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Donc No Diggity est potentiellement le morceau de Hip-Hop le plus intemporel des années 1990...

À propos de Smells Like Teen Spirit Still Dre Under the Bridge Californication Wonderwall Juicy Toxic Bohemian Rhapsody Get Lucky (Single) Roar

Le site Polygraph vient de mettre en ligne une analyse des morceaux les plus écoutés sur Spotify, avec une emphase assez importante sur les années 1990 et le Hip-Hop. C'est assez intéressant comme analyse, bien qu'un peu biaisée, Spotify étant majoritairement utilisé par les tranches 15-24 et 25-40 ans de la population, la deuxième étant probablement la plus impactée par la musique de cette décennie.

Malgré cela, pas mal de données intéressantes ressortent, notamment donc le fait que No Diggity soit la piste de Hip-Hop 90's la plus écoutée, devant Still Dre, Juicy ou California Love. Par extrapolation, on peut imaginer que ces pistes resteront écoutées par nos enfants, et que des morceaux tels que Rosa Parks, Gin & Juice, Insane in the Brain ou You Got Me tomberont progressivement dans l'oubli (pire encore, des noms comme Nas, A Tribe Called Quest, De La Soul ou Jay-Z seront vraisemblablement aussi ringards que Kriss Kross d'ici 15 ans, et OutKast ne sera reconnu que pour son album de séparation).

Je vous conseille la lecture en tout cas, pour ceux qui l'ont vécue de plein fouet c'est intéressant de se replonger dans cette décennie et de voir ce qui sera retenu par les jeunes générations. On peut constater d'ailleurs que la longévité d'un titre est souvent inversement proportionnelle à son succès initial lors de sa sortie. En 1992 Smells Like Teen Spirit par exemple était loin d'être le carton planétaire que l'on s'imagine aujourd'hui, comme Bohemian Rhapsody ou Roxanne avant lui c'est un morceau qui s'est construit une légende au fil des années (oui, peut-être que la mort de Kurt Cobain a un peu aidé, mais je ne pense pas que ça ait été une 'aide' déterminante). A l'inverse, à chaque fois que l'on présente le dernier morceau à la mode sur les ondes comme un futur classique, il s'agira vraisemblablement d'un succès éclair qui se volatilisera très rapidement. C'est le cas par exemple de Get Lucky, Hey Now, Happy ou Roar, forcément, ce sont les exemples de tubes radiophoniques les plus récents, et qui reviennent donc le plus facilement en tête (on a été tellement gavés de Happy...). Mais si je vous dis TiK Tok (Ke$ha) ou Hey, Soul Sister (Train), pourtant respectivement 1er et 3ème du top 100 Billboard pour l'année 2010, c'est déjà un peu moins évident. Alors ne parlons pas de ce qui cartonnait il y a 10 ans, notamment Hollaback Girl, Gold Digger ou Boulevard of Broken Dreams.

A l'inverse, No Diggity s'est classé 42ème l'année de sa sortie (pour rappel, premier du top 100 pour l'année 1996 : Macarena, hem), un succès modeste au premier abord, et pourtant aujourd'hui le titre comptabilise pratiquement 31 millions de lectures rien que sur Spotify, boxant dans la même catégorie que Wonderwall par exemple. Pourtant, si vous me demandez mon avis, au premier abord, malgré une prod' très catchy et un verse glorieux de Dre, le morceau pour moi est un exemple vivace du Hip-Hop mid-90's, avec un beat simple mais coloré et des lyrics portés sur l'ironie facile, mais rien qui ne le distingue véritablement de la masse. Il y a eu Warren G et Coolio avant, il y aura Dre et Eminem après, alors pourquoi on retient surtout Blackstreet de cette période ?

Je pense que la réponse ne tient pas tant dans le titre en lui-même, que dans les personnes qu'il a impactées au moment de sa sortie. Si l'on en revient à Smells Like Teen Spirit, je pense qu'aucun facteur, fut-il intrinsèque ou extrinsèque, ne peut déterminer le potentiel de classique intemporel/indémodable d'un morceau. Bien sûr, un producteur pourra toujours pousser afin de trouver le bon compromis sonore entre le classique, le moderne et le contemporain, couplé aux talents du parolier/chanteur/rappeur/whateveur il y a toujours moyen de pondre une pépite à la fois parfaitement représentative de son époque et suffisamment passe-partout pour être écoutée quelques décennies plus tard sans que le souffle de la nostalgie ne laisse place au frisson de la ringardise ; avec la bonne promotion radiophonique on peut même imaginer que le titre se fasse connaître, pas forcément de manière fulgurante, mais via le bouche-à-oreille, ou au fil des années. Mais dans cette équation il y aura toujours une inconnue incontrôlable et même imperceptible : la réception, ou plutôt l'influence sur le public. C'est quantifiable à un moment donné, mais une fois qu'un titre est mis à disposition du public, tel une bouteille lancée à la mer, rien ne peut prédire ce que le public en fera. Ici en l'occurrence si le titre est revenu dans les esprits c'est sans doute parce qu'il a été repris par Ed Sheeran ou Chet Faker (qui au passage repompe pas mal de trucs de Groove Armada, eux-mêmes ayant pas mal repompé de The Fatback Band sur My Friend, vous parlez d'une industrie de recyclage), ou surtout après cette séquence de Pitch Perfect qui, on l'imagine sans trop de mal, aura permis à beaucoup de jeunes de découvrir le morceau, ayant été trop jeunes (voire même tout simplement pas nés) pour en profiter lors de sa sortie initiale.

