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[Dossier] La série des Mother

À propos de Earthbound Beginnings EarthBound Mother 3 Mother 1+2 LISA Muse: Together is the New Alone Earthbound (OST) Mother 1+2 (OST) Mother 3+ Mother 4

Illustration [Dossier] La série des Mother

Introduction

En cette époque où tout (ou presque) est trouvable grâce à Internet, les frontières n’importent plus vraiment. Quoi de plus simple que de télécharger la musique d’un groupe underground ouzbek, ou de pirater le dernier film d’art et essai d’un illustre inconnu, quand tout ce qui est requis sont quelques clics sur un torrent ou autre ? Il y a encore quelques années, c’était inconcevable. Ce qui pouvait être populaire à un endroit restait confidentiel et inconnu ailleurs. C’est ainsi que la série des Mother devait passer longtemps inaperçue en Europe, avant que le personnage de Ness fasse son apparition dans Super Smash Bros.

C’est dans l’esprit du génial Shigesato Itoi, alors écrivain de renom au Japon, que naîtra l’idée d’un RPG différent des standards : au lieu d’un univers médiéval fantastique, on se place dans une parodie de l’Amérique des années 80; au lieu d’un héros surpuissant et charismatique, et de son équipe, une bande de gamins; au lieu d’épées et d’arcs, on se bat avec une batte de baseball et un yoyo. Le nom du jeu ? Mother, en référence à la chanson de John Lennon.

Mother / Earthbound beginnings / Earthbound 0

Le premier opus, sorti sur NES en 1989 au Japon, pose les bases de la série. Ennemis étranges (le premier ennemi combattu n’est autre que votre lampe de chevet), pointes d’humour permanentes et situations incongrues sont à l’honneur dans cet univers rempli de références à la Pop culture et de dialogues étranges.

Seulement, Itoi n’était pas un développeur, et ça se sentait : avouons-le, le gameplay était très lourd (menus à rallonge, rencontres « aléatoires » trop fréquentes) et la difficulté des combats était hallucinante et très mal dosée, pour arriver à voir la fin du jeu, il fallait passer par de très pénibles phases de grinding (id est combattre en boucle des ennemis pour monter de niveau). Mais le jeu en valait la chandelle, l’aventure atypique étant rythmée par une bande-son au top, une exploration récompensée par des surprises et un boss final mémorable.

S’il n’est pas possible de recommander ouvertement Mother 1 aujourd’hui, son gameplay étant rédhibitoire, il n’en pose pas moins les fondements d’une série culte, et ceux qui n’ont pas froid aux yeux peuvent dès lors tester la réédition Earthbound Beginnings sortie cet été sur la console virtuelle de la Wii U, ou encore télécharger des ROM où la difficulté a été revue à la baisse.

Mother 2 / Earthbound

« This game stinks ! ». C’est ainsi que fut introduit pour la première fois en 1994 la série aux États-Unis, avec Mother 2 renommé pour le coup Earthbound (pour éviter de perturber les américains, qui n’avaient pas eu Mother ).

Campagne de pub calamiteuse, console en fin de vie et jeu plus cher que la moyenne (car accompagné de son guide officiel), le jeu ne rencontrera pas le succès escompté aux USA, dissuadant une sortie européenne, malgré le succès sur l’archipel nippon. On repart alors sur les mêmes bases pour rebondir dessus et proposer un monde bien plus riche : les personnages principaux sont encore des gamins qui vont sauver le monde face à une invasion extraterrestre, mais les défauts de gameplay sont désormais effacés et laissent place à des innovations intelligentes : les rencontres ne seront plus aléatoires, les ennemis étant présents directement à même la carte, ce qui permet (selon qu’on les rencontre de face, de dos ou qu’on est agressé dans le dos) de gagner ou perdre un tour de combat (dans un genre de tour-à-tour rendu dynamique grâce au système de santé); pour peu que la différence de force soit suffisante, les ennemis sont mêmes vaincus instantanément.

Un des développeurs principal du jeu était au passage Satoru Iwata, paix à son âme.

On se laisse donc entrainer dans le cheminement de Ness et de ses camarades, les traits d’humour omniprésents et les références toujours plus nombreuses.

Au menu, combattre une secte ressemblant étrangement au Ku Klux Klan, assister au concert d’un pastiche des Blues Brothers, voyager à dos de monstre du Loch Ness, se soigner en avalant un burger et affronter des ennemis aussi barrés que géniaux sur fond psychédélique et musique sensationnelle.

La musique, parlons-en d’ailleurs. Si la bande-son de Mother était déjà très réussie, celle d’Earthbound est simplement révolutionnaire : pour la première fois dans un jeu vidéo, on utilisera les samples, et d’autre part, on n’avait jamais vu d’OST aussi diverse et réussie : pistes psychédéliques, morceaux country, voire sonorités expérimentales et bruitistes, la musique contribue à rendre Earthbound une expérience encore plus marquante et inoubliable (le boss final, notamment, est incroyable). Comme quoi, pas la peine d’avoir un scénario compliqué pour aboutir à un chef d’œuvre.

Avec Earthbound, la série fait un fantastique bond en avant en revisitant de manière farfelue la période de l’enfance (confondant rêve et réalité), et l’Amérique, en perturbant quelques codes du RPG au passage, tout en corrigeant les plus grands défauts de son ainé. Bien que le succès fut modéré à l’époque (hors Japon), le jeu est désormais considéré comme un grand classique de la SNES, et est logiquement le jeu le plus acheté sur la console virtuelle de la Wii U.

