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Silence, le christianisme, l’histoire du Japon et le cinéma de Martin Scorsese, revus et travestis par Durendal : humble contribution citoyenne à la lutte contre l'ère de la post-vérité

À propos de Silence Le Cinéma de Durendal Pourquoi j'ai raison et vous avez tort

Illustration Silence, le christianisme, l’histoire du Japon et le cinéma de Martin Scorsese, revus et travestis par Durendal : humble contribution citoyenne à la lutte contre l'ère de la post-vérité

– rédigé par trineor et Pilusmagnus

[Cet article contient des SPOILERS sur le film Silence.]

[Edit (16 février) – Si nous remercions SensCritique de nous relayer via sa page facebook, nous tenons néanmoins à préciser que le photomontage représentant Durendal la bouche barrée n'est pas de notre fait et que nous ne le cautionnons pas : nous n'avons aucunement la prétention de "fermer la bouche" de qui que ce soit, et nous n'enjoignons pas Durendal à se taire, juste à mieux travailler sa prise de parole.]

[Edit (19 février) – Parce que Durendal a pris la peine d'adresser une réponse détaillée, sereine et de bonne foi à cet article, l'équité pour notre part nous oblige à lui rendre la parole depuis cette page en indiquant ici un lien vers son reaction shot.]

Le 10 février 2017, le youtubeur Durendal a publié un vlog faisant état de son « ennui profond » ainsi que de sa vive réprobation face à ce qu’il estime être la japanophobie caractérisée du film Silence de Martin Scorsese. Cette vidéo a été visionnée plusieurs dizaines de milliers de fois, sur une audience globale de plus de 184.000 abonnés.

Après visionnage, il nous apparaît que les incompréhensions innombrables que traduisent ses propos – que ceux-ci regardent les intentions de Martin Scorsese ou, plus simplement, l’intrigue elle-même – ainsi que les contrevérités historiques ou religieuses sur lesquelles prétend s’appuyer son argumentation, l’amènent à formuler des contresens profonds. Étant donné l’ampleur de son public, nous avons jugé salutaire de reprendre son argumentation, et d’expliciter dans le détail pourquoi elle constitue, selon nous, un amas de désinformation qui ne ressort pas du cadre de la simple opinion, et qui tend à l’abêtissement général.

Nous pourrons être amenés à mentionner notre propre avis sur le film, que nous avons tous deux apprécié, mais ne considérons pas que cet avis soit d’une réelle importance ici. Nous pourrions aussi bien avoir nous aussi trouvé le film plat ou ennuyeux que nous n’en considérerions pas moins la vidéo de Durendal hautement critiquable : nous désirons avant toute chose nous inscrire en faux contre l’idée selon laquelle un discours sur l’art ne serait qu’affaire de subjectivité ou de relativité des goûts, et selon laquelle la liberté d’opinion garantirait un droit à proférer des contrevérités.

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AMORCE DU VLOG

Durendal ouvre sa vidéo sur un sourire satisfait et, comme s'il venait de s'assurer la victoire dans un match de catch fantasmé contre un « vous » collectif regroupant uniformément ses détracteurs, invite ceux-ci de la main à venir récolter la déconvenue tant méritée : il est en effet persuadé que Silence constitue un navet si indiscutablement innommable que « personne » ne pourra trouver ce film bon autrement que par aveuglement scorsesolâtre. Il tient donc là, croit-il, la démonstration parachevée qu'il a toujours eu raison, contre les hordes d’adorateurs zélés, de qualifier le cinéma de Martin Scorsese de quelconque.

Sachez-le, « vous » êtes donc uniformément « mis au défi » par Durendal d’aller voir Silence et de revenir affirmer que vous ne vous êtes pas « fait chier » devant. Sur ce, débutent les arguments.

01. « Il y a SEPT personnes qui sont sorties pendant le film ! » Qu’est censée démontrer cette anecdote ? L’évaluation des qualités artistiques d’un film se conduirait-elle selon les critères de tolérance de quelques individus à son égard, alors que ceux-ci n’ont pas été interrogés quant aux raisons de leur départ ? De plus, il nous paraît sensé de présumer que la salle comptait plus de huit personnes. Qu’en est-il de celles qui sont restées ?

Durendal, qui tolère très mal que la pensée unique cinéphilique prétende lui dicter ses opinions (sur le principe, nous ne saurions que nous en féliciter), semblera en revanche tout au long de son vlog tolérer très aisément que lui-même dicte à tout un chacun l’ennui qu’il ne peut pas ne pas éprouver devant Silence, se pensant en cela habilité à se prononcer pour ce qu’il croit devoir être l’écrasante majorité du public. En admettant, donc, que la qualité d’une œuvre d’art se mesure à l’applaudimètre – ce que nous ne discuterons pas ici, nous avons beaucoup à relever.

I – DE L’INCOMPRÉHENSION DE L’INTRIGUE

02. « Je vais vous dire, moi, quel film vous devez aller voir si vous voulez regarder un film sur ce genre : vous devez regarder The Mission ! » Qu'il y ait des Jésuites en vadrouille dans un pays lointain dans deux films ne signifie pas que l’un, racontant l'évangélisation à marche forcée et le massacre des populations amérindiennes par des colons chrétiens, soit tout à fait comparable à l’autre qui raconte la persécution des Chrétiens japonais par les autorités de leur pays : il semble même que l’on se trouve face à un paradigme initial inverse.

03. [Concernant Mission.] « C'est une histoire sur des moines qui doivent aller en Amazonie. » Ici, et d’emblée, Durendal manifeste son ignorance du sujet dont il va parler à travers tout son vlog, puisqu’il confond moines et prêtres, et ignore manifestement tout des Jésuites, dont l’ordre ne comporte aucune congrégation de moines.

04. « L'histoire de Silence est celle de deux moines portugais. » Logiquement, l’erreur commise à propos de Mission le sera aussi, de bout en bout, à propos de Silence : le film de Martin Scorsese suit des prêtres, non des moines – ce qui change de fond en comble la nature de leur engagement religieux, notamment leur devoir d’administrer les sacrements à tout Chrétien qui le demande.

05. « Ils sont envoyés pour coloniser le Japon, ou pour évangéliser le Japon, parce que le Japon vient de mettre en place une politique de chasse aux Chrétiens. » L’ordre est ici renversé entre la cause et la conséquence : c’est précisément parce que des missionnaires espagnols et portugais sont venus au Japon des décennies plus tôt (l’évangélisation a débuté en 1549, soit cinquante à cent ans avant les événements narrés par le film), que les politiques de persécution ont été mises en place par les autorités japonaises, pour contrer l’influence croissante des puissances coloniales européennes sur leur territoire. Ici, on ne suit aucunement deux prosélytes colonisateurs, mais deux disciples venus porter secours à leur mentor, dont il leur a été rapporté que, fauché par ladite persécution, il avait publiquement été contraint d’abjurer sa foi.

