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Rock Choucroute

À propos de Tago Mago Future Days Ege Bamyasi Monster Movie Soundtracks Aguirre (OST) Faust IV Stratosfear Rubycon Moondawn

Illustration Rock Choucroute

Les lecteurs imprudents se demanderont, à la vue de ce titre, "Mais il est fou ? Il parle de musique ou de bouffe ici ?"

Rassurez vous, quand je dis "Rock Choucroute", je parle effectivement musique.

Car ce terme -tout du moins, sa traduction allemande krautrock– désigne véritablement un courant majeur de l’histoire du rock.

Le krautrock donc, kézako ?

(ça fait beaucoup de k à la suite ça…)

En bref, ça correspond à un mélange de rock progressif, psychédélique et expérimental né à la fin des années 60 en Allemagne de l’Ouest, dont le terme est né dans la presse britannique, d’après la chanson (prenez une grande inspiration) Mama Düül und Ihre Sauerkrautband Spielt Auf d’Amon Düül.

Le mouvement nait dans un contexte d’émeutes et de révoltes estudiantines, et musicalement parlant, s’inspire de la musique minimaliste et électronique.

Rêve planant

C’est ainsi inspiré par Stockhausen, qui détourne les hymnes nationaux dans la fresque électroacoustique Hymnen, que naîtra Klaus Schulze, batteur chez Tangerine Dream avant d’être viré par Edgar Froese pour son goût trop prononcé pour les synthés, il fondera Ash Ra Tempel et mènera à côté une carrière solo.

Tour à tour, selon ces projets, nous croisons nappes inquiétantes, orgues modifiés, sonorités filtrées, flûtes apaisante et superbes riffs planants, car ici, le calme est de mise.

Il est alors incroyable de constater à quel point les sonorités ont bien vieilli, et l’on comprend alors que ce ne serait pas exagérer d’affirmer que la majeure partie (voire l’intégralité) de la musique électronique moderne ne serait rien sans Tangerine Dream et Kraftwerk, comme l’a déjà fait Schulze. Après tout, ne faisaient-ils pas de l’ambient à la Carbon Based Lifeforms ou Solar Fields, 30 ans à l’avance ?

Vous reprendrez bien un peu d’hallucinogènes ?

Mélanger le rock progressif au psychédélisme teuton, tout en préfigurant ce que sera le renouveau punk, c’est le pari stupide auquel parvient à répondre Can, référence absolue du genre.

C’est que ces gaillards savent s’y prendre, et font l’exploit notamment de pondre chef d’œuvre sur chef d’œuvre avec leur 5 premiers albums, de "Monster Movie" à "Future Days" en passant par le sommet "Tago Mago", parfois dans des formats limite « pop » (ils composaient beaucoup pour la télévision –en témoigne "Soundtracks"– et encore de nos jours, il n’est pas rare de croiser un de leurs morceaux au cinéma, en 2015 dans Inherent Vice par exemple).

Leur recette ? Elle repose beaucoup sur un jeu de batterie complexe, cadré et répétitif, sur des paroles susurrées ou criées et des langues qui se mélangent : un peu de japonais parfois, de l’allemand, surtout de l’anglais.

Puis bien sûr il y a aussi derrière, tout un tas de bidouillages divers, de bandes d’enregistrement passées à l’envers, de dissonances… Toujours est-il que le tout en fait un des groupes les plus influent du genre, ayant touché aussi bien Public Image Limited que Radiohead et sa reprise de Thief.

« We are the robots »

Comment vendre un produit ? En prétextant qu’il est nouveau ! NEU ! en allemand, groupe d’anciens de Kraftwerk à la discographie aussi courte que remplie : morceaux à rallonge aux sonorités nouvelles interpellant l’auditeur. Cela dit, c’est bien le projet d’origine, ayant évolué après le départ des membres qui forment NEU !, qui connaitra le succès, l’incroyable Kraftwerk et ses mannequins reconnaissables au premier coup d’œil.

