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L'intelligence artificielle en philosophie

À propos de Ex Machina Her Chappie Avengers : L'Ère d'Ultron Les Nouveaux Héros Blade Runner 2001 : L'Odyssée de l'espace A.I. Intelligence Artificielle Terminator : Genisys

Illustration L'intelligence artificielle en philosophie

Cette année, avec la sortie de Chappie, Ex Machina, les nouveaux héros ou avengers l’ère d’Ultron, on peut dire que l’un des thèmes les plus récurrents de 2015 est l’intelligence artificielle. Déjà, au début de l’année avec la sortie d’Imitation game, sorte de biopic sur Alan Turing homme brillant ayant fait quelques travaux sur le sujet on a pu sentir à quel point le propos tient à cœur aux mentalités en ce moment. Bien entendu Her l’année dernière, ou Blade Runner, A.I ou 2001, l’odyssée de l’espace bien avant, prouvent l’interrogation de longue date de l’homme sur le sujet de la machine qui pense. L’intelligence artificielle est un domaine qui interroge beaucoup la physique et les sciences en général et ces branches étant l’exact opposé de mon rayon de prédilection, je vais m’essayer à expliquer aujourd’hui les enjeux philosophiques et non scientifiques de l’intelligence artificielle.

L’intelligence artificielle se base sur le principe qu’une machine puisse imiter un humain. Il ne s’agit pas de faire un robot comme l’homme mais capable d’imiter l’homme ce qui est sensiblement différent et prouve que l’intelligence artificiel, plus qu’un fantasme est peut être plausible. Une machine peut-elle imiter un homme ? C’est ce que nous montre le film Chappie de Neill Blomkamp au début lorsqu’au cours de son éducation, Chappie le robot passe par une phase d’imitation. Ici, on part du principe que pouvoir imiter l’homme c’est être une intelligence artificielle et certains peuvent rétorquer que l’humain restera supérieur par sa conscience. Le courant de philosophie de l’esprit qu’est le computationnalisme soutient que le cerveau humain est comme un ordinateur et que chaque état mental n’est que le résultat d’un calcul suite au traitement d’une information. Cette philosophie se base sur le principe que chaque réaction est due à une cause et que si on comprend ses principes de causalité on peut imiter le cerveau humain. Si celui-ci n’est que mathématiques, s’il ne s’agit que d’une relation de causalité, l’esprit humain est imitable. Descartes avait déjà une approche de ce type avec sa théorie de l’animal machine (il n’estimait pas cette idée pour l’homme mais que pour l’animal). En effet selon Renée Descartes, philosophe du XVIIeme très important dans l’histoire de la philosophie notamment parce qu’il est le premier à avoir écrit un ouvrage en langue vernaculaire et non en langue latine en France, le comportement animal ne répond qu’à quelques mécanismes décelables. La Mettrie, autre français, un siècle plus tard radicalisera cette thèse en parlant d’un homme-machine. Ainsi il prône la méthode empirique, idée selon laquelle toute connaissance est le fruit d’expériences. L’idée de La Mettrie rapportée au monde réel soutient donc la possibilité de faire d’une machine l’imitation parfaite d’un humain : il lui suffit de faire des expériences à l’image de l’OS1 dans le film Her qui découvre des sentiments en expérimentant des choses.

Pourtant bien des critiques s’opposent fermement à la possibilité de l’homme machine. Reparlons de Descartes que nous avions bien vite survolé. Il parlait d’un animal machine mais pas d’un homme machine car selon lui il existe une dualité chez l’être humain : l’âme et le corps. L’homme possède une âme qui est elle-même une substance pensante (d’où la fameuse phrase « je pense donc je suis »). Cette âme est là dès le primitif de l’homme : grossièrement on peut expliquer que certes nous nous développons grâce à nos expériences mais il existe une substance à l’origine (notons que Descartes croyait très fort en Dieu). S’il existe une âme, quelque chose d’unique à l’homme et bien on ne peut créer l’équivalent. Hubert Dreyfus, philosophe américain contemporain, soutient que l’intelligence artificielle n’est pas impossible mais s’oppose vivement aux théories computationnalismes évoquées plus tôt et pour se faire il s’appuie sur la phénoménologie et plus précisément sur Martin Heidegger (philosophe du XXeme, incontournable dans l’histoire mais créateur de polémiques puisqu’il avait quand même une carte du parti nazi). La phénoménologie se concentre elle aussi sur les expériences vécues donc sur les phénomènes. Selon Heidegger, on ne peut théoriser la vie, car plus que la réaction mécanique à certains phénomènes l’homme est en capacité de comprendre ce qu’il fait et il possède un certain instinct. Dreyfus reprend donc cette idée face aux computationnalistes et argue que même si on peut établir des lois de comportements à partir de causes on ne peut pas toujours en faire des principes absolus et le contexte reste très important. Dans Her par exemple cela appuierai l’idée que le robot ne pense pas : Samantha n’a pas d’identité propre elle ne fait qu’imiter son premier possesseur sans comprendre.

La possibilité de l’intelligence artificielle se base en réalité sur une certaine vision de l’esprit humain. Mais ne pouvons-nous pas retourner le problème dans l’autre sens ? La question est de savoir si une machine peut imiter l’homme mais est-ce que l’homme peut devenir une machine ? C’est ce que déplore le philosophe français Jean Baudrillard décédé récemment en parlant de l’homme virtuel qui pense de moins en moins dans son texte « Xerox et l’infini ». Selon lui les machines se différencient de l’homme car elles n’ont pas de « plaisir de vivre ». Sauf que l’homme se collant aux images, devenant un handicapé par son entourage technologique, perd petit à petit cette capacité et donne en spectacle son intelligence aux machines. L’homme est devenu un écran. Devant se réduire aux capacités des machines, sa vision est déformée et réduite par les possibilités de celles-ci quand bien même il aurait été capable de les dépasser. Il n’y a plus une action « qui ne désire être photographiée, filmée, enregistrée ». L’homme s’exorcise dans la machine et devient donc la machine. Ainsi selon cette vision de la modernité, l’homme en développant les machines en devient une à son tour et se laisse assister par ce qu’il a créé le rendant encore plus neurasthénique. Pour citer Her à nouveau, c’est un peu un personnage comme cela qu’est le personnage principal : seul, entouré de machines et ne créant lien qu’avec celle envers qui il a transmis son intelligence. Il se complet dans ce lui-même qu’il a créé à travers Samantha et vie selon les contraintes d’une machine depuis qu’il a entamé une relation avec elle (comme l’impossibilité de faire l’amour par exemple). D’autres films de science-fiction mettent en évidence cette frontière très floue qui peut découler du développement des machines : par exemple le chef-d’œuvre qu’est Blade Runner pose un mystère quant à l’identité du personnage joué par Harrison Ford : à la fin on ne sait pas s’il est un homme ou une machine.