06. « ... et eux vont essayer de réimplanter la religion et de retrouver des villages pour convertir des gens, qui vont pouvoir suivre la foi, et caetera, et pouvoir imposer le catholicisme et la chrétienté au Japon. » Que Durendal reproche au film d’être mortellement dépourvu d’action n’est somme toute pas surprenant, dans la mesure où ayant si mal compris son intrigue, il ne peut avoir saisi le sens des actions qui se déroulaient devant ses yeux. Ne serait-ce qu’au regard de l’objectif poursuivi par les personnages : ils ne réimplantent rien du tout, ils ne viennent convertir personne, ils n'imposent le catholicisme à personne ; ils arrivent dans des villages déjà chrétiens, où l'évangélisation a déjà été effectuée des décennies plus tôt, à la suite de Saint François-Xavier, et ils passent la quasi-totalité de leur temps à se cacher et à fuir.

07. « Non seulement leur mission est pas vraiment visible parce qu'en fait dès qu'ils arrivent dans un endroit il y a déjà des chrétiens... euh... "kirishtian" [sic] comme ils disent en japonais, je crois, et du coup ils ont pas vraiment à convertir qui que ce soit : ils trouvent des gens qui sont déjà convertis à cette religion-là et ils doivent, euh... ils prennent la relève du prêtre parce qu'il y a plus de prêtre et plus de père dans le truc... euuuhh... et en-dehors de ça, beeen... comment dire ? ils sont deux, face à tout le Japon... donc évidemment, il se passe pas grand chose de positif pour eux. » Suite logique de sa totale incompréhension de l’intrigue, Durendal s’embourbe dans d’apparentes contradictions qui n’en sont pas.

II – DE L’INCOMPRÉHENSION DU PROPOS

08. « Hmm... ça doit pas être le catholicisme d'ailleurs, il y a un truc où je dois me gourer entre catho, chrétien et machin, parce que euh... tout... tout tout ça... euh... tout tout ça est [-inaudible-]... chrétien ! chrétien. On va dire chrétien, de base. Euh, c'est ça un Chrétien protestant ? Euh, oui il me semble qu'ils sont Protestants en plus. [-blanc-] » Cette vaste bouillie de non-sens atteste malheureusement du dilettantisme avec lequel Durendal tourne ses vidéos : il va prétendre passer presque trente minutes après cela à expliquer en quoi les Chrétiens du film lui sont antipathiques, mais fait ici la démonstration qu'il ne connaît strictement rien à son sujet et ne prend même pas la peine de s'informer dessus de façon minimale avant d’expédier des jugements autoritaires et définitifs devant une audience de près de 200.000 personnes. Que la chose soit éclaircie si besoin est : les protagonistes du film sont jésuites, donc catholiques – et « Chrétien de base » ne veut rien dire ; les Protestants sont issus d’un schisme avec l’Eglise catholique.

09. « Je crois que ce qui m'énerve le plus, c'est le portrait qui est fait des Japonais dans ce film : c'est-à-dire que tout Japonais qui n'est pas chrétien est un salaud. » Ce type de raisonnement paraît engoncé dans le point de vue ethnocentrique occidental/chrétien que, précisément, le film prend le parti d’examiner : à ce qu’il semble, Durendal ne parvient jamais à percevoir que le film consiste justement à déconstruire ce point de vue qu’il réprouve, et que les rôles initialement distribués (gentils prêtres portugais vs. persécuteurs nippons sadiques) vont être progressivement interrogés et nuancés pour faire apparaître d'une part l'orgueil du personnage campé par Garfield, et d'autre part les motivations politiques présidant à la persécution antichrétienne, dans un Japon devenu terrain d'un conflit d'influence et d'intérêts commerciaux entre l'Espagne, le Portugal, la Hollande et l'Angleterre.

Nous sommes en présence d’un film qui passe près de trois heures, d’un bout à l’autre du Globe, à montrer les ravages de l'ethnocentrisme et la violence engendrée par la certitude de détenir unilatéralement la vérité, jusqu'à finir à travers le personnage de Liam Neeson par interroger brillamment la possibilité même de transcrire une croyance dans une autre civilisation, quand les préconceptions métaphysiques et les catégories de pensée instituées par le langage divergent à tel point que la traduction même des termes dénature le contenu des affirmations religieuses. L’analyse à laquelle Durendal réduit l’œuvre – qu'on ait affaire, donc, à un film de propagande chrétienne ou les non-chrétiens sont tous des salauds – nous apparaît déplorablement réductrice, et relève à nos yeux d’un contresens pur et simple du point de vue de l’interprétation.

10. « Il n'y a pas un seul personnage japonais qui soit sympathique, avec qui le personnage principal ait une once de connexion ! » La raison pourrait en être que, précisément, le personnage central étant engoncé dans sa certitude d'être porteur de la vérité unique, tout individu qui s'y oppose lui apparaît comme un oppresseur et comme un ennemi.

On pourrait à la rigueur discuter légitimement la façon dont Scorsese choisit de représenter le grand Inquisiteur, insistant pesamment sur sa mollesse pernicieuse et sa fourberie, de façon sans doute inutilement caricaturale. Mais il est factuellement faux de dire que tous les personnages japonais non-chrétiens soient présentés de la sorte ! On songera notamment au personnage de l’interprète, qui apparaît bien plus cultivé et réfléchi que le personnage d’Andrew Garfield et qui, essayant à un moment donné de lui expliquer la mécompréhension du statut religieux de Bouddha par les Chrétiens, se heurte à un mur de certitudes et de préjugés – que ce soit à l’écran, de la part de Garfield, ou devant l’écran, semble-t-il, de la part du critique cinéma dont il est ici question. Nous pensons profondément délétère de croire – comme semble le croire Durendal – que tout ce qu’un réalisateur choisit de montrer à l'écran vaille nécessairement prescription de sa part, et que le point de vue du personnage principal doive nécessairement être le bon puisque c'est celui du héros. L'éventualité qu'il y ait une quelconque mise à distance à opérer entre le point de vue d’un protagoniste et le propos possiblement critique qu’un film bâtit à l’égard de ce point de vue, semble lui être parfaitement étrangère.

11. « Dans Mission, on les voit dans les scènes où ils sont en train de jouer à l'extérieur, de faire des danses, de s'intéresser à la culture locale ; ici, ils en ont rien à foutre ! vraiment rien, ils sont juste là pour évangéliser, coloniser littéralement. » Encore une fois, les prêtres ne sont là ni pour coloniser, ni pour évangéliser. Ils se cachent juste en espérant retrouver le personnage interprété par Liam Neeson et, dans l'intervalle, remercient les chrétiens locaux qui leur prêtent assistance, en leur offrant leurs services pour les messes et les confessions.

12. « Le portrait qui est fait des Japonais est assez déplorable. » Durant tout le film, les Japonais sont montrés comme infiniment plus endurcis à la misère et à la souffrance, et plus désireux de la sainteté et du martyre que ne le sont les prêtres portugais, entre autres caractéristiques mélioratives.

13. « Évidemment, je suis pas catho, je suis pas chrétien, je suis pas croyant... donc j'ai pas envie qu'ils arrivent à dé... beuh... à... répandre leur truc. Si ça pouvait apporter quelque chose en plus aux gens, je l'aurais peut-être cru. Mais c'est l'inverse : ça apporte rien vraiment à part du malheur. » Le film insiste au contraire sur le fait que les conditions de misère abominables dans lesquelles vivait la classe laborieuse paysanne au Japon furent un terreau pour le christianisme, dans la mesure où celui-ci promettait le paradis, la béatitude éternelle et donc l’arrêt de la souffrance après la mort à quiconque suivrait les enseignements chrétiens – et ce sans risque de réincarnation dans l’enfer terrestre, contrairement à ce que comportait la doctrine bouddhique.

