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Cannes 2019, jour 2 : du rire aux armes

À propos de Le Daim Bull Les Misérables La Femme de mon frère

Illustration Cannes 2019, jour 2 : du rire aux armes

Cannes sous la pluie, c’est l’enfer. Non pas tant parce que le cliché des palmiers en bords de mer s’en trouve écorné que parce qu’on comprend que la ville en elle-même n’est pas préparée au concept. Les trottoirs sont de gigantesques flaques, et pour le cinéphile matinal, gagner la projection du nouveau Dupieux qui ouvre la Quinzaine se mérite.

Dans la file d’attente, je fais la connaissance d’assistante réalisatrice et d’une des monteuses du prochain Kechiche. Autant vous dire que la conversation est passionnante, et que j’apprends plein de choses sur le film à venir qui, en effet, n’a pas encore l’air terminé, mais durera bien quatre heures. Au vu de la manière dont on me le décrit, les contempteurs du premier Mektoub (guyness, si tu me lis…) vont clairement pleurer du sang. Autant vous dire que j’ai hâte. Quelques minutes plus tard, un type derrière nous qui ne nous entendait pas parce qu’il parlait extrêmement fort (certains disent que c’est à ça qu’on les reconnait...) se lance à brûle pourpoint sur les prochains films en compétition et hurle sa rage contre Kechiche. L’esquive, explique-t-il à la foule qui n’en demande pas tant, c’était bien : 2h00 il y a 15 ans, ça passe, mais depuis, il meurt d’ennui à chaque film. Mes interlocutrices encaissent, entre rire et gêne.

Salle bondée et grosse attente pour Le Daim, dernière livraison de Dupieux un net cran au-dessus de son précédent volet national. Dujardin est royal, le film dense, sec, sans bavures, absurde dans le bon sens du terme en ce qu’il ne cède pas aux facilités qu’on pouvait reprocher au final de Au Poste, et dans lesquelles s’est justement un peu vautré Jarmusch la veille. C’est toujours aussi délicieux d’entendre une salle d’une telle capacité éclater de rire à l’unisson.

Course folle à la sortie pour rallier le Palais (la Quinzaine se passe à mi-parcours de la Croisette) et enchaîner sur l’ouverture d’Un Certain Regard avec Bull, 1er film américain d’Annie Silverstein, récit initiatique d’une gamine de 14 ans à la croisée des chemins entre la criminalité bas de gamme ou l’ouverture au monde du rodéo. Un film classique qui n’évite pas les clichés, mais servie par de belles prestations des acteurs et une mise en scène maîtrisée. Mignonne première copie, mais il faut reconnaître que noyée dans la masse des visionnages cannois, on l’oubliera bien rapidement.

Après avoir vu du soleil pendant quelques minutes, retour dans la salle Debussy pour Les Misérables,1er film de fiction pour Ladj Ly sous les ors de la compétition officielle. On sent l’écurie Kourtrajmé, entre vigueur authentique et maîtrise du style. Le film a l’air de faire l’effet d’une claque sur les festivaliers, et sa force de frappe est assez évidente. En ce qui me concerne, il doit décanter encore un brin : la mayonnaise entre le naturalisme social brut et l’écriture un peu trop systématique du western ne prend pas toujours. Mais il est évident que Ladj Ly sait filmer des foules, la tension palpable et croissante entre des groupes et l’univers urbain de Montfermeil qu’il connait comme sa poche.

Sans transition aucune,(si ce n’est la rencontre éclair avec Gwimdor qui passe par là) je sors de la salle pour re-rentrer dans la même pour la cérémonie d’ouverture d’Un Certain Regard, présentée par un Thierry Frémeaux très bien dans ses baskets et qui se réjouit d’un début de Festival où l’enthousiasme semble généralisé. Le film d’ouverture, La Femme de mon Frère, est réalisé par Monia Chokri, québéquoise ayant bossé pour Dolan et qui emploie d’ailleurs une partie de son casting se place dans l’univers des Amours Imaginaires, une comédie satirique et assez enlevée, avec portrait de famille, de la dépression de la trentaine pour un personnage féminin empruntant pas mal à Woody Allen. Film imparfait car trop long (2h et ¾ d’heure de trop) et débordant d’intentions formalistes qui se révèlent parfois assez vaines, mais qui prend tout de même son envol sur sa deuxième moitié, notamment sur quelques sommets de scènes de groupes où la vigueur des échanges et le talent des acteurs a conquis le public. Des chinoises à côté de moi ont frôlé la syncope tant elles riaient.

En sortant, j’entends toujours parler québécois par un groupe très pressé cherchant à me dépasser dans un goulot de barrière difficilement franchissable. C’est Dolan, extatique sur le film de sa copine et qui accompagne le cast pour rejoindre, apparemment, en urgence, la montée de marches pour l'imminente séance de gala . Il arrive quand même à me doubler.

Aujourdhui, parcours international : je me lance sur le pitch intriguant du film brésilien Bacurau (un futur, proche, un village qui disparaît de la carte), détour par Kaboul et ses hirondelles pour le film d’animation de Zabou Breitman en UCR, escale au Sénégal (Atlantique, en Compétition officielle) avant de mettre le cap sur la Georgie (And then we danced, en Quinzaine).

Et sinon, tout le monde, mais absolument tout le monde ne parle que du Tarantino, qui ne sera projeté qu'en deuxième semaine.

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4 réponses

Newt23 ·

C’est chouette d’avoir mis les avis des films et les anecdotes dans le même post, je trouve qu’on cerne encore mieux ton quotidien !
En tout cas, c’est toujours un plaisir de te lire Sergent ! :)

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Sergent Pepper ·

Merci, j'avais aussi pensé que cette formule serait plus digeste...

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guyness ·

Je te lis, Sergent... Et pour éviter une visite chez l'ophtalmo et des pansements disgracieux, je crois que je ferai l'impasse sur le second canto... 4 heures. Mon dieu.

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Sergent Pepper ·

Hé hé... Je penserai bien à toi lors de cette projection d'exception !

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