L’intelligence artificielle est-elle plausible ? Tout dépend du point de vu objectif que l’on a à propos de la conscience et des réactions humaines. L’intelligence artificielle est aujourd’hui un fantasme humain qui inocule la culture mais il faudrait aussi se demander ce que la course à la machine qui pense peut engendrer sur l’humanité. A vouloir tout déléguer aux machines il pourrait arriver une déshumanisation massive.

Nerd Anonyme

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yoim ·

Il me semble qu'il y aura toujours une différence majeure et philosophique entre l'homme et la machine, aussi bien programmée qu'elle puisse être (c'est-à-dire avec la possibilité de s'auto-programmer en partie au cours de son existence) : l'homme ne connaît pas ses possibilités, sa nature, son origine, etc.

En effet, l'homme ne pense pas seulement dans le sens où il chercherait des moyens pour son actions, à réfléchir à ses sentiments, ou à plein de choses diverses. L'homme pense, au sens fort : il philosophe. Il philosophe parce qu'il ne sait pas s'il est programmé, à quel degré il l'est, si son esprit peut se réduire au corps ou bien si son esprit est d'une nature radicalement différente, etc.

La machine saura toujours d'où elle vient, qu'elle est son code de programmation, qui est son créateur (c'est l'homme). Même en imaginant des machines qui se reproduisent, et qui créent un code aléatoire pour les "nouveaux nés" (comme c'est le cas pour l'homme : une combinaison aléatoire entre le père et la mère), la machine pourrait deviner son code immédiatement. Si elle ne le peut pas, c'est qu'elle a été programmée pour ne pas le pouvoir...

Bref, l'homme est homme parce qu'il s'interroge, parce qu'il philosophe, qu'il pense, et cela parce qu'il ne sait pas qui il est ou ce qu'il est. Ce ne sera pas le cas pour la machine, qui saura toujours qu'elle est machine.

Après, on peut effectivement penser à certains films, comme "Her" ou "Ghost in the shell", où une conscience apparaît dans la multitude d'informations qui circulent. Mais a priori, la machine peut savoir quelles sont les informations qui circulent, combien il y en a, etc. L'homme ne sait pas, il est aussi instinct, inconscient, etc.

La machine sait, l'homme ignore, c'est pourquoi l'homme est supérieur.
De l'absence naît la puissance.

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pinkelendil ·

Savoir d'où on vient est important mais je ne comprends pas pourquoi tu fais d'elle la question ultime, il y en a bien d'autres. Si les machines pourraient aisément répondre la question de leur origine, je pense qu'elles seraient bien en peine pour répondre à la question de l'origine de l'univers, au moins dans un premier temps, il faudrait peut être leur laisser quelques secondes de réflexion :)

Par conscient j'entends capable d'anticiper et d'établir des plans, je ne vois pas comment un homme pourrait être supérieur à une machine.

A mon avis un homme serait très largement inférieure à une machine consciente du fait de sa capacité limitée à traiter l'information, choses que les machines font à une vitesse supra luminique car nous les avons spécialement conçus pour ça et elles le font déjà très bien. Imagine Einstein qui met plusieurs années pour mettre au point sa théorie de la relativité et qui par la suite doutera des théories de la mécanique quantique (pourtant validée par les expériences menées bien plus tard après sa mort), une machine mettrait quelques secondes ou minutes à établir une théorie et la valider du point de vue mathématique !

Les hommes sont issus de la sélection naturelle, optimisés pour la survie dans un environnement donné. Nos émotions et sentiments constituent des signaux qui nous permettent de percevoir le monde et d'y reconnaître le danger ou le plaisir potentiel. La conscience a permis d’échafauder des stratégies pour optimiser la survie, aujourd'hui la survie immédiate étant assurée, nous échafaudons des stratégies pour maximiser le plaisir sous toutes ces formes. On le voit dans nos sociétés occidentales, on passe la moitié du temps à travailler et l'autre à chercher des moyens de se divertir, l'économie du divertissement est extrêmement développée d'ailleurs !

C'est ma vue des choses (pas figée d'ailleurs, susceptibles d'évoluer au fil des discussions), je ne suis pas sur de bien comprendre quelle qualité serait propre à l'homme que n'aurait pas une machine consciente et qui donc le placerait au dessus de la machine.

A noter que tu parles de machines consciente capable de se programmer, cette capacité me semble accessoire, ce qui compte c'est que la machine soit capable d'analyser son environnement et d'apprendre à y survivre de la meilleure des façons.

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yoim ·

Einstein n'était pas très fort en calcul. En revanche il était très intuitif et inventif. (Sa théorie est une invention, pas une découverte de la vérité des lois de la nature.) Il a réussi là où d'autres beaucoup plus pointus que lui en calcul et en connaissances ont échoué. Pourquoi ? Parce qu'il cherchait à résoudre les problèmes intuitivement. C'est d'ailleurs intuitivement qu'il refusait la physique quantique (son fameux "Dieu ne joue pas aux dés").

Tout ça pour dire qu'une machine n'invente pas. Elle ne peint pas, ne fait pas de musique, ne philosophe pas et ne développe pas des théories physiques géniales. La machine peut trop facilement savoir pour avoir à inventer.

C'est ce que je voulais dire dans mon premier message, et il me semble que Einstein est un bon exemple pour montrer que le manque de savoir conduit l'homme à l'invention.

Dernier point, traiter l'information, c'est aussi sélectionner l'information : négliger certaines informations, les oublier totalement, et inventer celles qui nous manquent. En tout cas pour l'humain.
La machine n'oublie pas : c'est là son point faible.

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pinkelendil ·

La machine n'oublie pas => ça serait précisément le point fort d'une machine CONSCIENTE.

Il ne faut pas oublier qu'on compare ici des humains et des machines conscientes. Des machines classiques aux IA basiques n'ont aucun intérêts dans cette discussion, nous savons tous de quoi elles sont capables et en quoi elles sont limitées.

Tu dis qu'une machine n'invente pas, mais de quoi serait capable une machine consciente à ton avis ?

Si je te renvoie (bien modestement) à ma théorie sur l'apparition de la conscience chez l'homme, il me semble qu'une machine consciente serait capable de trouver des solutions originales et de se questionner sur ses origines ainsi que sur l'origine de ses créateurs, donc de philosopher, d'établir une représentation mathématique du monde dans lequel elle évolue, ce que nous humains tentons de faire mais nous ne sommes encore de parvenir à unifier mécanique classique et quantique...

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yoim ·

C'est quoi une machine "consciente" ? Si c'est "conscient" au sens de la conscience humaine, je pense qu'une machine n'aura jamais de conscience, parce que justement la conscience existe grâce à l'inconscient (la conscience n'est que la partie émergée de l'iceberg, la partie immergée, l'inconscient, est énorme et sert de base et de carburant à la conscience).
Si "conscient" signifie "qui a conscience de son milieu", là on est plutôt dans l'animal, et si "conscient" signifie "qui a totalement conscience de soi", l'homme n'est pas conscient.