On voit distinctement dans le film, et à de multiples reprises, des paysans à tel point écrasés par l'injustice et le labeur que la vie terrestre leur est devenue moins désirable que le paradis promis, et qui de ce fait s’en vont à la mort volontiers, demeurent calmes à l’approche du martyre, crient : « Paradis ! » sur la croix... on y voit de même des parents qui, ayant fait baptiser leur enfant, s'enquièrent aussitôt de savoir si grâce au baptême les portes du Paradis lui ont été ouvertes, et le prêtre d'essayer de leur expliquer qu'avant d'aller au Paradis, il importe de vivre dans la grâce de Dieu, les parents le regardant alors en retour avec incompréhension – incompréhension qui sera d’ailleurs analysée à la fin du film par le père Ferreira : en n’attendant de la religion chrétienne rien d’autre que le salut et la vie après la mort, les Japonais, qui sont chrétiens en substance, travestissent en vérité la spiritualité chrétienne, qui, contrairement à ce qui est insinué plus loin par Durendal, ne se résume en rien à l’attente d’un monde meilleur. Tel est le propos déployé par Scorsese et par Shusaku Endo avant lui : un propos portant à la fois sur l'injustice de la société féodale japonaise, et sur la dénaturation du dogme catholique tel qu'il fut reçu au Japon.

III – DE LA MÉCONNAISSANCE (ET DU MÉPRIS) DE LA RELIGION

14. [Mentionnant à nouveau Mission.] « Des prêtres avec des enfants, huhu ! [Rire de crécelle.] » Cette tentative d’humour, qui ne répond d’ailleurs pas aux prérequis structurels d’une blague, nous plonge dans une situation assez problématique. Nous ne voudrions pas porter préjudice à un individu sur le seul critère de la qualité de son humour ; nous ne nous opposons pas à ce que l’on s’amuse des graves scandales pédophiles ayant secoué l’Église catholique romaine ; mais ce court segment nous paraît trahir les biais idéologiques qui abaissent la qualité du jugement de son énonciateur : comment ne pas penser, après cela, que Durendal tient le fait religieux en horreur, et qu’il s’aliène ainsi d’emblée tout propos qui pourrait demander à adopter, le temps d’un film, le point de vue d’un croyant ? Si tel est le cas, nous trouvons cette fermeture d’esprit dommageable, et invitons Durendal à ouvrir son horizon culturel afin de ne pas réitérer ces incompréhensions tragiques.

15. « Si vous n'êtes pas chrétiens, il n'y a aucun moyen que vous puissiez rentrer dans ce film. » À nouveau, l’utilisation de la deuxième personne du pluriel est assez déconcertante. Il ne paraît pas nécessaire de conduire une étude sociologique poussée pour se rendre compte que beaucoup de gens qui ne sont pas croyants ont effectivement apprécié le film, tout comme beaucoup de Chrétiens ne l’ont par ailleurs pas aimé, non en raison de sa lenteur comme affirmé plus tard, mais parce qu’ils ont pu, par exemple, être choqués de voir le personnage principal finir par plier et abjurer sa foi.

16. « Justement, le bouddhisme, c'est essayer de devenir le meilleur homme qu'on puisse être, ici, sur cette terre ; c'est pas de se dire : "oh, ben de toute façon, ce sera mieux au Paradis !" » La quête chrétienne de la sainteté ne consiste pas en l’attente passive d’un salut futur, mais en une conversion intérieure de chaque instant vers la grâce. Et le bouddhisme a son équivalent de la vie éternelle lorsqu'il profile l'interruption du cycle des réincarnations (donc l'interruption du labeur) pour qui suit les saints enseignements, mène une vie exemplaire, se débarrasse de toutes ses illusions et atteint l'Éveil et le Nirvana.

17. « Le bouddhisme, c'est tellement subtil, ça va au-delà de la religion, c'est un art de vivre plus qu'une religion, presque. » Il est triste de constater que si Durendal prenait la peine de mener sa réflexion à peine plus loin que cette platitude de comptoir, il parviendrait à distinguer entre pratique rituelle, doctrine et vie mystique ; peut-être se rendrait-il alors compte qu'il y a de la doctrine et de la pratique rituelle – ce qu'il appelle « religion », semble-t-il – dans le bouddhisme, comme il y a de la spiritualité et de la vie mystique – ce qu'il appelle « art de vivre », admettons – dans le christianisme.

IV – DE LA QUESTION DE L’ENNUI

18. « Je sais même pas quoi vous raconter parce qu'il se passe rien. Et je sais que j'ai souvent fait la remarque, j'ai souvent dit : dans les films il se passe rarement rien, mais là, littéralement, il se passe RIEN. » Cette position paraît difficilement défendable. Le film est en effet structuré suivant les canons classiques d’une narration : le personnage principal s’attribue un objectif, qui est de retrouver le père Ferreira. Au cours de sa quête, il rencontre des alliés, qui l’hébergent, le cachent, lui donnent des informations, et des ennemis qui entravent son chemin. Arrivé au bout de sa quête, il se rend compte que sa mission n’était finalement pas fondée, ce qui le conduit à effectuer un choix moral décisif, aboutissement de son cheminement psychologique et spirituel.

Nous entendons qu’à travers cela, Durendal critique en réalité la lenteur et la longueur du film. Cependant il s’agit dans les deux cas d’un ressort cinématographique sciemment employé pour concrétiser à l'écran la lente agonie de la foi vécue par le personnage.

19. « Les nouveaux éléments n'apportent rien de neuf, ça amène pas à une meilleure conclusion ou un meilleur truc ou quoi que ce soit. Les personnages n'apprennent que dalle, n'ont pas de réelle évolution. » Nous peinons à comprendre sur quels éléments tangibles Durendal base son raisonnement pour affirmer une chose pareille : le cheminement en miroir d'Adam Driver vers la solitude et le martyre pendant qu’Andrew Garfield chemine vers l'acceptation sociale et l'apostasie, ne serait donc pas une évolution ? Le doute et la remise en question sont au contraire le cœur du film, qui à proprement parler ne fait rien d’autre que faire évoluer ses personnages ! Ce qui en un sens est admis par Durendal lui-même, puisqu’il souligne la présence d’une voix-off concrétisant les interrogations du personnage d’Andrew Garfield.

20. « Littéralement, j'étais content quand les scènes de torture arrivaient parce qu'enfin, il se passait quelque chose à l'écran ; enfin il y avait un événement, enfin il y avait un enjeu, enfin il y avait les personnages qui vivaient quelque chose, quoi. » Quoique nous respections une telle attitude d’un spectateur face à un film qui lui déplaît, il est réducteur de ne concevoir l'action que de façon si littérale, comme un mouvement matérialisé à l’écran. Quand les deux prêtres vivent cachés dans la peur d'être vus, les personnages vivent quelque chose ; quand ils se retrouvent en désaccord sur la question de savoir s'il faut ou non accepter de piétiner les idoles, cela constitue déjà un enjeu ; quand Garfield revit à répétition et jusqu'à l'absurde la trahison de Judas, cela fait événement dans son cheminement. De même lorsqu’il s'entretient des raisons de la persécution antichrétienne avec l'Inquisiteur ou de l'inutilité de l'évangélisation du Japon avec Liam Neeson : n’y a-t-il donc là aucune action significative ?

