C’est presque trop lourd de commenter Faulkner. On ne se sent pas à la hauteur.
On peine à tout comprendre, à tout analyser vivement. L’écriture dépasse son sujet, son esthétique, sa dramaturgie, son élan vital. Tandis que j’agonise, c’est l’histoire d’un cercueil qu’on déplace, qu’on se traîne, inlassablement, dans le noir.
Plus de 30 personnages en tout pour 250 pages ; c’est beaucoup.
Et Faulkner n’explique pas trop pour mon goût . En fait, Faulkner explique un peu à chaque fin de ses romans, mais pendant les trois quarts, le brouillard total, la brume ensorcelante, le cauchemar qui n’en est pas tout à fait un.
Heureux qui veut lire Faulkner, il vous le rendra au centuple.
Je commence à m’amuser à partir du monologue post-mortem de la mère décédée.
Les mots ne peuvent rien expliquer, elle le marmonne.
Et moi-même je ne peux rien expliquer en dehors des sentiers battus.
Un livre puissant et glauque, un peu sans en avoir l’air. De la littérature.
Et pour preuve, les yeux dans ce roman sont tout à la fois :
« pâles comme du bois incrusté dans son visage de bois »
« comme ces chandelles qu’on voit couler dans les bobèches des chandeliers de fer. »
« comme du bois pâle dans sa figure sanguine. »
« Ses yeux toujours pleins de campagne. »
aller un dernier : « Ses yeux ressemblent à des tessons d’assiette. »
Que d’inventions dans la description oculaire de ses personnages.
Pourtant :
« C'est alors que j’ai appris que les mots ne servent à rien, que les mots ne correspondent jamais à ce qu’ils s’efforcent d’exprimer », nous dit Addie la morte.
Moi-même je ne peux que me perdre, me saouler de phrases, et tout est emporté dans un air de gramophone.