Ma vision de la philosophie, c'est qu'il y a une part de calcul, un côté scientifique, mais aussi une part d'invention, un côté artistique (sans oublier qu'il y a aussi une grande part d'invention artistique dans la science la plus dure). Est-ce qu'une machine consciente pourrait écrire des poèmes, peindre des tableaux ? Est-ce qu'il ne manquerait pas quelque chose ?

Je vais prendre un exemple plus évident : la musique. Une boîte à rythme tape pile dans le temps. Elle n'a pas de swing. Mais ça se programme. On peut lui ajouter un swing : faire en sorte qu'elle tape un peu après le temps. On peut la programmer pour faire des improvisations. Mais sont-ce des improvisations ? Comment définir la création d'une machine, même "consciente" ? Il n'y a pas l'expression d'un désir enfoui, d'un inconscient, d'une idéologie non-assumée, ou quoi que ce soit.

Donc une machine pourrait être "consciente" si on la programmait pour l'être. Mais si on lui ferme l'accès à une partie des données qui la constitue, lui aménageant ainsi une sorte d'inconscient, ce serait un inconscient bizarre, qu'elle pourrait sans doute pirater d'ailleurs, mais qui aurait été créé de toute pièces par l'homme (ou quel que soit le concepteur, peut-être une autre machine).

Enfin, il me semble qu'à tous les niveaux ça bloque (la question de la reproduction que j'ai déjà évoquée). Une machine ne peut pas être consciente. L'homme peut lui faire imiter la conscience, mais pas plus, à mon sens.

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pinkelendil ·

Par conscient, j'entends capable d'interagir et de s'adapter à son environnement et ses congénères.

Pour moi la capacité à s'adapter est à l'origine de la créativité des humains. La capacité à expérimenter (de manière automatique et primitive au début), stocker de l'information nous a permis de trouver des solutions de plus en plus originales et complexes. La conséquence c'est le raffinement de notre compréhension du monde qui nous entoure pour arriver à la mécanique quantique, classique, astrophysique, etc... Mieux comprendre notre monde, c'est être en mesure d'assurer au mieux notre survie.
La sélection naturelle a fait son boulot, pour moi les humains sont les plus aptes à la survie car ce sont eux dans le règne animal qui ont les moyens de comprendre le mieux leur environnement.

Pour moi l'inconscient est un maelstrom de pulsions, un reliquat de nos lointains ancêtres les plus primitifs qui pilotait en mode automatique leurs comportements. Au fil des générations, les individus qui ont survécus sont ceux qui ont appris de leurs pulsions, ont commencé à les maîtriser pour se concentrer à reproduire ce qui marchait le mieux pour survivre, se battre avec un caillou dans la main par ex, puis il y eu ceux qui ont utilisé les pierres cassées donc coupantes et plus efficaces, ceux qui ont commencé à tailler les pierres eux mêmes, etc.... Je vois les émotions et sentiments comme des signaux qui nous permettent d'interpréter le monde qui nous entoure, une réaction à une situation : interpréter en bien potentiel ou en mal potentiel une situation a été déterminant dans notre évolution. Les sentiments sont diverses car nous faisons face à des situations très diverses mais au final les émotions de base ne sont pas si nombreuses.

Pour moi l'inconscient est donc un reliquat du passé, un truc spécifique de l'évolution de l'homme vers la conscience.

Tu prends l'art comme exemple de la conscience humaine, mais à quoi sert l'art ? Pour moi c'est c'est une façon de gérer notre inconscient, nos pulsions enfouies, c'est une façon de les communiquer et donc de les exprimer de manière rationnelle. C'est certainement une qualité qui nous a aidé à survivre car elle nous a permis de les canaliser et de raffiner nos comportements. Ceci dit j'apprécie l'art, les diverses forme d'expression que certains artistes majeures ont mis au point sont extraordinaires pour nous, mais je pense qu'il faut être humain pour les apprécier.

Ce que je trouve dommage c'est quand tu dis qu'il manquera toujours quelque chose à la machine, comme si tu faisais référence à un mystère que seul Dieu peut éclaircir. Dieu est la réponse ultime et signifie l'arrêt de la réflexion et de la compréhension. Ce que je trouve doublement dommage c'est que du coup tu conclus qu'une machine consciente n'est pas possible alors que tu as arrêté ta réflexion en chemin.

Pourquoi une machine consciente devrait être t-elle nécessairement se reproduire ? La reproduction et la mort des individus est ce qui a permis la sélection naturelle et l'évolution des espèces. Une espèce ou les spécimen ne meurent pas est une espèce qui n'évolue pas. Avec ce mode de fonctionnement nous ne serions pas là et il n'y aurait sur terre que des organismes unicellulaires, aucune espèce évoluée.

Je pense qu'il ne faut pas calquer la machine sur l'humain et qu'il est vain de chercher à produire une machine qui aurait des émotions similaires aux nôtres, un inconscient, un système de reproduction, etc..., tout cela est spécifique à l'humain et du chemin qui l'a amené vers la conscience, il y a certainement d'autres chemins, j'en décrivais un potentiel dans ma première réponse au sujet. Et assurément une vie artificielle ne devrait pas suivre la voie qu'a pris la vie organique, nous aurons certainement les moyens de lui faire prendre des raccourcis !

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Fwankifaël ·

Votre discussion est hyper intéressante, chapeau ! Mais vous semblez passer à côté de quelque chose à mon sens : vous prenez le problème par les inputs et pas par les outputs. Je m'explique :

Vous semblez tous deux considérer que la conscience d'une machine doit être créée par l'homme et qu'en conséquence soit elle est limitée par sa programmation-même (l'idée de yoim si je me trompe pas) à savoir que la machine ne pourrait pas être supérieure à l'homme tout bonnement parce que lui ne saurait créer quelque chose qui va au-delà de sa propre compréhension du monde (sous-entendu : comment créer de toute pièce une conscience autonome capable de se réfléchir et de s'améliorer alors que nous-mêmes en savons si peu sur notre propre conscience et notre essence) ; soit elle serait justement supérieure à l'homme (l'idée de pinkelendil) parce qu'elle serait débarrassée de tout ce qui entrave la conscience de l'homme (l'inconscient notamment).

J'ai peut être mal compris vos arguments (excusez par avance) mais si j'ai bien résumé vos idées, vous ne me semblez pas parler tout à fait de la même chose. Bref. Mais la question que je voulais poser c'est celle-ci : et si vous preniez le problème à l'envers ?