21. « La narration c'est le bordel dans le film. » Il y a effectivement trois narrateurs : un pour le prologue, un pour le développement et un pour l'épilogue. Outre que nous ne comprenions pas en quoi il s’agirait d’un bordel, les interventions de chaque narrateur étant clairement délimitées, il s’agit encore une fois d’une figure de style, littéraire avant elle, puis cinématographique, destinée à ancrer le récit dans un contexte immersif, dans lequel les témoignages des événements sont subjectifs et succincts.

V – DE LA MÉCONNAISSANCE DU JAPON

22. « Il y a quand même des phrases dans ce film qui tuent le cerf quand tu connais un minimum ce qui se passe au Japon. » [Pourquoi tendre le bâton ?] « Les mecs ils arrivent et ils font : on leur a offert la foi, etc. Enfin ils ne sont plus traités comme des animaux mais comme des hommes ! Alors d'une part, t'es à la campagne, donc c'est normal qu'il y ait de la bouillasse partout et que le niveau de vie ne soit pas génial, hein, c'est le principe de la campagne, c'est de vivre un peu plus à même la terre et dans des conditions un peu plus compliquées. » [N.B. Nous tenons à marquer notre désapprobation face à l'épaisse condescendance citadine et bourgeoise contenue dans cette phrase.] « Et alors dire que les Japonais ne sont pas considérés comme des humains mais sont traités comme des animaux, vous vous foutez de la gueule du monde. Ils se considèrent justement comme des demi-dieux, pour eux c'est le peuple qui descend des dieux ! »

  • a) Durendal déforme la ligne de monologue à laquelle il fait référence, qui elle-même ne fait que reprendre l'idée biblique selon laquelle la vie terrestre sans perspective spirituelle et sans lumière de la foi est une condition de labeur absurde qui ne consiste qu’à naître, à peiner et à retourner à la poussière. Ce n'est donc pas que le prêtre méprise spécifiquement la condition des paysans japonais, c'est qu'il considère de façon générale une vie sans foi comme une condition d'animalité, de délaissement et de malheur.
  • b) Quand bien même Durendal trouverait-il toujours ce point de vue condescendant de la part du prêtre sur les paysans qui l'hébergent, faut-il à nouveau répéter que ce n'est pas parce que Scorsese explore le point de vue d'un missionnaire jésuite du XVIIème siècle qu'il nous prescrit d'adopter le point de vue d'un missionnaire jésuite du XVIIème siècle… surtout dans un film dont toute la dynamique consiste à terme à désavouer ce point de vue.
  • c) Durendal ignore visiblement tout de la pyramide des classes qui régissait la société féodale japonaise, dans laquelle les paysans – quoiqu'étant certes moins méprisés que les commerçants, les parias ou les vagabonds – se situaient si bas dans la hiérarchie sociale que tout membre de la classe militaire pouvait à son gré disposer de leur corps, de leur travail ou de leur vie. Les textes sacrés shintō font bien du peuple japonais, de par l'unité de la nation incarnée dans l'empereur, lui-même descendant de la déesse Amaterasu, l'héritier du Yamato-damashii – "esprit japonais", consistant à la fois en un cœur de valeurs morales et en une force d'âme nationale que les dieux auraient conférée au peuple japonais. Mais en aucun cas cela n'empêchait, au sein de ce peuple, que les petites gens soient traitées comme des chiens par les membres de la classe dominante. À plus forte raison en pleine période féodale, où le pouvoir n'est pas entre les mains de l'Empereur mais entre celles du Shogun – c'est-à-dire entre les mains des seigneurs militaires – et à ce moment particulier du début de l'ère Edo, où le bouddhisme zen (qui enseignait aux petites gens pourquoi il fallait tenir son rang social et se résoudre à la vanité des choses terrestres – donc entre autres choses, à la vanité de la justice sociale) est bien plus influent auprès du pouvoir en place que ne l'est le shintō, dont sont issues les légendes nationales auxquelles Durendal fait vaguement référence.

23. Durendal, agacé par la représentation caricaturale du grand Inquisiteur Inoue, se lance dans une succession de démonstrations de racisme ordinaire : d'une imitation d'accent asiatique tout à fait embarrassante à une reprise superflue de la blague des Inconnus : « toi tu t'appelles Monique ? avec tes yeux bridés et ta face de citron ? » – blague dont il ne perçoit pas que dans la bouche des Inconnus, elle raillait le racisme latent d'un certain public européen où, dans la sienne, elle raille tout simplement la tronche d'une fille asiatique. Au passage, il se moque de la mère japonaise ayant eu idée de prénommer sa fille Monique dans un contexte de persécutions anti-chrétiennes, ce qui prouve une fois de plus qu'il n'a pas compris que la persécution ne date que d'il y a quelques années au moment du film, et que la présence de chrétiens sur le territoire japonais s'est déroulée pacifiquement et sans heurts pendant plusieurs décennies avant cela.

24. Après quoi Durendal continue de taxer le film de manichéen et anti-japonais au prétexte qu'il ne montrerait pas la beauté de Nagasaki avant le bombardement de 1945. D'une part, on pourrait soulever que ce n'est tout simplement pas l'objet du film et qu'y intégrer de grandes reconstitutions majestueuses de la ville de Nagasaki au XVIIème siècle aurait à la fois explosé le budget et, plus simplement, été hors-sujet au regard des parti-pris esthétiques et narratifs minimalistes et austères du film. Mais nous préférerons relever plutôt ceci : Scorsese, donc, au prétexte qu'il est américain, aurait le devoir de se repentir d'un bombardement s'étant déroulé quand il avait l’âge de trois ans, et ce dans un film se déroulant sur une période – le début de l'Ere Edo – n’ayant strictement aucun rapport avec ledit bombardement.

25. « C'est bizarre : quand ils vont en Chine, là bizarrement, tout le monde a l'air ultra-éduqué, ultra-propre, ultra-machin... vous me faites pas croire qu'à l'époque les Chinois étaient ultra-bien alors que les Japonais en face étaient des animaux. » Il y a effectivement une scène à Macao où, en effet, le niveau de vie moyen semble supérieur à celui constaté un peu plus tard dans les villages côtiers du Japon. Mais il paraît logique qu’une grande ville portuaire saturée d'échanges commerciaux ait un niveau de vie plus élevé qu'un village de campagne dans un pays autarcique : il n'y a aucun dénigrement japanophobe là-dedans, cela est juste logique.

VI – DE LA PLATITUDE DE L’ANALYSE DU CINÉMA DE SCORSESE

26. Durendal s'appuie sur le fait que l'avant-première du film a été donnée au Vatican pour soutenir l'idée selon laquelle Scorsese serait un dévot propagandiste.

