Ce site utilise des cookies, afin de vous permettre de naviguer en restant connecté à votre compte, de recueillir des statistiques de fréquentation et de navigation sur le site, et de vous proposer des publicités ciblées et limitées. Vous pouvez accepter leur dépôt en changeant de page ou en cliquant sur le bouton “Oui J’accepte”.
Oui J'accepte
Créer un post
12

Mother! - Analyse (SPOILERS) ⚠️

À propos de Mother!

Illustration Mother! - Analyse (SPOILERS) ⚠️

Je suis tellement triste de l’incompréhension assez générale à propos de « Mother! » et que certains le traînent injustement dans la boue (comme je l’avais prévu dans mon petit mot à la sortie de la salle). Ce film ne mérite pas ça, même si la promo (trop Blockbuster pour un film de ce genre) n’attire pas forcément un public fan de récit métaphorique. Car en effet, si on peut reprocher une chose à ce film, c’est bien de ne pas être lisible de manière « premier degré / réaliste » ; cette couche-là ne peux fonctionner que jusqu’au tiers du film peut-être. En revanche, je ne crois pas avoir vu un film aussi dense en terme de thèmes abordés, le récit se constituant de strates allégoriques qui se superposent, se font écho, et que chacun trouvera (ou pas) et analysera (ou pas) selon sa sensibilité personnelle les différents aspects du film.

Je tenais donc à mettre à l’écrit mes pistes de lectures du film que j’ai vu 2 fois maintenant. C’est purement personnel (donc subjectif), non exhaustif, et je n’ai encore pas trop lu d’autres analyses pour préserver mon ressenti. Je ressors tout ça à froid (2 semaines après les 2 séances).

// Attention ⚠️ SPOILERS en masse ⚠️ //

Allégorie biblique :

C’est pour moi la plus évidente, et de nombreux éléments le prouvent (je me suis rencardé entre les 2 séances, ne connaissant pas forcément tous les fondamentaux de la Bible...). Dans cette lecture on comprend que la maison représente notre planète, que J. Lawrence joue le rôle de la Vie / la Nature / Gaïa qui s’occupe de créer un monde agréable, et J. Bardem joue le rôle de Dieu, « chef » de tout ça mais égocentrique et qui a besoin d’être aimé. L’arrivée du couple âgé (Harris/Pfeiffer) représente l’arrivée des humains (et donc des vices) dans la maison ; lui c’est Adam et elle c’est Eve. Indices : on voit que Adam arrive en premier, adule Dieu (et ignore bien la Nature), puis on voit une scène où Bardem cache la blessure au dos de ce personnage dans la salle de bain ; cela correspond à la cote retirée à Adam par Dieu pour créer la Femme. Arrive alors le personnage de Pfeiffer, qui n’est autre que Eve. Avec eux, s’invitent dans la maison Luxure, avarice, orgueil… Les 2 vont alors pénétrer dans le bureau (dont on leur avait interdit l’accès) et vont toucher au coeur de verre qui n’est autre que le fruit défendu qu’ils vont briser. La colère de Bardem/Dieu s’abat alors, et il les chasse du bureau (qui représente le Paradis) qu’il décide alors de murer. Viennent alors les enfants du couple, qui se déchirent pour une question d’héritage (encore le vice…) et l’un va tuer l’autre ; ce sont Caïn et Abel, ce dernier étant assassiné par son propre frère. On voit déjà que ce petit groupe ne se préoccupe que peu du personnage de Lawrence/Nature, préférant se prosterner face à Bardem/Dieu. Puis petit à petit, Bardem/Dieu, dans un besoin sans limite d’amour et de reconnaissance, va accueillir dans la maison de nombreux humains qui vont l’aduler lui (et ignorer Lawrence/Nature) et commencer à lui vouer un culte. Tous les dogmes de la religion (quelle qu’elle soit) sont alors montrer du doigt: les écrits « sacrés » (dont Dieu accouche en même temps que la grossesse de sa femme), le signe d’appartenance (ici une marque de peinture), les prières… Bardem/Dieu est passif dans tout ça mais laisse faire. Comme il laisse faire le déni de l’existence et de l’importance de Lawrence/Nature qui va être mise de côté, les humains ne respectant plus rien (ils saccagent la maison) aveuglés par leur soif de foi envers un Bardem/Dieu qui lui a soif de reconnaissance, noyé dans son égocentrisme et son arrogance. Arrivent alors toutes les dérives de notre Monde, catalysées par cette ferveur aveuglante ; guerres, traite d’esclave, condition de la femme bafouée (dans une séquence totalement folle et démente)… La folie religieuse (et donc sectaire) pousse les adeptes à tuer, et même manger, le fils du couple attendu comme le prophète. Littéralement manger sa chair. Jusqu’à la réponse de colère de la Vie/nature : l’Apocalypse…. Avant l’éternel recommencement. Car l’humain ne vit que dans ce cycle de destruction. Le message est clair ; Aronofsky règle ici ses comptes avec la Religion (surtout le Catholicisme) en dressant au passage un bilan pessimiste sur l'Humain qui voue un culte envers Dieu tout en méprisant la Vie/Nature.