Par exemple, dans "Her" ou "Blade Runner", on ne s'interroge pas sur comment il a été possible de créer des I.A. On nous présente seulement deux consciences robotiques en l'état. Rachael dans "Blade Runner" ne sait pas qu'elle est un robot, yoim. Donc plutot que de se demander comme vous le faites "Est-ce que ce serait possible de créer une conscience plus forte, plus étendue que la notre, capable de faire l'art, etc ?", le scénariste vous place directement face à une conscience robotique hyper étendue. Au point qu'elle ne sait même pas qu'elle l'est. A partir de là, la réflexion est différente.

Exemple : si je dis à un enfant dès son plus jeune âge qu'il est un robot, il ne saura pas qu'il est en fait un homme et en ce sens, il ne sera pas différent de la machine que yoim décrit. C'est tout le sens de l'allégorie de la caverne de Socrate ou du film Matrix : que croyons nous savoir ? Si l'homme est un être si peu stable, si peu sûr, si corruptible (on en revient à la méditation de Descartes chère à fullxstitches : je pense donc je suis), pourquoi la machine qu'il créerait serait-elle différente ?

Pour conclure : je suis d'accord avec yoim pour reconnaître que la machine pourrait difficilement être meilleure que l'homme dans la mesure où elle serait plus incomplète (à mon sens il ne faut pas dissocier le conscient de l'inconscient : la preuve c'est qu'on cherche à rendre les robots plus humains pour qu'ils puissent mieux nous comprendre et un être n'est complet que s'il est aussi doté d'un inconscient). En revanche, je ne vois pas pourquoi elle devrait nécessairement savoir d'où elle vient (ex de Blade Runner) ou pourquoi elle ne pourrait être dotée de sentiments réels (ex : Her). Enfin j'ai beaucoup aimé l'idée de yoim selon laquelle une conscience artificiellement mise dans une machine (et donc matériellement limitée) ne pourrait être une conscience parfaite (même si dans Her on se rapproche un peu de ce postulat).

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Batmanarchiste ·

Wow c'est très intéressant comme argument, vraiment. ça va me donner matière à beaucoup réfléchir, merci.

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yoim ·

Merci !

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Bertrand Croq ·

Ce n'est pas parce qu'il y a un code dans la machine que celle-ci a nécessairement assez d'intelligence pour le comprendre et l'analyser.

(j'entends des collègues ajouter "surtout si c'est toi qui a écrit ce code !")

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Pourcentage ·

J'en parle aussi dans ma critique http://www.senscritique.com/film/Ex_Machina/critique/59534716

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Pourcentage ·

PS : j'ai trouvé Chapie presque hors sujet avec le sujet, ou alors le film Short Circuit parle aussi d'intelligence artificielle dans ce cas là

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yoim ·

"La question philosophique n'en est en fait pas une et montre bien l'arnaque de cette discipline de bacheliers" : Limguela, toujours fidèle à lui-même !
Tu dis qu'il n'y a pas d'enjeux philosophiques, pourtant tu dis plus loin :
"C'est d'ailleurs le domaine le plus intéressant et pas le moins complexe. Parce qu'il oblige les spécialistes de l'IA à comprendre les mécanismes mêmes qui animent les êtres vivants. Certaines de ces machines savent par exemple apprendre, se perfectionner et expérimenter, mais manque un "supplément d'âme" qui fait qu'on est encore loin du compte."
Et bien là tu pointes les enjeux philosophiques. Et tu philosophes. Es-tu donc un bachelier arnaqueur ?

Sinon, ta réflexion (philosophique, encore une fois) sur Galatée est intéressante. Il y a bien évidemment une forme de cet amour du créateur pour sa créature dans le rapport homme-IA, mais dans l'histoire de Galatée, Aphrodite donne VIE à la statue. Alors que l'IA serait sans vie, toujours... (Après on pourrait aller plus loin et imaginer des IA incorporées dans des tissus biologiques recréés en laboratoire. Une nouvelle question philosophique se poserait alors : est-ce vivant, est-ce une machine ou un animal, voire un humain ? Quel est le statut de cette nouvelle chose, a-t-on droit de la tuer comme on casse un objet ? Etc.)

On voit donc qu'utiliser Descartes pour parler des IA et a fortiori des robots est tout à fait judicieux. Et tu fais, mon cher Limguela, du Descartes quand tu écris qu'il manque un "supplément d'âme" aux IA (puisque Descartes dit qu'il manque une âme aux animaux-machines). Il manque justement la vie qu'Aphrodite a mise en Galatée (on pourrait aussi parler des différents types d'âmes d'Aristote : pour les plantes, pour les animaux, pour les hommes. Et pour les machines ?)

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yoim ·

Plutôt que Galatée, l'IA serait peut-être plus proche de la créature de Frankenstein, puisque créée par l'homme (sans aide divine).

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Limguela ·

Ce que je veux dire c'est que ce n'est pas en tout cas la philosophie telle qu'on l'apprend à l'école (la philosophie académique) qui est la mieux placée pour traiter d'un sujet fortement lié à l'actualité scientifique. La technologie fait évoluer le monde donc la manière dont les hommes apprennent à philosopher sur lui. Je suis tout autant une arnaque, c'est vrai, n'ayant pas assez, voire aucune, connaissances philosophiques, ni même scientifiques. Je fais comme beaucoup de monde : je pose mon coude sur le comptoir et je cause. Une fois fini mon verre, puisque l'arnaque a fait son temps et que je suis sans le sou, le barmaid pourra me dire : "tiens, tu penses, donc t'essuies".
(En passant, dans ta citation rien n'est "philosophie", je fais juste état des pistes de recherche actuelle qui se posent aux spécialistes pour arriver à développer ce domaine. Comprendre les fonctionnements des êtres vivants pour en tirer de nouvelles applications, c'est de la science, pas de la philosophie ; du reste, la science tous les jours nous apporte son lot de petite découvertes, inventions ou applications qui sont le fruit direct de ces recherches. On n'est pas dans l'abstrait ou la théorie.)

Le mythe de Galathée a été adapté sous d'autres formes (et lui-même est sans doute inspiré d'autre chose). Par exemple, on modèle (là encore) le mythe pour se focaliser sur Pygmalion , et là l'homme se contente de façonner une femme pour qu'elle réponde à son désir, et au lieu d'être une fantaisie mythologique, ça en devient une fable sociale et psychologique. C'est bien Pygmalion, grâce à son habilité, qui façonne une femme en une autre femme (la pièce de Shaw est très largement l'adaptation la plus populaire du mythe et l'idée d'âme ou de dieu est bien totalité étrangère au mythe adapté -- mon "supplément d'âme" était déjà entre guillemets et passablement ironique). Le mythe de Frankenstein se rapporterait plus au mythe du Golem je pense, mais tout ça est un peu la même chose. Des mythes similaires qui disent grossièrement la même chose depuis plus de cinq mille ans. La science évolue, les fantasmes et les peurs des hommes restent les mêmes.