Rappelons que le même Scorsese avait auparavant filmé La Dernière Tentation du Christ, un film qui, mettant en scène un Christ en proie au doute et prêt à se dérober à la Croix pour mener une vie de famille, avait à sa sortie tellement choqué l’Église que le cardinal Lustiger avait milité pour lui retirer les subventions publiques et que des catholiques intégristes avaient incendié une salle de cinéma qui le projetait. Même si l’un des auteurs de cet article considère ce film comme plus débordant de foi que la plupart des films catholiques les plus plébiscités, tels ceux de Mel Gibson, cela montre que la communauté catholique est loin d’être unanimement enthousiaste au sujet de Martin Scorsese, dont les films religieux sont tous construits autour de la notion de doute, ce qui le conduit à des scènes que d’aucuns jugent blasphématoires. Silence n’en est d’ailleurs pas exempt : le magazine catholique américain The Catholic Thing estime notamment que : « Silence de Scorsese n’est pas un film chrétien réalisé par un réalisateur catholique, mais une justification de l’athéisme. »

27. « Vous regardez la mise en scène… c'est ça le truc : les gens sont en train de dire : "MARTIN SCORSESE, UN DIEU, UN MACHIN !". Martin Scorsese, il a fait des films qui ont plu aux gens parce qu'il y avait des bad boys dedans, les bad boys que les gens n'avaient pas les couilles d'être – des mafieux – ou n'avaient pas l'éducation d'être, et en-dehors de ça, vous regardez son cinéma, le cinéma de Scorsese est pas extraordinaire ! 'Fin je suis désolé, c'est du champ-contrechamp, c'est du plan d'ensemble... enfin, il fait rien de spécial, Martin Scorsese ! Il a pas un storytelling ultra-particulier dans sa façon de faire du montage dans sa façon de mettre les scènes dans sa façon de faire les choses. »

Les auteurs de cet article rangent parmi leurs Scorsese préférés La Dernière Tentation du Christ, Shutter Island, À tombeau ouvert, Hugo Cabret ou Les Nerfs à vif, et sont en ceci bien placés pour affirmer combien il est réducteur de rapporter son cinéma à ses films mafieux. Par ailleurs, les films cités nous semblent précisément se distinguer par leur façon de créer des rythmes, des images et des ambiances atypiques : considérant Shutter Island, par exemple, il nous paraît intenable d'affirmer qu'il n'y ait dans la mise en scène de Scorsese ni recherche ni patte particulière dans la façon de composer un cadre ou de penser la fonction de la lumière – alors que Scorsese n'y fait que cela, optant pour des angles de vues cliniques, froids, anormalement centrés, des contre-plongées et des plongées trop marquées qui distillent (ou du moins sont pensées pour distiller) du malaise. De même, peut-on regarder Les Nerfs à vif – si ce n'est l'ensemble du film, ne serait-ce que le plan-séquence d'ouverture, le segment final ou la scène lors de laquelle De Niro apparaît devant les feux d'artifice perché sur un mur en contrebas de l'appartement de Nick Nolte – et affirmer qu'il n'y a là aucun rythme particulier, aucun effet de mise en scène ou de montage atypique – fût-ce des effets qu'on serait tout à fait en droit de juger putassiers ? Qu'en est-il dans À tombeau ouvert des images de New York littéralement hantée par les morts filmés à l'échappée depuis des travellings embarqués dans la camionnette de l'ambulancier joué par Nicolas Cage ?

Nous ne prétendons aucunement affirmer de façon unilatérale que ces films soient bons et, bien entendu, nous reconnaissons pleinement que Durendal puisse ne pas les apprécier, mais il nous paraît une fois de plus intenable de leur dénier toute personnalité formelle, comme il nous paraît intenable de réduire la filmographie de Martin Scorsese à des films mafieux tels que Les Affranchis – qui a par ailleurs été salué pour l’audace de sa narration postmoderne, qui empruntait à des techniques littéraires telles que le courant de conscience.

28. « Si vous trouvez que ça, c'est du grand cinéma, c'est que précisément vous êtes aveuglés par votre propre religion [en l'occurrence, la vénération de Scorsese], vous avez une croyance aveugle. C'est pas possible de trouver ce film-là génial ; même un catho pourrait pas trouver ça génial : c'est long et c'est chiant ! Le personnage est en train de douter de sa foi pendant tout le film, en voix-off. » En une phrase, voici donc que Durendal assigne d'une pierre deux coups les « cathos » à ce qu'ils seraient censés penser en tant que catholiques, et tout un chacun à ce qu'il serait censé penser du film sur le seul critère que Durendal a décrété qu’on ne pouvait pas trouver ce film génial tout en étant de bonne foi.

29. « J'ai l'impression qu'il veut réveiller la haine contre les Asiatiques qu'il y avait à la fin de la Seconde Guerre mondiale, presque, quand je vois un truc comme ça, quoi. Sauf ceux qui sont bien parce qu'ils pensent comme nous ! » Si ç'avait été une copie d'explication de texte, on aurait pu à la seule lueur de cette phrase, être tenté de barrer d’un trait rouge la totalité du vlog pour inscrire dans la marge : « contresens ».

30. Durendal conclut élégamment sur le « guilt-trip catho » – sa façon de nommer le dolorisme dont le catholicisme est empreint, sans bien sûr en interroger la signification religieuse – puis brandit un doigt d’honneur en invitant ses détracteurs – le fameux « vous » uniforme fantasmé – à « aller se faire enculer » : nous ne tenons pas à commenter ce point.

CONCLUSION

Nous n’ignorons pas que Durendal est souvent attaqué et parfois humilié en raison de ses goûts cinématographiques dans les commentaires de ses vidéos. C’est pourquoi, nous nous attendons à nous heurter à une certaine résistance de la part de ceux qui apprécient sa personne et son travail. Cependant, il nous semble opportun de séparer la question du goût de la question du propos.

Les goûts de Durendal, si raillés qu’ils puissent être, n'appartiennent qu'à lui et ne sont pas critiquables en tant que tels. En revanche, ses propos sont publics et, compte tenu de l’audience qu’il possède, nous estimons que son accumulation d’ignorance, de paresse intellectuelle et de fausseté rend de tels propos activement nuisibles et abêtissants.

Mettre en exergue que, dans son vlog sur Silence, Durendal ne s’approche à aucun moment de la réalité des faits, que ce soit sur la religion chrétienne, le bouddhisme, le Japon, la société féodale, le cinéma de Scorsese, ou n'importe quel thème abordé de près ou de loin au cours de ces vingt-sept minutes, cela n'est pas une question de différence de goûts, de variation d'opinion ou de fermeture d'esprit. Cela est un simple devoir d'honnêteté intellectuelle, qu’il nous paraît important d’honorer dans un contexte où nul n’ignore la bataille contre la désinformation menée par les journalistes et universitaires américains contre les « faits alternatifs » que déploie le cabinet de Donald Trump.

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19
MECANICFAZBEAR ·

La réponse de Durendal : https://m.youtube.com/watch?v=IxUsjeYx0xk

4
trineor ·

Histoire de clore (en ce qui me concerne, en tout cas), parce que je crois que nous avons un peu fait le tour, un petit bilan rétrospectif de cette affaire que pas mal de monde - que ce soit ici sur SensCritique, sur Youtube ou sur Facebook - a quand même démesurément dramatisée, alors que même Durendal a pris le parti de ne pas la dramatiser, et que, à ce qu'il me semble en tout cas, tout le monde peut y trouver matière à sortir grandi - nous comme lui.