Je trouve le point de vue intéressant en tout cas ; ça donne du grain à moudre à tous ceux qui se plaignent que l'industrie musicale est incapable de se renouveler/réinventer, sans doute parce qu'elle n'en ressent pas le besoin finalement : chaque génération se démarque de la précédente en reprenant ce qui se faisait avant en y ajoutant sa propre touche, formant un chassé-croisé de plus en plus étrange au fil des décennies. Reste le questionnement le plus intéressant pour la fin : et vous, selon vous, quel(s) titre(s) mérite(nt) réellement la qualification de musique intemporelle ? Surtout, est-ce que vous le penserez encore d'ici 10 ans ? Et d'ici 15 ans, quel groupe ou morceau du paysage musical actuel aura droit à une 'seconde jeunesse' auprès des nouvelles générations ?

En Hip-Hop ? Biggie, assurément. Pour tout le reste, il y a Queen. Ou Britney Spears, au choix.

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Ecto ·

Peut-on vraiment juger du caractère intemporel d'un morceau en fonction de son nombre d'écoutes Spotify ? "Iris", deuxième chanson la plus écoutée, est un bon tube pop mais je doute fortement qu'il soit un morceau remémoré dans une trentaine d'années... C'est un tube pop qui n'a pas créé une nouvelle mouvance et qui n'a pas a marqué les esprits par une certaine fraîcheur, mais son efficacité mélodique l'a propulsé au top des charts à l'époque.
(c'est un morceau relativement inconnu en France d'ailleurs !)

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Ecto ·

Désolé, j'en rajoute une couche, mais c'est aussi une grosse erreur que de ne comptabiliser que les top du Billboard, non ? Parce que du coup on prend uniquement en compte les groupes qui ont cartonné aux USA, or ce n'est pas le cas des Strokes qui ont une bien plus grande popularité en Europe, ce qui fait qu'ils sont dégagés de la liste des plus joués des 00's !

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Ecto ·

Définitivement, cette restriction du Billboard me semble biaiser totalement les résultats ! Je ne comprends pas l'intérêt de cette restriction en plus. Les Strokes ont des titres a plus de 40 millions d'écoutes datant d'avant 2005, mais n'ont jamais atteint les Billboard avec ces derniers...

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Yyrkoon ·

C'est vachement intéressant dis-donc, après pour moi la plus grande faille de l'article n'est pas l'âge des utilisateurs de Spotify mais la différence sociale entre les gens qui font la popularité d'une chanson dans le billboard et sur Spotify. Par exemple je suis sûr que si on prenait les tracks de 2014 qui ont eu le plus de succès dans le Billboard et sur Spotify on aurait déjà une différence. Après bien sûr les trajectoires des chansons se creusent avec le temps comme ils le montrent bien la fin. Dans tous les cas super article !

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HarmonySly ·

Oui effectivement juger sur une seule base de données c'est un peu limité mais le but de l'article est ailleurs que dans une analyse scientifique approfondie je pense. Le problème de Billboard c'est que c'est un instrument de mesure de popularité à un instant T, alors que les services de streaming permettent une plus grande granularité des données, du moins depuis leur entrée en vigueur (10 ans pour Spotify, ce qui reste encore un peu jeune).

Concernant la différence sociale, je demande à voir. Comme on reste dans le carcan de la musique populaire au sens large, je pense que les gens qui achètent leur musique en CD, ceux qui la téléchargent, ceux qui la streament, ceux qui l'écoutent via la radio ont des affinités musicales similaires, mais je peux me tromper.

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Yyrkoon ·

À vue de nez je vois quand-même des grosses différences mais je peux me tromper.
Déjà, le billboard, c'est les USA, alors que Spotify est disponible partout dans le monde.
Surtout, je pense qu'Internet est pratiqué différemment selon les classes sociales, et que le streaming n'est pas encore une pratique généralisée.
Après rien que mettre ces chiffres en rapport en gardant à l'esprit qu'ils ne sont que relativement comparables c'est déjà super intéressant

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Ecto ·

Pour le coup, c'est le vrai que le côté mondial de Spotify tranche avec la localisation précise du Billboard. Si le nombre d'écoutes n'avait été que comptabilisé aux USA, Pearl Jam se serait forcément retrouvé dans la liste par exemple.

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Old Soul ·

Tiré des conclusion sur des statistiques pareil... A la limite, on peut dire que c'est le morceau le plus populaire chez les utilisateurs de Spotify.

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HarmonySly ·

Sauf que ce n'est pas le cas.

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