Les questions que tu poses, qui sont bien celles portées par les auteurs, sont certes intéressantes mais elles nous questionnent plus sur nous-mêmes que sur nos "créatures". Simplement parce que ces interrogations, d'un point de vue scientifique, ne se posent pas. Et ne se poseront sans doute pas en ces termes dans un ou deux siècles à une époque où on peut imaginer que l'IA aura bien évolué (mais évolué vers une direction qui nous est aujourd'hui impossible de connaître, comme pour Descartes, malgré ses connaissances, était incapable de "deviner" la direction vers laquelle irait la science et la technologie). À mon sens, elle nous questionne donc plus sur notre propre rapport à l'autre, en tant qu'esclave, en tant qu'individu-outil (de l'ouvrier à l'aide soignante, à l'avocat ou au ministre, nous sommes nous "affecté" à une fonction, un métier, qui nous détermine en tant "qu'outil" bien plus qu'en tant qu'individu dans la société), que par rapport à des IA qui ne sont même pas encore des fantasmes, mais plutôt, c'est selon, une réalité qui nous échappe (les programmes informatiques sont des IA) ou un idéal incompatible avec les possibilités technologiques de demain (grosso-modo, on n'imite pas l'imprédictibilité, la versatilité, du vivant -- mais vu l'étrange capacité des hommes à s'identifier à tout et n'importe quoi -- ce qui fut un véritable atout évolutif -- il est plus probable qu'il en faudra peu pour qu'on se contente d'IA mimant les comportements humains : on est déjà fort pour attribuer aux autres animaux des pensées ou des comportements bien humains -- voire des poupées ou des doudous pour nos bambins, alors ça devrait pouvoir se faire avec des IA pas si évoluées). Dans Blade Runner par exemple (et tout le travail de K Dick), les enjeux, c'est moins de se demander quel pourrait être notre rapport à des êtres qu'on pourrait douter qu'ils soient humains, que de se demander ce qui fait de nous des humains. C'est un rapport à l'autre qui nous renvoie directement à nous-mêmes : qui suis-je, comment puis-je être sûr de ne pas être fou ? Plus que de l'anticipation et des histoires mettant en scène la peur du lendemain, à mon sens, K Dick mettait en scène des interrogations bien contemporaines, par exemple sur la question des réalités ou des consciences altérées, donc des drogues, donc de la paranoïa... L'IA est très très loin.

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pinkelendil ·

La filiation génétique entre l'homme et le chimpanzé est avérée avec 1% de divergence entre les génomes des 2 espèces. De mon point de vue, les notions d’âme ou d'esprit qui servent à distinguer l'homme de l'animal relève du mysticisme.

Homo sapiens sapiens se plait à penser qu'il est supérieur, il l'est effectivement mais grâce à la sélection naturelle dont il est issu et qui lui a offert la conscience, attribut ultime qui a démultiplié sa capacité à s'adapter.

Il est difficile d'identifier le moment ou est apparu la conscience. La préhension et le développement du langage sont à mon sens 2 prérequis incontournables. On peut imaginer qu'au fil du temps la quantité d'information manipulé par les humains a été grandissante : la préhension a permis de multiplier les expériences avec l'environnement, collecter nourritures, fabrication d'outils primitifs, la diversification de ces expériences a enclenché le développement du langage (nécessité de nommer, même sommairement, les nouveaux outils, les techniques utilisées pour les confectionner, maîtrise du feu, etc...). A mon avis c'est ainsi que s'est installé un cercle vertueux qui a permis l'accroissement constant des informations traitées par le cerveau, l'enrichissement du langage et l'émergence de la conscience que que je définirais comme la capacité à anticiper à long terme : anticiper c'est avoir une intention. Anticiper à permis de survivre, anticiper à plus long terme que les autres espèces nous a donner un avantage décisif. Aujourd'hui la survie est assurée mais la capacité à anticiper, modéliser le monde plus précisément pour voir encore plus loin n'est pas rassasiée. Les premiers outils qui ont permis la survie sont loin derrière nous, aujourd'hui on fabrique des accélérateurs de particule pour affiner toujours plus la compréhension du monde qui nous entoure.

Tout ça pour dire que de mon point de vue on doit l'apparition de la conscience à des phénomènes reproductibles. Les humains sont organiques mais ce ne sont toujours que des machines à traiter de l'information, les plus adaptées et les plus développées du règne animal (mais il ne faut pas se leurrer, les intentions développées par les humains sont liées à leurs instincts primaires, c'est à dire guidés par le plaisir, de quelque nature que ce soit, affiner sa compréhension du monde est une satisfaction en soi).

Je ne vois donc pas d'impossibilité à une l'intelligence "artificielle" : coder programme qui prendrait la forme d'un agent autonome, définissez un environnement où il pourra évoluer, donnez lui des moyens assez diversifié d'interagir avec cet environnement, donnez lui la capacité de communiquer avec ses congénères, exercer une sélection naturelle pour ne faire survivre que les plus adaptés et il y a des chances que vous obteniez une vraie conscience.

Il ne faut pas oublier de lui donner la capacité d'apprendre et communiquer avec les humains, donc modéliser/appréhender le monde des humains et ses concepts, sinon on ne pourra pas communiquer avec et savoir qu'une conscience est à l'oeuvre derrière le programme. Ça serait dommage, d'ailleurs ces consciences numériques sont peut être déjà à l'ouvre :)

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Batmanarchiste ·

Ta réponse est très intéressante et je suis tout à fait d'accord avec toi ! Ici je n'énumérais que plusieurs théories sans prendre parti, surtout que moi-même je pense l'intelligence artificielle possible.
Hubert Dreyfus disait d'ailleurs que l'intelligence artificielle est possible si on introduit les machines dans une société plus ou moins équivalente à la notre et j'admets être assez emballée par cette idée et sa possibilité de réalisation !

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pinkelendil ·

J'avais pas mal réfléchi au sujet il y a quelque temps, j'avais voulu écrire une nouvelle (sans prétentions hein) qui aurait servi de préquelles au cycle de la Culture de Iain M Banks car celui ci n'a pas écrit à ma connaissance l'origine des premières IA et comment celles ci ont fini par prendre en charge l'organisation des humains.

Et donc en exposant cette theorie et l'histoire d'un dev qui l'aurait mise en pratique, on m'a répondu, abba c'est exactement person of interest ce que tu me dis... grosse désillusion :)

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yoim ·

Mais on ne sait pas si l'humain est seulement une machine à traiter de l'information. Les théories sont très diverses à ce propos. On ne sait même pas si notre savoir est vrai, ou s'il est possible qu'un savoir vrai existe.
La logique par exemple : n'est-ce pas un cercle fermé, une auto justification, une auto légitimation permanente ? Comment pourrions-nous le savoir ?

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pinkelendil ·

Il y a de nombreuses théories effectivement, on peut penser à Dieu qui aurait mis une âme dans chaque humain, un esprit etc...

Personnellement, j'aime assez le principe du rasoir d'Ockham selon lequel les hypothèses suffisantes les plus simples sont les plus vraisemblables, d'où la théorie, tout à fait crédible à mon sens, que j'ai exposée.