La preuve la plus claire de cette allégorie religieuse est le générique de fin du film (allez voir sur IMDB ou ALLOCINE) : Bardem est crédité à « Him » avec une majuscule (normal en tant que Dieu) alors que les autres n’ont pas de majuscule et ne sont pas nommés (juste en "man" / "woman") comme pour rappeler la portée globale du film qui vise plus loin que les simples personnages présents à l’écran.

Allégorie écologique :

Dans cette lecture, qui vient compléter la première, on voit que la J. Lawrence s’occupe de créer une maison belle, chaleureuse, vivante. Mais l’arrivée des Humains, aveuglés par leur culte pour Dieu, signe la destruction progressive du monde qu’elle a créé. Les humains saccagent tout, ne respectent rien, et utilisent les ressources jusqu’à l’épuisement (ils cassent littéralement tous les robinets de la maison - qui est une image, pour moi, de la destruction des ressources de notre planète). Le pire c’est que certains le font pour le culte de Dieu. Allez bim, la Religion en reprend un coup. Et l’Humain encore plus.

Allégorie féministe :

On peut voir tout au long du film à quelle point le statut de la Femme est mis de côté dans ce « Monde ». C’est elle qui fait tout à la maison, qui a tout créé, et pourtant c’est son mari qui est adulé et vu comme un héros. Lui ne réagit pas, il est lâche et laisse tout se faire saccager. Dans ce monde c’est à la Femme de garder la flamme du désir (cf la discussion face à la lingerie de Pfeiffer) et de bien cacher ce qui est sale. Car pour moi cette allégorie est aussi doublée par un questionnement sur le passage de l’enfance à l’âge sexuel ; le trou béant ensanglanté dans le parquet (en une forme qui peut rappeler la vulve) n’est pas sans rappeler l’arrivée des règles (e/ou de la sexualité?) pour la Femme. Troublée, elle se doit de le cacher, bah oui c’est sale… Le tapis vient cacher ça, elle n’en parle pas à son mari. En fait c’est aussi vu comme l’arrivée du Vice (pas étonnant que ça arrive dans la chambre des invités - Adam et Eve) et la fin de l’Innocence via le passage dans le monde adulte ; c’est grâce à ce trou ensanglanté qu’elle va trouver les armes pour se libérer - à la fin - de tout ça et déclencher l’Apocalypse (le sang la mène à la pièce cachée dans la Cave, où se trouve la chaudière).

Allégorie de la Création :

Surement la trame la plus personnelle d’Aronofsky en tant qu’Artiste et Créateur. Ici, Bardem l’écrivain est en perte d’inspiration, et pour retrouver l’inspiration il a un besoin d’amour maladif ; d’abord de sa femme (qui ne lui suffit pas…) et ensuite de ses fans, qui à partir du moment où ils l’adulent, déclenchent chez lui l’inspiration de son chef d’oeuvre. Il se nourrit de l’amour des autres jusqu’à les étouffer, jusqu’à puiser jusqu’au bout l’Amour de ses proches. Il va ainsi user et abuser de l’Amour de sa muse, jusqu’à ce qu’elle ne l’aime plus (le coeur meurt alors, visuellement à l’image). Et après il recommence… avec une autre muse, comme un cycle infernal. Aronofsky montre ainsi des choses très personnelles, et semble évoquer des expériences passées avec ses ex-femmes (on sait que ces actrices principales sont souvent des muses pour lui - il a passé 10ans avec Rachel Weisz, puis est maintenant avec… Jennifer Lawrence) en montrant ce besoin de reconnaissance malsain et maladif d’un Créateur, qui va jusqu’à éclipser la grossesse de sa femme (quand elle lui annonce que le bébé a bougé, il la double en disant qu’il a fini son oeuvre, et ne parle même plus du bébé) alors qu’elle est représente la Création même ; celle de la vie.

Bref, voilà les fils que j’ai pu tirer pour lire les différentes strates de ce film dense et chargé. Si vous en avez d’autres, que vous avez lu de manière différente certaines choses, n’hésitez pas à en parler aussi. Je pense que ce film continue à vivre en chacun de ceux qui ont été touché par lui, et qu’on trouvera encore et encore à redire durant des années.

Certains diront que le film est abscons. D’autres au contraire diront qu’il est parfois lourdaud dans son allégorie. Mais, heureusement, beaucoup aussi ce sont retrouvés happés par le film ; personnellement, il m’a bouleversé comme peu de film jusque là. A une époque de films sans envergure, de suites de saga, de remakes, de zéro prise de risque… On ne peut donc pas reprocher à un film de venir bouger les lignes, nous faire sortir de notre zone de confort. « Mother ! » est un film qui n’aurait jamais dû exister dans le système Hollywoodien actuel, il est un bug du système ; rarement vu un pamphlet aussi âpre sur la religion, sur notre société, sur notre respect de l’environnement… et sur l’Humain en général.