Je veux ici reprendre dans l'ordre, marquer les désaccords irréductibles qui nous restent avec Durendal, mais aussi reconnaître les torts qui ont pu être les nôtres, notamment le fait d'avoir écrit par agacement plutôt que par bienveillance, en manquant de s'interroger sur ce qui, dans le film, avait pu motiver la perception qu'il en a eue.

1. Premier temps. Tandis que Pilusmagnus et moi-même échangeons en privé nos impressions sur "Silence" au sortir de nos séances respectives (lui y voit un très grand film, moi une réflexion passionnante mais mal aboutie sur la foi et la responsabilité morale), nous voyons arriver sur Youtube le vlog de Durendal à propos du film.

2. Deuxième temps. Au visionnage, nous tombons d'accord : nous trouvons le vlog tragiquement pauvre dans son analyse du film et faussé dans les éléments factuels sur lesquels s'appuie l'appréciation de son auteur. Qu'il n'ait pas aimé le film et l'ait trouvé ennuyeux n'est pas ce qui nous pose problème. (Nous discutions d'ailleurs nous-mêmes en privé avant cela du choix fait par Scorsese d'inscrire la première moitié du film sur une telle longueur.) Ce qui nous pose problème, c'est qu'il répande largement, à notre sens, un vlog qui nous paraît dénigrer sommairement l'intelligence et le propos contenus dans le film, et ce sur un bon nombre d'éléments inexacts.

Si ça n'était que cela, nous aurions simplement réagi en apportant une contre-analyse présentant notre lecture du film sur la base d'éléments historiques et religieux complémentaires. (Et avec le recul, je me dis que c'est ce que nous aurions dû faire : nous en tenir à une contre-analyse, et dire le bien que nous avions à dire du film, plutôt que de se placer sur un registre sans doute inutilement polémique en prenant le parti d'intégrer cette contre-analyse dans une "réfutation" point par point du vlog en question.) Mais comme il s'avère que nous sommes aussi des êtres humains, imparfaits, parfois susceptibles, il y a qu'en plus d'apporter ces éléments complémentaires, nous exprimons de l'irritation dans l'article (moi plus que Pilusmagnus, à vrai dire), parce qu'il y a dans le vlog un certain nombre de remarques, de moqueries, ainsi qu'un doigt d'honneur adressés à ce fameux "vous", que nous prenons, en tant que catholiques tous les deux, à titre personnel. Il se trouve que Durendal a dans sa réponse souhaité assumer avec bonne foi qu'il adoptait ce genre de ton conflictuel dans ses vlogs plus par plaisanterie et par désir de divertir que par réelle agressivité, et cette mise au point étant faite, nous prenons avec le recul les éléments qui nous avaient irrité avec plus de tranquillité.

3. Troisième temps. Nous publions notre contre-critique sur SensCritique, donc, avec entre les arguments et notre lecture du film que nous essayons de développer de façon aussi riche et intéressante que possible, un certain nombre de piques, reflets de notre irritation (la mienne plus que celle de Pilusmagnus, que ce soit redit). Piques qui nous font plaisir sur le moment parce que ça fait parfois plaisir, c'est vrai, d'un plaisir mauvais, de glisser des petites méchancetés ; mais à vrai dire, nous le regrettons a posteriori car cela a probablement contribué à ternir le débat et à démultiplier les injures qui ont afflué dans les commentaires ici, sur Facebook et sur Youtube, et ce quel que soit leur bord. (Même si l'on pourra mentionner que le doigt d'honneur de Durendal n'était déjà pas initialement une invitation à la sérénité.) Au nombre de ces piques, la référence finale à Donald Trump était notamment de trop : elle est de mauvais goût, et excessive. Toutefois, quoi qu'il en soit des quelques piques, nous nous sommes appliqués tant que nous avons pu à ne jamais faire porter ce que nous écrivions ni sur les goûts, ni sur la personne de Durendal, mais sur son travail et ses propos dans le cadre du vlog en question.

4. Quatrième temps. Durendal nous adresse, par ce "reaction shot", une vidéo de réponse détaillée, marquée par une volonté très louable de se montrer de bonne foi. Ce qui ne signifie pas que tout ce qu'il dit dans cette vidéo nous ait convaincu, bien sûr... Sa bonne foi, pour le coup, nous en sortons convaincus ; le fait que le film demandait trop de connaissances a priori du contexte historique pour pouvoir être pleinement apprécié, et que Scorsese aurait dû mieux resituer l'époque et ses enjeux pour son spectateur, ça aussi, nous en sortons convaincus.

Mais nous continuons de penser que Durendal sous-estime à quel point le fait de n'avoir pas correctement cerné le but central des deux personnages principaux a pu déteindre sur l'ennui qu'il a éprouvé : par exemple, tout le segment du film où les personnages doivent rester immobiles et silencieux dans une cabane de montagne pendant la journée, prend une toute autre dimension selon qu'on pense qu'ils sont là en priorité pour évangéliser le Japon (auquel cas, ce segment ne peut que paraître incompréhensiblement statique et ennuyeux) ou selon qu'on pense qu'ils sont là pour porter secours à un mentor en détresse (auquel cas, on ressent avec eux l'impatience qui dans cette cabane finit par faire crier de rage Garupe - le personnage d'Adam Driver - parce que l'immobilité de ce segment représente un obstacle dont ils n'arrivent pas à sortir et qui met activement en péril leur mission).

Nous pensons aussi que Durendal continue de sous-estimer l'importance de la charge portée par l'argumentaire du père Ferreira en fin de film contre l'universalité de la "vérité" chrétienne - qui est un argumentaire solide ! Et le fait qu'après leur apostasie, Rodrigues et Ferreira finissent leur vie en gardant leur foi impuissante et secrète, comme en attestent le plan final de la petite croix pour Rodrigues ou le furtif "our Lord" pour Ferreira, ne fait que rendre plus amère et plus tragique la déchéance de leurs convictions initiales : c'est tout juste un reste de foi déchue, en lambeaux, qu'ils gardent dans leur cœur, et nous croyons donc que le film marque entre le début et la fin une évolution profonde de ses personnages.

Enfin, nous continuons aussi de penser qu'une grande qualité du film est précisément de ne pas se positionner ni comme un éloge aveuglé du christianisme, ni comme un réquisitoire à son encontre ; il n'y a dans "Silence", contrairement à ce que laisserait croire la première moitié du film avant que la seconde ne subvertisse tout, ni bons ni méchants, ni héros ni monstres : simplement des hommes aux motivations compréhensibles et aux méthodes répréhensibles ; bref, des persécuteurs ambigus, des persécutés ambigus, et dans cette ambiguïté, nous semble-t-il, se trouve la nuance du propos.