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yoim ·

Oui, ta théorie se tient, mais cependant n'explique pas tout. Et ce n'est pas la plus simple (par rapport au rasoir) : Dieu est beaucoup plus simple !

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pinkelendil ·

Evidemment, l'hypothèse de Dieu est la plus simple pour répondre à n'importe quelle interrogation, les religieux s'en sont d'ailleurs donné à cœur joie à travers les siècles.

Le problème c'est qu'elle ne repose sur rien de factuel, elle reste donc fantaisiste par définition.

Le principe du rasoir d'Ockham s'applique à des raisonnements scientifiques !

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yoim ·

@ Limguela (et tout le monde...)
Mais les questions anciennes ne sont toujours pas tranchées. Les questions à propos de Dieu (ou des dieux), de l'âme, de l'esprit, etc., ne sont toujours pas tranchées. Le débat, avec les connaissances actuelles en neurosciences, est grosso modo toujours le même : y a-t-il autre chose que du pur biologique (c'est-à-dire du physico-chimique) dans l'humain, le cerveau et la pensée ?
Certains scientifiques actuels disent que oui, d'autres que non. Ils ont beau avoir toutes les connaissances les plus pointues de l'époque, ils ne savent pas, et en sont finalement au même point que Descartes... Il y a bien sûr des neurologues croyants, qui pensent que le cerveau est un organe certes complexe, mais que la pensée humaine est davantage que ce que produit cet organe.

Il ne faut pas oublier que les scientifiques ont aussi des croyances, des préjugés, des désirs, etc., et que la science qu'ils produisent est le résultat de tout ça. Il n'y a pas d'un côté la science pure, rationnelle, vraie, et d'un autre la philosophie, spéculative, bancale, fausse ou inexacte.
1) Les philosophes s'intéressent aux sciences (se sont d'ailleurs les philosophes qui ont pensé en premier lieu les bases mêmes des sciences, à savoir tout d'abord la logique). L'épistémologie, la logique, la philosophie des sciences, les théories de la connaissance, etc., se sont des disciplines philosophiques - auxquelles participent d'ailleurs des scientifiques.
2) Les scientifiques philosophes. Volontairement, quand ils participent aux débats philosophiques entre eux ou avec les philosophes, et involontairement, quand ils proposent des théories, quand ils les vérifient, quand ils utilisent tels outils ou tels langages... Car ces outils, ces langages, ne sont pas neutres : ils portent en eux une vision du monde, une vision de la façon dont la science doit procéder, une vision de ce qu'est ou doit être la science.

Pour faire avancer le débat, on aurait d'ailleurs pu parler de Kant, qui rétorque à Descartes (pour contrer sa théorie des animaux-machines) que les machines ne se réparent pas toutes seules, et qu'elles ne se reproduisent pas. Kant prend l'exemple d'une montre, et on peut considérer qu'un programme (ou une IA) n'est pas si loin que ça d'une montre. On peut bien sûr rétorquer qu'un programme avancé peut ou pourrait se reprogrammer lui-même, et ainsi se réparer (ou s'améliorer), et même produire d'autres programmes.

Et c'est là la question : y aurait-il alors toujours une différence entre l'homme et la machine ? Ou disons : y aurait-il alors toujours une différence entre la pensée humaine et la pensée de la machine ?

Il me semble que oui, car la machine peut trop ou pas assez : soit elle est incapable de se modifier pour faire face à un environnement nouveau, soit au contraire elle pourrait se reprogrammer de fond en comble (et reconstruire ou reconfigurer son "corps", c'est-à-dire ses rouages, ses moteurs, etc.), ce que ne peut pas l'humain. L'humain doit faire avec ses traumatismes, ses préjugés, ses désirs involontaires, bref, son passé qui lui conditionne son avenir (mais là encore, dans quelle mesure ? Sommes-nous libres ou conditionnés... Ah, ah, encore des questions philosophiques !)

Ce qui est marrant, c'est que d'une certaine façon, je pense malgré moi en terme corps/esprit, ici en terme machine (hardware)/programme (software). Et je pense justement que le corps et l'esprit ne sont qu'une seule et même chose chez l'homme (le corps pense, et l'esprit est organique, chimique, physique). Freud nous l'a montré, et Nietzsche avant lui (même si on n'est pas obligé d'être d'accord avec ces auteurs). Or la machine-IA aura toujours d'un côté le corps (machine) et de l'autre l'esprit (software). Ou alors elle n'a pas de corps du tout.

Donc poser la question de l'intelligence artificielle pour mieux définir l'humain est très pertinente. Et Platon, Aristote, Descartes, Kant, Nietzsche, Bergson, Bachelard, Claude Bernard, JP Changeux, (autant de penseurs appris en classe de terminale de philosophie), peuvent nous être très utiles (qu'ils soient d'abord scientifiques ou d'abord philosophes, de toute façon ils sont les deux dès qu'ils pensent la science).

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Limguela ·

L'objet de la science n'est pas d'étudier, donc de trancher, les questions liées aux croyances. "Certains scientifiques"... non, aucun. Ce sont des individus qui peuvent être amenés à prendre position sur des questions non scientifiques, ils parlent en tant qu'individus, non en tant que scientifiques. Tu ne trouveras aucun scientifique au monde qui intégrera ce "autre chose" dans son travail. À partir de là, tout le reste est de la fantaisie masturbatoire (je ne parle même pas de la psychanalyse où on ne fait qu'intégrer au "débat" les délires d'un barbu pour en remplacer un autre). D'ailleurs, ces approches fumeuses sont ignorées des auteurs traitant de ce sujet. Inutile donc de les prendre en référence comme prétexte à exprimer ses propres croyances.

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Limguela ·

L'intelligence artificielle est un outil, et en tant qu'outil, il est déjà présente très largement implantée dans nos vies. La question philosophique n'en est en fait pas une et montre bien l'arnaque de cette discipline de bacheliers quand elle doit faire face à des domaines qui la dépasse : citer Descartes pour parler d'un contexte contemporain très influencé par le développement technologique et sociétal, c'est pas très pertinent. Tu introduis ton texte avec les "enjeux philosophiques" et on voit bien qu'il n'y en a aucun.

Il y a ensuite la question culturelle, où les faiseurs d'histoires depuis un siècle s'intéressent à l'IA, mais non sans la ramener à la robotique. IA + robotique chez un raconteur d'histoire, ça équivaut à recycler le mythe de Galatée. Et le recyclage est plus pertinent en art qu'en philosophie. Et si dans ces sujets, l'IA est rattachée à des corps humains (sauf dans 2001 ou Alien où l'IA est un deus ex machina malveillant, un directeur et un journal de bord), c'est bien que les auteurs cherchent à les rattacher à des fantasmes, le plus souvent à des fantasmes masculins. Toujours Galatée : l'homme se cherche une poupée masturbatoire capable de répondre à tous ces désirs sexuels, et l'IA ne sert alors que d'illusion (comme dans Blade Runner où le répliquant ultime, c'est la femme objet que l'on croit femme, et pute, tout en ignorant qu'elle est un répliquant).