Mother 3

Bien longtemps, les japonais crurent ne jamais avoir ce jeu. Dû au départ sur Nintendo 64 en 2000, dans une version 3D, le développement prend du retard et Shigesato Itoi annonce en 99 que le jeu est annulé. Il faudra attendre jusque 2003 pour enfin avoir des nouvelles du jeu, renouant avec les sprites traditionnels, Itoi étant alors encouragé par Iwata et le public japonais à sortir le jeu.

Suite à l’échec de l’opus précédent aux USA, la sortie sera uniquement japonaise, et encore aujourd’hui la seule possibilité de jouer en anglais à Mother 3 est de passer par l’émulation d’une fan-traduction du jeu (d’excellente facture cela dit, faite sur un an et demi par un professionnel). Mais en dépit de ces obstacles, les joueurs peuvent finalement mettre la main sur le jeu, et quel jeu.

Par où commencer ?

« Strange, funny, heartrending » soit en français « Etrange, drôle et touchant », c’est la formule qui sera utilisée par Itoi lors de la campagne de publicité du jeu, cristallisant par là même toute l’essence du jeu.

Résolument différent de ses ainés, Mother 3 est davantage scénarisé, adulte et mature; on y perd l’aspect insouciant et initiatique du grand voyage dans l’open-world d’Earthbound pour y rencontrer une histoire plus linéaire, découpée en chapitres.

Exit également les grandes agglomérations et place au petit village utopique de Tazmily et sa campagne environnante, un cadre plus restreint permettant des personnages plus creusés (les habitants sont tous nommés, ont un caractère propre et des liens familiaux établis). Adieu aussi à l’équipe de gamins, si un enfant reste le personnage principal, les autres membres de l’équipe sont aussi variés qu’originaux, entre autre, un singe, un voleur boîteux, une tomboy de caractère ou un chien.

Du reste, l’héritage de la série est évidemment conservé, on retrouve avec plaisir les dialogues et situations absurdes, les combats sur fond psyché rendu encore plus jouissif via l’ajout d’un système de combo en frappant en rythme avec la musique, qui plus que jamais joue un rôle important dans le jeu; d’où une OST encore magnifique, sans être aussi expérimentale que la précédente (le compositeur ayant changé entre temps).

Savoir évoluer sans renier ses racines, beaucoup l’essayent, peu y parviennent. Mother 3 relève audacieusement le défi, grâce à une écriture débordant d’intelligence et des dialogues rythmés au mot près, habilement conservée dans une traduction officieuse mais sérieuse. Shigesato Itoi a accouché d’un 2nd chef d’œuvre, qui arrachera sans doute quelques éclats de rire et larmes à ceux qui s’y essayeront, et qui à titre personnel est mon jeu favori.

Et après ?

Après Mother 3, Itoi annonça qu’il ne ferait plus de Mother, ce qui n’empêche à la série d’avoir créé des émules. C’est ainsi qu’est sorti récemment Lisa qui s’inspire assez ouvertement d’Earthbound, et que sortiront cette année Muse: Together is the New Alone, et surtout un fan-game gratuit, Mother 4, qui semble à première vue reprendre fidèlement l’esprit du jeu, même s’il ne sera probablement jamais aussi bon que ces prédécesseurs.

Je te quitte, cher lecteur, et espère t’avoir convaincu de découvrir cette série fantastique (évite de commencer par le premier par contre), et te laisse quelques liens pour pouvoir dès maintenant commencer ton épopée ! Et si jamais tu as des questions pour bien commencer, n’hésite pas à me contacter.

Boing !

Pour aller plus loin

Fan traduction de Mother 3

Émulateur GBA

Site officiel de Mother 4

Site officiel de Muse : Together is the New Alone

Site officiel de Undertale, j'ai pas aimé le jeu mais bon y a quand même un esprit Mother qui pourrait plaire à ceux qui essayent

Une excellente liste de jeux inspirés par la série : http://www.senscritique.com/liste/L_esprit_Mother_Earth_Bound_etendu_a_tout_un_studio_Love_de/522488

Les liens suivant contiennent de nombreux spoilers sur Mother 3, attention !

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Avatar Rainure
Par Rainure
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12 réponses

Tonytrip ·

Faire l'impasse sur le 1er ? Pfff...

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JoffreyD ·

Merci ça tue ! J'ai envie de me replonger dans le 2 maintenant :P

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Rainure ·

Et moi donc... Merci de l'appréciation :)

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zardoz6704 ·

Beau post.

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Tintamarre Wazoo ·

Excellente introduction à la série ! J'ai envie de tous me les refaire... (enfin le 1 pas vraiment)

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Rainure ·

Merci ! Je viens de corriger les liens à la fin, c'était pas très beau les uns après les autres... Ah, et check tes mails !

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Rainure ·

J'avais aussi laissé passé un "un bande de gamin" plutôt que "une" tiens.

Si vous remarquez d'autres fautes, n'hésitez pas à les mentionner !

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Skully ·

Jolie !

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Rainure ·

Merci bien ! Quitte à faire un post, autant essayer de le faire bien...

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Lightstar ·

Dossier très intéressant, concis mais efficace ! Ca m'a redonné envie d'y plonger ^^

Question par contre niveau durée de vie pour savoir si les jeux avoisinent presque la centaine d'heures de jeux ou s'il est possible d'y passer moins de temps x)

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Rainure ·

Les jeux sont plutôt courts (pour des RPG), il faut compter... Euh je dirais a peu près 35h pour Earthbound, 25h pour Mother 3, le premier je sais plus trop.

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Lightstar ·

Ah oui ça reste relativement court pour des RPG !
Merci à toi ;)

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