Synthèse, donc : pour ce qui est de cette affaire, on dira que nous aurions pu nous passer de nos quelques piques dans notre article comme Durendal aurait pu se passer des siennes dans son vlog, mais qu'il n'y a à cela rien de bien grave, rien en tout cas qui n'ait pris le dessus et nous ait empêché d'échanger des idées de fond sur le film. Je relève que dans le processus, nous aurons tous eu l'occasion de nous enrichir de la perspective de l'autre : nous, de mieux comprendre pour quelles raisons, par quels défauts de la démarche de Scorsese, le film pouvait susciter la réaction d'ennui et de désintérêt qu'il a suscitée chez Durendal ; lui, de mieux comprendre à son tour, j'imagine, pour quelles raisons "Silence" pouvait être jugé passionnant par des spectateurs ayant sur sur le film une perspective telle que la nôtre. Dans l'affaire, le film aura eu droit à un débat plus riche que ce qui se profilait initialement sur la base de ce vlog, sans pour autant que nous ayons eu à mener une énième, inutile attaque contre les goûts de Durendal, et sans que lui n'ait eu à se formaliser ou à s'énerver de notre réponse. Tout cela me paraît un bilan globalement positif.

La seule chose que j'aurai découverte de pesante dans tout cela, c'est l'extrême violence d'un certain nombre de réactions dès que de la notoriété rentre en ligne de compte - la chose est évidente, pourrait-on me répondre, mais entre le savoir abstraitement et le voir concrètement, il y a une marge. (Et je parle d'une violence qui n'a strictement aucune commune mesure avec un doigt d'honneur moqueur ou avec des piques dans un article : je parle de gens qui sur Youtube, Facebook ou SensCritique, expriment une haine personnelle et viscérale, disproportionnée, appellent à "aller se suicider" entre autres joyeusetés - en l'occurrence, donc, que ç'ait été de la haine de certains membres de SensCritique contre Durendal, ou de la haine de certains fans de Durendal contre nous...) Malheureusement, j'imagine que lui, a dû finir par s'habituer à ces violences et qu'il a appris à les ignorer ; pour notre part, ç'aura été un baptême peu plaisant, mais qui aura eu le mérite de mieux nous faire éprouver la nécessité de bannir absolument du langage ce registre de la détestation personnelle et de l'injure.

Sur ce, pour ma part, je m'en retourne à mes moutons.
J'aurai dit tout ce que j'avais à dire, je crois.

F_b ·

Une réponse à la hauteur qui montre encore une fois qu'il est souvent attaqué pour ses avis et par ses avis, jamais pour ses arguments...

Alfred Tordu ·

Tu as lu le post avant d'écrire ta réponse toute faite ?

7
trineor ·

Faut avouer qu'il répond globalement sereinement et sainement.

16
Alfred Tordu ·

Votre statut montre que l'on peut enfin critiquer objectivement Durendal sans tomber dans le jugement de valeur, la diffamation ou la moquerie de bas étage à travers des listes putaclic.
J'étais moi-même très étonné de ce qu'il dépeignait de Silence, voyant mal Scorsese se mettre à faire de la propagande catholique et japanophobe, surtout quand on connaît un poil les thématiques récurrentes de sa filmographie et qu'il était annoncé que son dernier long-métrage tournerait justement autour des doutes et des remises en questions parsemant le parcours de ces prêtres religieux.

Vous avez réussit à démontrer les contre-sens, les jugements hâtifs et les contre-vérités historiques sur lesquelles il s'appuyait et ce de façon objective, sans jamais l'attaquer sur ses goûts mais sur son argumentaire, en montrant par des exemples précis que ce dernier ne pouvait tenir la route.
Vous avez effectuer un vrai travail de critique et ce dans le respect tout cela pour contrecarrer le point de vue de Durendal qui au vue de son audience pouvait pousser bon nombre de personnes à juger hâtivement le film sans le voir.

Même quelqu'un comme moi qui suis encore Durendal avec enthousiasme et qui l'est longuement défendu sur ce site ne peut que saluer votre démarche positive et utile. J'espère que le principal intéressé la comprendra aussi et acceptera avec humilité de remettre son argumentaire en question.

カンガルー ·

On connaît la capacité du bonhomme à se remettre en question hein...

LeBeauParleur ·

https://www.youtube.com/watch?v=IxUsjeYx0xk&t=1829s

Cosmic M ·

S'il le fait se sera déjà un progès

7
Dollofhollywood ·

J'ai trouvé cette lecture vraiment intéressante, et je suis sûr que vos intentions sont bonnes, mais je suis très circonspect face au mépris avec lequel vous essayez de "démonter" l'argumentaire de Durendal. Je ne vois pas comment on peut ouvrir vraiment le dialogue sur ce qui est discutable dans son point de vue et son argumentation sans essayer de voir d'où vient sa vision. Je crois à la nécessité de l'empathie, en particulier pour critiquer une démarche publique...et clairement le ton que vous employez, la manière dont vous niez tout intérêt au discours de Durendal vous place dans une optique polémique, et, je pense, détourne l'attention du fond de votre propos, pour se centrer sur sa surface – l'attaque personnelle.
Je pense d'ailleurs que c'est le même problème qui gangrène les vlogs de Durendal – je pense que l'arrogance manifeste qu'il a développé dans le format vlog face à la mauvaise foi impitoyable que ses détracteurs lui ont fait subir (qui est tout de même indiscutable) a fini par centrer l'attention sur la manière dont il s'exprime plutôt que sur le contenu. Si bien qu'il semble lui-même plutôt travailler la forme que le fond de son argumentation dans ses vlogs – ce qui n'est vraiment pas le cas de ses travaux écrits. Je ne peux pas, par conséquent, condamner l'entièreté du travail du bonhomme, ce qui semble être un peu l'optique que vous choisissez malgré tout, mais oui, clairement, ses vlogs, c'est parfois vraiment la fête du slip.

Quant à Silence plus particulièrement, c'est un film très problématique. Votre analyse est parmi ce que j'ai lu de plus intéressant et éclairé sur le film, mais elle occulte malgré tout ce qui semble une partie majeure de tout film de Scorsese – la mise en scène. Vous répétez sans cesse que ce n'est pas parce qu'un film montre tel comportement, qu'il le dénonce ou au contraire le célèbre. Or, ce devrait être à la mise en scène de nous donner des indices dans la manière dont on doit recevoir les événements. Et je pense qu'à ce propos, Scorsese s'est retrouvé bien embêté et qu'au final il en ressort l'impression d'un film bâtard et particulièrement maladroit. Je comprends que Durendal y ait vu de la condescendance face à la culture japonaise, et je pense que son point de vue – aussi lacunaire et mal informé soit-il – est construit à partir d'indices troublants qu'il a relevé dans le film, et de son propre parti-pris idéologique concernant la religion. La focalisation de la voix off sur le personnage d'Andrew Garfield est, à ce titre, particulièrement dérangeante : la mise en scène semble adopter à travers la voix off le point de vue du personnage, et dans le dernier acte, avec cette apparition vocale de Dieu, notamment, on semble vraiment nous dire à travers Garfield que le christianisme est la vérité absolue. La toute fin du film, la dédicace spécifique aux "chrétiens du Japon et à leurs prêtres", l'avant-première au Vatican... ont sûrement fait pencher la balance du côté d'un film prosélyte pour Durendal ; et je conçois qu'il n'ait pas cherché plus loin tant ce point de vue l'a frustré en tant que spectateur athée. Cela n'excuse évidemment pas les limites grossières de son propos, et son manque de rigueur concernant la description de la religion, mais je peux comprendre son emportement face à une œuvre qui lui a paru faire de la propagande pour une institution qu'il abhorre. À titre personnel, je ne suis pas convaincu que Silence ait les meilleures intentions du monde, et qu'il soit détaché de toute considération idéologique et seulement centré sur la métaphysique du doute par rapport à la foi, et rien que le fait de faire parler des personnages portugais en anglais me paraît inexcusable. Mais très franchement, seule une analyse plan par plan hyper-poussée du film nous permettrait de véritablement le comprendre, et donc d'en discuter en toute honnêteté intellectuelle.