Ramenées à la science, ou à l'éthique si on est gentil, les questions pseudo-philosophiques des auteurs de SF n'en sont pas. On reste bien dans un fantasme, un fantasme proche de l'impossible comme celui de Galatée. On reste dans la fantaisie et les enjeux philosophiques (sic) c'est néant.

Parce que l'IA est une question dissociée de la robotique (software et hardware). Même si on peut réunir les deux, notamment dans des domaines où on crée des robots capables d'interagir entre eux et d'intervenir sur "des théâtres d'opérations" ou pour exécuter des tâches plus ou moins complexes et bien définies (l'aide à la personne, l'assistance médicale). Ces robots existent déjà et pour des tâches simples disposent d'une véritable IA. L'IA, ce n'est pas le miroir de l'intelligence humaine. L'IA, c'est, toujours, un outil. Et on est parfaitement capable de faire exécuter des tâches précises à des robots disposant des ces IA.

Le véritable enjeu scientifique au niveau de l'IA, il est de proposer des machines toujours plus performantes dans des tâches particulières. Il me semble qu'il existe désormais toute une science se reposant sur cette intelligence artificielle dont les applications sont très prometteuses dans le domaine de la recherche. Imaginez la recherche scientifique guidée dans ses travaux par des programmes, eh bien ça c'est de l'IA. C'est de l'IA outil. On est loin du mythe de Galathée.

Il y a également pas mal de travaux dédiés liés à ce qui se rapproche de ce qu'on entend, et fantasme, dans les histoires : une IA capable de reproduire ou de simuler des comportements humains. Là, l'intérêt est d'interagir avec une machine, que ce soit intellectuellement ou émotionnellement. On reste dans le mythe de Galathée, mais révolution féministe oblige, on remplace son vagin par un cerveau. D'un côté, on rêve donc d'une machine qui puisse être un ami compréhensif, un confident attentif, un conseiller compétent, une nourrice réconfortante, un valet docile et un psy. Ça reste un outil qui répond à certaines nécessités. La question de savoir si l'homme ainsi devient lui-même une machine ou se coupe du monde n'a à mon sens pas grand intérêt. Et la question ne se pose d'ailleurs pas puisque cette IA là n'est pas du tout au point. Et il est même probable que si un jour, on arrive à nous pondre la petite sœur attachante qu'on a toujours rêvé d'avoir, on n'en soit jamais satisfait : ces outils devant être serviables à merci et être à l'écoute des moindres de nos désirs, ça paraît presque impossible d'espérer attendre d'eux des aptitudes capables de répondre à ces attentes. Et on aura vite fait de mettre sur le compte de l'outil le moindre problème, au lieu de se retourner contre nous-mêmes : ce serait un peu comme faire un bois dans une partie de tennis et s'en prendre à sa raquette. La crainte de voir des machines prendre la place des hommes me paraît donc bien illusoire. Ce dont les auteurs de SF mettent souvent en garde, c'est "l'alliance des machines" contre les hommes. Aucune raison de craindre une telle alliance si n'est pas implémentée au préalable une notion de société des machines. Le danger est crédible si on considère que la meilleure voie vers le développement de l'IA se fait à travers une forme de mimétisme de l'intelligence animale voire humaine, mais on aurait alors le temps de voir venir.

C'est d'ailleurs le domaine le plus intéressant et pas le moins complexe. Parce qu'il oblige les spécialistes de l'IA à comprendre les mécanismes mêmes qui animent les êtres vivants. Certaines de ces machines savent par exemple apprendre, se perfectionner et expérimenter, mais manque un "supplément d'âme" qui fait qu'on est encore loin du compte. Je ne parle pas d'âme, mais probablement de l'incapacité de ces spécialistes à développer la notion de nécessité dans ces machines. Une machine est un outil qui répond à une fonction simple, qui répond à une demande en exécutant une tâche ou un calcul, or ce n'est pas la fonction des êtres vivants. Les être vivants luttent pour leur survie et se reproduisent. Tu rentres dans le jeu de la compétition en adoptant les meilleurs comportements capables d'assurer ta survie, ou tu crèves. Ce sont des principes qui sont encore je crois très étrangers au domaine de l'IA. Parce que l'IA est encore considéré comme un outil, donc au service d'une tâche spécifique, non comme une entité autonome. Et pour cause, si on implante cette nécessité (du moins si on y parvient), ça rentrerait de fait en contradiction avec ce pourquoi on cherche à développer l'IA : un compagnon serviable, une Galathée obéissante. Si on passe par d'autres chemins pour singer, mimer, les comportements humains, il y a fort à parier que ces compagnons censés être parfaits, du moins remplacer certains humains dont c'est la tâche aujourd'hui, ne soient jamais à la hauteur. On peut déjà être très exigeant avec nos proches, pourquoi devrions-nous l'être plus avec des machines mimant des comportements mais n'ayant aucune vie propre et surtout dont ces comportements répondront encore sans doute moins à ce que nous recherchons. De fins psychologues peuvent se casser les dents avec des sujets particulièrement difficiles, alors des machines... Supposons même que l'IA de ces machines parviennent à un degré "d'intelligence comportementale" tel qu'il leur soit toujours possible de dire ce que leur "maître" leur demande, agir comme il faut, etc. ça nous rendrait malade de voir des IA toujours aussi parfaits, toujours à la hauteur... et finalement un peu mieux que nous. On aurait donc vite faite de les étrangler, d'autant plus qu'on y perdrait que le prix qu'on y aurait mis pour les acquérir. Et avant que ces IA parviennent à un tel degré d’excellence, il est plus probable que ces interactions tournent court avec des comportements dignes d'Ubu. Il faudrait alors ouvrir des dispensaires spécialisés pour y enfermer la vague de robots se prenant pour Napoléon, et des hôpitaux pour robots dépressifs suite aux nombreuses défenestrations dont ils seront victimes. Bill Gates n'a pas appelé son machin, Windows, pour rien. La non interaction entre l'homme et la machine a encore de beaux jours devant elle. Autant acheter un chien, au moins, lui nous offre ce qu'il a de plus précieux : sa flore virale (voire ses puces). C'est dur de ne pouvoir se gratter quand ça démange... Les vagins électriques rêvent-ils de vibromasseur ? La voilà la seule et l'unique question philosophique. Tout le reste, c'est de la branlette. À moins queue...

