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Retour sur la symbolique et explications

À propos de Mother!

Illustration Retour sur la symbolique et explications

Dans la mesure où il s'agit d'une analyse, il est nécessaire de spoiler.

Le film annonce la couleur dès les quatre premiers plans, on est dans le registre du merveilleux. Trois propos sont traités, la vie d'un couple dans une relation abusive, la création artistique à travers le personnage de l’auteur facilement assimilable à Dieu (ou le diable, on lui fout bien des cornes sur une photo), il créé et recrée cet univers de même que la Mother à chaque itération de l’intrigue qui se répète sans cesse. Et enfin comment l’humanité (les étrangers) traite le personnage de Jennifer Lawrence assimilable à mère nature. Les propos du bonhomme avant la première à Venise où il a été hué, parce qu’il y a une justice, vont dans ce sens : « Le titre ‘Mother !’ ne fait pas référence aux mères en général, mais à LA mère, celle qui est sous nos pieds, la terre mère, la mère nourricière », a détaillé Darren avant de montrer Jennifer Lawrence en souriant et de s’exclamer : « N’est-ce pas la plus belle mère nature, qui soit ? »

Ainsi la relation entre Dieu, les hommes et la terre est comparée à un couple dysfonctionnel où la recherche de l’adoration du premier incite les seconds à abuser du troisième. En clair, Dieu créé le monde et la mère nourricière pour s’en occuper (elle retape la maison, la ressent même comme un être vivant dans une sorte de symbiose) mais Dieu préfère l’adoration des hommes, s’en complaît et agit avec une sacrée dose de narcissisme pour se faire aimer. L’on peut y voir un parallèle avec la création artistique tout court, même si Bardem qui saute du lit pour écrire avec ce qui ressemble plus à l’énergie désespérée d’une méchante tourista qu’à une véritable épiphanie.

L’on a grosso modo les mêmes événements que l’an 1 début difficile, Adam arrive sous la forme d’Ed Harris avec son briquet gravé du symbole berbère représentant l’homme. Dieu lui arrache une côte (la scène où il vomit avec Bardem qui lui met la main sur sa blessure au dos), Eve arrive (Michelle Pfeiffer) aussi garce que dans la légende puis Cain tue Abel, parce que voilà, ensuite on a ce qui doit être Sodome et Gomorrhe avec les étrangers qui investissent la maison pour se baffrer et baiser, chassés une première fois. Enfin on a droit à l’enfant divin et l’écriture d’un livre sacré (Torah, Bible, ce que tu veux) qui va vite mener à une nouvelle religion et le fils de Dieu va, pour changer, mal finir (mange ceci est mon corps, transsubstantiation, mot compte triple). Mother en peut plus et fait tout péter (avec de l’essence dénichée dans son sous-sol et un briquet amené par Adam, ceux qui y voient un parallèle écolo peuvent s’auto congratuler, bien ouej), Dieu recommence un nouveau cycle avec une nouvelle Mother après avoir récupéré le Crystal du tout début du film qui est censé représenter l’Amour. Car oui, montrer une femme se faire fracasser en gros plans est justifié car l’on conclut dix minutes plus tard sur « ah la la l’Amour transcende même la mort, c’est magnifique, poutou poutou ».

A ce stade, certains crieront au génie car oui, c’est amusant d’essayer de faire tout un récit de la genèse à l’apocalypse dans un cadre pseudo-réaliste, en l’occurrence une maison de campagne. L’approche n’est pas exactement nouvelle, O’Brother des frères Coen transposait ainsi l’odyssée d’Homère dans un cadre américain rural, Tu ne tueras point introduit un parallèle christique en donnant des stigmates à son héros, la ligne verte nous présente carrément l’arrivée (ratée) d’un nouveau prophète et plus récemment The strangers et Mise à mort du cerf sacré introduisent une dimension mythologique à un récit réaliste. Le problème, mon problème, avec Mother ! c’est que si ses intentions sont intéressantes, sa concrétisation est proche du nanar de luxe. Entre ce microcosme dont on nous montre bien que rien n’existe au-delà du jardin (tout est cramé) mais que par contre il est tout à fait possible d’appeler la police ou d’aller à l’hôpital, les ellipses temporelles étranges, certaines scènes comme l’accouchement ou l’incendie qui n’ont pas la moindre attache avec la réalité, des pistes abandonnées (comme la poudre jaune que la Mother boit sans cesse jusqu’à tomber enceinte) ou des dialogues dont on se demande réellement si ils ne sont pas une version antérieure du scénario tellement ils ne collent pas avec l’action, comme le « je vais préparer l’apocalypse » alors que la Mother n’a, à ce moment-là, aucune envie que les choses changent. D’autant plus que 75% du film est composé de plans de J-Lo (l’autre) de dos en train d’ouvrir une porte… pour l’expérience cinématographique ultime on repassera.

Le film évite constamment devenir un délire visuel et narratif comme La montagne sacré ou Le tout nouveau testament, pour s’accrocher à son cadre « réaliste » qui n’a absolument aucun sens au point de se résumer à un canevas pour toutes les métaphores pompeuses que Darren, pas peu fier d’avoir trouvé l’eau chaude, nous balance avec toute la subtilité du cri du singe hurleur en période de rut.

Reste l’anecdote de tournage de l’année : Jennifer Lawrence avait à sa disposition une « Tente Kardashian » sur le plateau dans laquelle se trouvaient des photos de la célébrité et où Lawrence pouvait visionner des épisodes de « L’Incroyable Famille Kardashian ». L’actrice s’y rendait pour décompresser…

Mother est un long trip répétitif, bouffi par ses intentions pompeuse, médiocre dans sa construction, avec des acteurs bien braves qui se noient dans un script abscons pas à une incohérence prête. C’est d’assez loin le film que j’aime le moins de Aronofsky, accumulant les tares de The Fountain avec le côté ampoulé de Noé. Malheureusement trop raté et proche du trip nombriliste que pour être défendable.

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Avatar Cinématogrill
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5 réponses

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Holy_Rillettes ·

Sans être aussi catégorique que toi car je trouve que le film possède quelques qualités (notamment sur l'absence de musique et le travail du son), toutes ces "métaphores" de plus en plus lourdingues finissent par achever le film, en le laissant devenir une banale adaptation de la Bible dont personne n'a besoin.

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Chaton_Marmot ·

Voilà bien un truc que je peux me passer de regarder. Que voulez-vous, les trucs mystiques super profonds, ça plaît aux nanas, y'a qu'à voir les conquêtes qu'enchaîne Darren au fil de ses films fumeux. 'foiré.

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Ako ·

Juste pour préciser vu que tu n'as pas l'air d'avoir compris (mauvais traduction?), Lawrence ne dis pas « je vais préparer l’apocalypse », mais au contre qu'elle va commencer à attaquer le ménage pour réparer le bordel (apocalypse) que les premiers arrivants avaient fait.

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Chaton_Marmot ·

Ah ahaaaaah ah ah. Putain de symbolique !

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Cinématogrill ·

Ah peut-être, vu en vostfr dans mon cas... J'ai appris plus récemment que le film est issu d'un premier jet écrit en 5 jours. Du coup j'attends que le script sorte pour vérifier. Merci pour avoir repéré la coquille !

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