Noir. Étouffant. Pessimiste.

Donc, au final, paradoxalement réaliste.

  • 429 vues
  • 8 réponses
· signaler
Avatar guitt92
Par guitt92
Voir tous ses posts
Trier par : Pertinence
  • Pertinence
  • Récent

8 réponses

1
lehna ·

Merci pour ton analyse qui m'éclaire pas mal sur ce film qui m'avait laissée plus que perplexe. Je suis ressortie de la salle ne sachant si le film m'avait plu ou déplu, je ne sais toujours pas mais ton analyse m'a donné pas mal de ficelles de compréhension du film ! merci ;)

    signaler
guitt92 ·

Merci pour ton retour ;)

    signaler
fabyromans ·

Je viens de voir le film pour la toute première fois et je trouve ton analyse géniale. J'y retrouve tous les détails "dérangeants" que j'y avais aperçus. Je le reverrai c'est sûr. Il est excessivement allégorique et c'est très rare en cinéma....et encore plus de le réussir....jusqu'au bout. Il a du Rosemary's Baby (de Polanski), du Lovercraft .....bref des bases "fantastiques" très solides.....et on plonge si bien dedans que longtemps (en le visionnant), je me suis demandé pourquoi il était classé dans "horreur/épouvante" (ça n'est juste qu'une question de personnes "sans gêne", malsaines....et d'un mari lâche au départ, semble-t-il) et puis la seconde invasion de la maison-femme est d'une monstruosité qui fait exploser les codes classiques. Un chef d'oeuvre dont la fin me bouscule autant que celle de son "Black Swann" très proche dans son sadisme humain (et un certain masochisme en face) pour feindre d'atteindre une perfection finalement morbide....et mortelle. Dieu, inventé par les hommes, n'est que le monstre de leurs addition de vices. Bravo !

    signaler
mokalala ·

Merci pour ton analyse très intéressante! Même si tous les points de la métaphore biblique étaient évidents je n'ai pas du tout exploré ça en analysant le film dans ma tête haha! (sûrement parce que c'est un sujet auquel je m'intéresse très peu en général)
Je pense que c'est un film qui s'adapte à beaucoup de propos de par sa forme (naissance, destruction, renouveau) et ses 3 groupes de personnages (l'égocentrique, celle qui construit, celles et ceux qui adulent)

Du coup moi j'ai perçu ça comme une métaphore des relations toxiques :
La maison est sa relation avec Lui : elle construit seule la relation à partir des cendres de la relation qui l'avait précédée. Elle construit toute la relation à l'image de ce que Lui désire. Et Lui est égocentrique, "il aime qu'elle l'aime" comme elle dit dans le film. Tout ce qui l'intéresse est son propre projet et le fait d'être aimé par tout le monde, quitte à détruire sa relation avec mother. Mais au fond, tous les invités le représentent lui et son ego, ils l'admirent tous et ils détruisent la relation que mother a construite. (d'ailleurs, la maison pourrie de l'intérieur avec le parquet à cause de ce qu'il détruit) A la fin, elle préfère mettre feu à tout ce qu'elle a construit jusqu'à qu'une autre reconstruise une relation à partir de ses cendres. Lui accumule les cœurs de ses relations comme des trophées même s'il n'aime pas ses partenaires il chérit sa précédente relation pour l'amour qu'il a reçu. Aussi, je pense qu'à chaque relation toxique, mother est un peu plus détruite jusqu'à ne plus réussir à aimer (je pense qu'au début, si le premier invité la regarde bizarrement c'est parce qu'elle est déjà brûlée?).

C'est sûr que ça marche moins bien que la métaphore biblique où tout coïncide haha
Mais moi je l'ai reçu un peu comme ça, surtout que plusieurs thématiques sur une image de la femme sont abordées :
– les injonctions à être mère mais en même temps le fait qu'être mère puisse faire partie de l'identité de la femme
– le désir sexuel mais en même temps les agressions sexuelles
– la honte de son propre corps avec le vagin et les règles
(ce que j'écris est pas du tout transinclusif je m'en excuse)

Enfin voilà, beaucoup de choses à réfléchir sur ce film haha

    signaler
TomasPrimar ·

Bonne analyse, effectivement, pas mal de spectateurs et critiques ici sont passés à coté visiblement. Je pense qu'il faut plus voir le film comme un trip qui t'embarque dans une perspective psychédélique sur la vie et l'humanité que comme un thriller ou un blockbuster. Il faut accepter de faire le voyage pour rentrer dans le film.

    signaler
Athanasia ·

Pertinent !

    signaler
sabarys ·

Adoré ton analyse !!

    signaler
Oriane ·

Belle analyse ! Ca m'étonne beaucoup que certains n'aient pas compris tout ça, l'allégorie religieuse m'a parue évidente et pourtant je n'y connais pas grand chose.

    signaler
Le dernier Goncourt était-il vraiment mérité ? Débattez-en ici
Créer un post