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Batmanarchiste ·

Vos remarques sont très intéressantes et appuient les réflexions multiples sur le sujets.
Mais je ne vois pas ce qu'il y a de mal à citer de vieux auteurs : en soi c'est en questionnant des réflexions du passé qu'on évolue. La philosophie est une matière connue pour englober tout, c'est la réflexion constante rien ne la dépasse vraiment. La philosophie c'est proposer des domaines de réflexions sans imposer de vérité absolue c'est pousser l'individu à se questionner. Ce n'est pas non plus une matière de bachelier puisque mon bac je l'ai et je l'étudie en prépa la philosophie ce qui est un courant d'étude plutôt réputé je crois. Je ne vois pas en quoi il n'est pas intéressant de philosopher sur tout. On philosophait sur la science à l'époque alors pourquoi pas sur la robotique ? C'est même presque rendre le domaine plus légitime que d'essayer de philosopher dessus voilà pourquoi je m'exerce à faire le même travail sur les jeux vidéos et la sf. Ne connaissant pas votre vie ou vos études, je ne m'avancerai pas mais je trouve que parler d'"arnaque de cette discipline de bacheliers" montre une méconnaissance de la matière.
Et sachez que dans tout le développement, soit dit en passant, je le répète, extrêmement intéressant, vous avez philosophez donc bon !

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Limguela ·

Il y a des domaines où la philosophie (antique notamment) s'appliqueront toujours parce qu'elle s'interroge sur ce qui n'évolue pas ou peu. En l'occurrence ici, en matière de technologie, connaître ce qu'en a dit des philosophes du XVIIe, ça peut être utile mais le monde, donc les enjeux qui y sont liés, a considérablement évolué et pour "philosopher" au plus près de son sujet, il y un impératif (qui était déjà valable et respecté par Descartes puisqu'il n'était pas que philosophe, comme c'était encore très répandu) c'est la maîtrise du savoir qui y est lié. Il y a quelque chose de tordu à prendre comme référence un philosophe pour se questionner sur des questions liées à l'évolution des technologies, quand ce philosophe lui-même était maître du sujet qu'il traitait et que ceux qui le prennent en référence ne possèdent pas le centième des connaissances scientifiques qu'il possédait à l'époque quand en plus pour traiter d'un sujet qui a donc évolué depuis ils n'en connaissent pas le millième sur les connaissances scientifiques actuelles. Pour beaucoup de "philosophes", la philosophie est une tempête dans un verre d'eau, un milieu clos avec des données immuables sinon celles apportées par d'autres grandes philosophes. Sur des questions très générales, ça passe, pour la technologie, la science en général, c'est tout de même problématique. Des philosophes qui possèdent un bagage scientifique conséquent existent certainement (et tu dois être mieux placé que moi pour les connaître), et leurs propos me sembleraient sur ce sujet bien plus pertinents que ceux d'un philosophe lointain évoquant la séparation entre l'âme et le corps. Les meilleurs philosophes en la matière sont aujourd'hui probablement les scientifiques eux-mêmes (les auteurs eux se situant dans un entre-deux qui leur permet d'évoquer les enjeux actuels, ou de ce qu'ils en comprennent, tout en s'inspirant toujours des mêmes mythes -- globalement, les auteurs sont assez mauvais pour retranscrire les véritables enjeux de la science actuelle, et je ne crois pas que les films traitant de l'intelligence artificielle fassent, malheureusement exception -- au moins les auteurs sont là pour entretenir des mythes, ce qui n'est déjà pas si mal).
(Après, j'ai zéro légitimité à parler du sujet, le bachelier que j'étais a eu 1 en philo, et ironiquement n'a pas fait beaucoup mieux au rattrapage avec... Bachelard -- j'aurais préféré encore tomber sur Descartes.)

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Batmanarchiste ·

Oui je comprends ton point de vue mais pour en revenir à Descartes (non pas que j'y tienne je suis rarement emballé par ses théories) je le trouvais pertinent parce que la question de l'"âme" c'est quand même encore d'actualité, les fervents croyants prônant encore l’existence de celle-ci. Après bien sûr il y a un manque de rigueur pour le contexte je démens pas.

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pinkelendil ·

Je suis d'accord avec toi fullxstiches, réfléchir à une intelligence artificielle revient à se poser des questions l'origine de l'intelligence des humains, en ce sens tous les philosophes qui ont réfléchi au sujet mérite qu'on s’intéresse à eux, c'est même une évidence.

Limguela a passé la majeure partie de sa réponse à parler d'intelligence au sens système expert, c'est à dire des machines qui n'ont rien d'intelligent, et qui ne sont rien d'autres que des automates. Il y en a en effet beaucoup dans nos sociétés technologiques.
Il y a bien dans son dernier paragraphe des allusions à une intelligence artificielle (au sens humain) mais elle est écartée d'un revers de main à coup de si et de conditionnel pour conclure : aucun intérêt de toute façon car une machine intelligente ne correspondrait pas à ce que les chercheurs veulent mettre au point, à savoir une machine soumise qui répondrait aux fantasmes des hommes. Sérieusement je pense que limguela a un problème (en plus de savoir ce que les chercheurs veulent).

Les chercheurs veulent d'une part des outils ultra perfectionnés pour remplacer potentiellement les humains ET ils courent bien évidemment après le mythe d'une conscience artificielle. Il faut se rendre compte de tout ce que ça impliquerait ! D'ou l'interet de la discussion que tu as ouverte.

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CréatureOnirique ·

Il y a pourtant une différence fondamentale entre l'homme et la machine: la raison. L'homme est le seul être intelligent à la surface de la terre, et aucune machine n'atteindra jamais cette qualité.

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Lapapaillasse ·

"L'homme est le seul être intelligent à la surface de la terre"
"aucune machine n'atteindra jamais cette qualité"
je me demande comment tu peux affirmer tout ça

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CréatureOnirique ·

Eh bien, il me semble que c'est vrai: il y a d'autres êtres intelligents sur Terre, à part l'homme?

Attention: je définis ici l'intelligence comme la faculté de conceptualiser des objets singuliers (par exemple, un homme est capable de penser la pomme en soi, indépendamment de cette pomme-là, ou de celle-ci). Et seul l'homme jouis de cette faculté. L'animal ne perçoit que la chose singulière. Quand à la machine, elle ne fait que ce qu'on lui demande de faire.

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Asrarn ·

Idée fortement intéressante que tu proposes mais dommage que tu passes par un chemin si académique à citer divers auteurs et en parler brièvement. On voit trop l'élève qui a fait de la philosophie alors que je donnerais cher pour avoir une discussion face à face avec l'être humain (non ce n'est pas un parallèle robot Humain :p). Le sujet en tout cas fait plus que me titiller , j'ai hâte de m'y plonger.

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Batmanarchiste ·

Oui je suis moi même consciente de mon style beaucoup trop académique sur cette article (ce qui est étonnant parce que j'arrive souvent à m'en détacher) mais là il y avait tellement de choses à dire que je me suis laisser dépassé par le sujet. Disons plutôt que cette article sert d'introduction rapide héhé

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