C’est avec une terrible sincérité que se déploie ce roman autobiographique d’Earl Thompson, dont on tourne les pages sans même sentir le poids du volume tant l’écriture nous absorbe. Peu à peu, le lecteur s’abreuve à cette eau croupie qui compose le quotidien du petit Jack Andersen, enfance misérable et poisseuse où la pauvreté semble contaminer jusqu’aux sentiments eux-mêmes.
Élevé dans un dénuement extrême par ses grands-parents, Jacky ne voit sa mère qu’épisodiquement, présence lointaine et trouble pour laquelle il finira par développer des sentiments ambigus, presque dérangeants. Mais c’est précisément là que réside la force du roman : dans cette capacité à regarder l’enfance sans l’idéaliser, à montrer comment la misère déforme les êtres, les désirs et les liens familiaux.
Le livre est sublime de noirceur et d’humanité mêlées, porté par une langue brute, parfois sale, mais constamment habitée. Il faut également saluer l’immense travail éditorial de Monsieur Toussaint Louverture, dont l’édition donne au texte l’écrin qu’il mérite.