble conscient des limites de son propre livre. Une forme de lucidité qui en dit long sur le résultat final.

Gilead
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le 14 avr. 2026

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