Kraftwerk, c’est le premier groupe à populariser la musique électronique, en explorant des thèmes liés au monde moderne et aux utopies (les noms d’albums parlent d’eux-mêmes : "Die Mensch-Maschine", "Autobahn", "Radioaktivitat"), thèmes synthétisés (sans mauvais jeu de mot) par des bips-bips électroniques (sonnant très kitch maintenant, mais malgré tout captivant), un vocoder délivrant des textes multilinguistiques, et un bon sens permanent dans la composition.

Ce n’est donc pas pour rien que le groupe est le plus samplé du monde (chez des groupes aussi variés que De La Soul, Coldplay ou Rammstein).

Bad-trip pour tympans

Il serait bien sûr trop long d’être exhaustif en abordant ce genre génial, d'autant que je suis moi-même encore loin d'avoir découvert autre chose que ces quelques bases, c’est pourquoi je ne m’attarderais encore que sur 3 groupes, et que j'invite plutôt les autres membres à partager leurs coups de cœur, groupes fétiches

(et surtout à me corriger si j'ai pu écrire des conneries).

Le premier, Faust, jouera d’un abus de feedback de guitare pour faire l’hallucinante fresque simplement appelée krautrock, sur l’album clef de leur discographie, "Faust IV", monument alternant entre rythmiques sauvages et sonorités corrosives.

Le second, Amon Düül II, lui préférera les rythmiques tribales, les chants incantatoires et les violons électriques pour former des albums élégants aux noms surprenants ("Phallus Dei").

Enfin, le troisième, Popol Vuh, prend le contrepied de Schulze pour proposer une musique spirituelle et méditative, et obtiennent une certaine « popularité » en signant les bandes originales des films de Werner Herzog, notamment "Aguirre, la colère de Dieu".

Si toute la musique actuelle ne découle pas directement du krautrock, tout du moins de nombreux genres n’auraient probablement pas vu le jour sans ces allemands fous qui voulaient tout essayer, et des artistes comme BEAK> (projet d’un guitariste de Portishead) ou Föllakzoid ne seraient sans doute jamais nés.

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Avatar Rainure
Par Rainure
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5 réponses

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Krokodebil ·

T'aurais pu taguer Phaedra quand même ^^

Ou évoquer les nouvelles vagues de kraut et de motorik hors Allemagne.

D'ailleurs tu n'évoques pas la distinction motorik / kosmische Musik, c'est dommage.

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Rainure ·

A vrai dire, c'est vraiment un truc assez basique sur le domaine, vu que je suis pas vraiment calé dedans, j'ai fais ça en découvrant moi-même la plupart des trucs cités (avec l'aide de Wazoo pour découvrir certains trucs), et effectivement je connais pas la différence entre motorik et kosmiche musik...

C'est rédigé à la base pour le journal de mon école en fait ^^

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Krokodebil ·

Ah, je me posais la question du but d'un tel article, je comprends mieux. Oui alors pour un truc étudiant c'est parfait, concis et assez précis. Mais ici disons que si tu as un peu fouillé du côté de Wazoo pour ne citer que lui, c'est légèrement superficiel.

Et sinon motorik = répétition, rythmes obnubilants, pas mal de CAN mais aussi des trucs style "Autobahn" qui est le morceau de motorik parfait. (ça rappelle le défilement monotone des lignes blanches sur la route)
kosmische Musik = musique cosmique, donc plutôt la veine ambiante, planante, mystique Amon Düül et compagnie

La plupart du temps cela dit, on est dans un entre deux, les deux styles se mélangeant à merveille (Future Days en est je pense le meilleur exemple)

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Fabrizio_Salina ·

Alors le krautrock n'était donc pas un canular.. Avec un nom pareil j'avais fini par le croire. Bel exposé

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Rainure ·

Merci, je suis pas le plus compétent sur le domaine (pour ne citer qu'eux, Tintamarre Wazoo ou _Swan sont bien plus calé là dedans), mais je découvres petit à petit... Écrire l'exposé me poussait à m'y intéresser du coup !

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