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Immense roman : réinvention à portée universelle de la légende noire de l'Espagne.
Désormais sur mon blog : http://charybde2.wordpress.com/2014/05/17/note-de-lecture-terra-nostra-carlos-fuentes/
le 5 janv. 2014
Plus qu'un livre, Terra Nostra est une expérience aux flots furieux. Œuvre immense et complexe, Terra Nostra se révèle ambitieuse et embrasse quatre continents en couvrant presque deux mille ans d'histoire.
Si son pivot est l'Espagne et le règne de Philippe II autour desquels se déploie le récit, Carlos Fuentes ne cesse de nous projeter sur le fleuve du temps de sa source à sa fin, de l'empire romain à la fin du 20ème siècle, où les réitérations de l'Histoire sont permanentes jusqu'à pulvériser le sens linéaire du temps et l'ordre immuable des évènements.
Vieux Monde, Nouveau Monde : mondes liquides, consanguins et instables ; fantasmes et monstres sont engendrés par de fécondes réminiscences culturelles jusqu'à l'apparition du Seigneur, sorte de Philippe II au sang dégénéré, instaurant un ordre divin, tel son Escurial frigide et autoritaire, qui se veut immuable et unitaire, menacé par des hérétiques pluralistes, puis un carnaval de personnages, parfois sorcière brûlée réincarnée entremetteuse, ou chroniqueur manchot cervantesque, un dieu tutélaire aztèque témoin des premières explorations des conquistadores… Violence, folie collective, permanence des combats inondent l'aube tragique du deuxième millénaire. Carlos Fuentes dissèque avec furie les troubles d'un monde devenu moderne.
En peuplant son œuvre d'aberrations historiques, Carlos Fuentes annonce une lecture à la fois parodique et visionnaire de l'Histoire d'où pourrait émerger une nouvelle réalité verbale, vérité occultée par le discours historique officiel (lecture initiée par de nombreux auteurs latino-américains, notamment les modernistes indigénistes) : chercher le souffle du devenir dans les tourbillons imaginaires ou réécrits du passé. Mémoire sourde et univoque bannie par l'auteur contre mémoire devenue enfin ouverte, féconde et plurielle. le tout au gré de références picturales (le Greco, Bosch…) pour mieux annoncer, dans un élan philosophique, l'imminence de l'apocalypse.
Puis l'Autre Monde. Prophétique, Terra Nostra intrique histoire catastrophique et avènement d'une utopie unitaire, création dans la création (littéraire) qui contiendrait le tout pluriel, incarnée par un Adam androgyne tel un retour kabbalistique au premier homme-femme dos contre dos de la tradition hébraïque, avant leur séparation première.
Carlos Fuentes boucle la boucle magistralement, nous laissant éreintés de tant d'inflorescences baroques et abasourdis de tant de spirales vertigineuses et de démesure littéraire.
« Laisse à d’autres le soin d’écrire les événements apparents de l’histoire : les guerres et les traités, les querelles héréditaires, la concentration ou l’éclatement du pouvoir, la lutte des États, l’ambition territoriale, toutes choses qui continuent de nous rattacher à l’animalité. Toi, ami des fables, écris l’histoire des passions sans laquelle l’histoire de l’argent, du travail et du pouvoir demeure incompréhensible. »
Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste “Ordenar bibliotecas es ejercer de un modo silencioso el arte de la crítica” [Borges]
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le 24 avr. 2026
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