Ataï, ton grand-père

Avis sur Enfant du destin - Ataï

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1ère écoute

Ma chérie, il faut que t’écoute ça » dis-je à ma femme en lui tendant le casque de mon lecteur MP3
Dans le lecteur Enfant du destin – Ataï extrait du dernier album de Médine.
Au bout de quelques instants, elle me dit :
« - C’EST QUI CE MEC ??
- C’est Médine. Répondis-je
- QUOI ?
- Enlève ton casque sinon tu ne m’entends pas
- QUOI ??
Médine un rappeur du Havre parle de la Kanaky Nouvelle-Calédonie dans ce septième opus d’un enfant du destin. Son texte est tellement bien documenté qu’on pourrait le penser écrit par un gars d’ici.

Tout d’abord le son.

Des percussions sur des bambous et des chœurs qui inspiré d’un EAE, ce chant traditionnel très rependu ici autrefois qui a pratiquement disparu aujourd’hui.

Le choix du vocabulaire

ensuite qui est vraiment local comme
- Le banian l’arbre maison des ancêtres,
- L’igname la plante sacrée symbole de l’homme et du temps
- Le casse-tête
- La sagaie prononcer "sagailles" la lance
- La suie de bancoulier, la suie d’un arbre utilisée pour se maquiller la peau en blanc (la couleur des diables)
- La roussette une chauve-souris frugivore

Ne sont que quelques exemples d’un vocabulaire riche et calédonien qui ponctue ce texte.

Clivant

Après plusieurs écoutes ma femme m’avoue :
-Je n’aime pas vraiment ce morceau
-Mais pourquoi ma saumonée ?
-Je trouve clivant et aujourd’hui, il faut arrêter de sans cesse ressasser le passé, il faut imaginer l’avenir.
-Tu as raison, il est temps pour nous de regarder l’avenir mais il ne faut pas oublier l’Histoire au risque de la revivre.
-Mais tout le monde la connait cette histoire
-Je ne suis pas sûr qu’au Havre et ailleurs en Métropole on soit au fait de la destinée d’Ataï. Je me demande si ici au Pays, on la connaisse très bien. Il y a 20 ans à peine, tes ancêtres à l’école était encore gaulois
-Mais je la connais moi !
-Normal, ton père est d’Azareu et quand il parle d’Ataï, il l’appelle ton grand-père. »
Le père de ma femme est natif d’Azareu une des tribus qui s’est soulevée avec le vieux Ataï.
Médine les cite toutes à la fin de son texte : Komalé, Tiendanite, Canala, Nakéty, Oua-Oua, Oroe, Nekou, Azareu et Kikoue
Et c’est vrai qu’aujourd’hui, je lui donne raison. Et si je le lui donne raison, ce n’est pas seulement par ce que contractuellement j’en suis obligé(je suis marié) mais je pense que le texte peut paraître clivant. Pour une phrase dans ce texte au vocabulaire si posé.

Caldoche

Un raid de deux-trois personnes, Ataï et deux autres hommes
Au secours d'une autochtone entre les griffes de ce Caldoche.

Caldoche, c’est le nom qu’on donne aux descendants de colons ici en Nouvelle-Calédonie. Ce terme autrefois péjoratif est aujourd’hui revendiqué par une partie des descendants de colons en mal d’identité.
Mais du temps d’Ataï, soyons clair, les caldoches n’existaient pas, c’était des colons Et celui qui a enlevé Katia est un colon et non pas un caldoche.

le 4 Novembre

Aujourd’hui, nous sommes à un tournant historique dans l’histoire de la Nouvelle-Calédonie. Le 04 novembre le pays va voter une première fois pour l’accession à l’Indépendance. Aujourd’hui, il faut trouver le moyen de tous vivre ensemble, kanak, caldoches et toutes les communautés qui forment la population de notre petit archipel du pacifique Sud. L’heure n’est pas à la division mais bien à la lutte pour la décolonialisation.

En bref

même si un mot peut changer l’atmosphère d'un texte, ce titre est une tuerie surtout pour un zoreil (amateur de rap conscient) amoureux du caillou, de sa culture et de ses habitants. Il s'agit pour moi du meilleur titre de cette année.

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