C'est pourquoi je ne suis pas convaincu par votre argumentation ; je trouve les intentions de démasquer ce genre de contrevérité très louables, mais je ne suis pas sûr non seulement que ce soit réellement une nécessité dans ce cas – les propos de Durendal représentent-ils vraiment parole d'évangile pour quiconque ? (ça n'a jamais été sa vocation d'ailleurs, lui qui vante constamment l'ouverture d'esprit et la relativité des opinions de chacun) – et je ne pense pas non plus que votre démarche analytique soit suffisante pour discréditer la lecture selon laquelle c'est un film prosélyte. Après, cela n'engage évidemment que moi et je salue votre implication dans ce travail.

trineor ·

Merci pour ta lecture et ton retour !

Je suis moi-même très loin de trouver le film exempt de toute maladresse, et parmi celles qui me chiffonnent, un certain nombre figure parmi celles que tu relèves. Sur le point de l'ambiguïté des partis pris de Scorsese traduits par sa mise en scène, néanmoins, je tombe en désaccord avec toi : plus que tout, j'aurais détesté que Scorsese me plante face à une mise en scène clés en main m'indiquant par tous les procédés classiques employés à cet usage qui étaient les gentils, qui étaient les méchants, et de quel côté il aurait fallu que je me place. Quand nous disons que son propos nous paraît nuancé, cela tient pour beaucoup à nos yeux à ce refus d'indiquer à gros traits quel parti prendre au spectateur : il est manifeste que Scorsese admire la hauteur du combat intérieur que ses protagonistes mènent entre leur foi et leurs sentiments d'obligation morale envers autrui, quand les deux se contredisent ; mais pour autant, il prend le parti de montrer la vanité de leur quête et d'expliciter les motifs des persécuteurs dont, précisément, il fait des personnages hautement ambigus pour ne pas faire de simples bourreaux. Bien sûr qu'en tant que Chrétien, Scorsese se sent appartenir à la communauté de ceux qui furent persécutés ; mais il offre la perspective d'un Chrétien suffisamment lucide pour comprendre les causes historiques, politiques et culturelles ayant fatalement condamné l'évangélisation du Japon et mené à ces persécutions ; c'est en ça qu'il ne nous paraît pas possible de réduire son film à du prosélytisme propagandiste.

Quant au surgissement de la voix du Christ à la fin du film (la plus belle scène à mes yeux), le film ne force pas du tout l'interprétation de son spectateur quant à l'existence ou l'inexistence de Dieu : il est délibérément laissé tout à fait ouvert d'interpréter qu'il n'y a là que la représentation mentale que Rodrigues se donne de Dieu qui lui parle. D'autant plus que trouver là une affirmation de Scorsese comme quoi la vérité était bel et bien détenue par le christianisme en fin de compte, paraît difficile alors que deux ou trois scènes avant, Ferreira vient d'argumenter l'impossibilité même d'une quelconque vérité universelle en montrant que toute vérité avait besoin d'une langue dont les biais mêmes de compréhension et d'interprétation du réel étaient divers et contingents.

Pour ce qui est du mépris, enfin, nous avons essayé de le bannir tant que nous avons pu. S'il en reste des traces, c'est contre tout le bon gré que nous avons mis à ne pas l'exprimer et à nous en tenir froidement à l'analyse de ses arguments. Nous avons précisément essayé de ne jamais être dans l'attaque personnelle : nous ne nous en sommes pris ni à ses goûts, ni à ses précédents faits d'armes, ni à ce qui éventuellement pourrait nous horripiler dans ses attitudes (sauf aux trois reprises où celles-ci nous ont paru ouvertement injurieuses : la blague sur les Chrétiens pédophiles, l'humour raciste sur la "face de citron" et le doigt d'honneur final).

Du reste, s'il prétend vanter généralement le respect de l'opinion de chacun et l'ouverture d'esprit (je ne saurais rien en dire, je ne le suis pas du tout de façon régulière), je tiendrais à rapporter que, ce soir même, à quelqu'un qui dans les commentaires du vlog, lui disait en substance : "moi je suis pas chrétien et pourtant j'ai aimé Silence", Durendal a répondu par le message suivant, qui en plus de déborder d'une arrogance inouïe, respire tout sauf le respect et l'ouverture d'esprit :

"Je crois pas avoir imposé de respecter mon opinion, mais "les autres" n'ont pas mon background et n'utilisent pas des arguments objectifs. Il suffit pas de dire qu'on a trouvé un plan joli pour qu'il soit objectivement joli. Soit tu peux expliquer pourquoi, et alors c'est un argument, soit tu l'as juste senti, et c'est une opinion. Tu peux ne pas avoir trouvé la représentation des japonais en "méchants", mais tu ne peux pas le prouver. Aucun acte des japonais n'est positif, tout n'est que manipulation, humiliation, ou ordre de la part des japonais non-chrétiens. C'est un fait, c'est mesurable dans le film. Et ce n'est peut-être même pas volontaire. Mais c'est là. Tu l'as pas trouvé chiant, mais moi, et n'importe qui avec une vraie culture ciné, savons que cette histoire pouvait être racontée plus rapidement, parce que chaque scène dure bien au delà de ce qui est nécessaire pour comprendre ce qui s'y passe, et rien n'est accompli en restant fixés dessus. Pendant les scènes de torture, le but est de nous faire ressentir de la pitié, mais comme le reste du film n'essaye pas de faire comprendre la foi des personnages ou les personnages eux-même, si vous n'êtes pas sensibles à la religion vous voyez juste des gens que vous connaissez pas se faire torturer en plan paysage... Et le pire, c'est quand l'argument est "c'est Scorsese donc c'est bon". Parce que c'est pas un argument, c’est un dogme, et un dogme ne permet pas d'évaluer objectivement."

1
Dollofhollywood ·

Je ne nie pas que le propos de Scorsese est nuancé malgré tout, mais j'ai ressenti à la fin du film une impression de manichéisme dans le sens où les effets narratifs et de réalisation les plus visibles (les plans insistant lourdement sur les supplices physiques infligés aux persécutés, le personnage de Kichijiro, celui de l'inquisiteur caricatural) semblent mettre en avant le christianisme comme la "vraie victime" de l'histoire. Scorsese insiste sur la persécution, mais ne traite le sujet problématique de l'évangélisme qu'à travers la vanité du personnage principal, qui paraît bien dérisoire face à la violence physique infligée en face. Cela me paraît bien peu suffisant pour qu'on ressente la nuance qu'il souhaite imposer à son récit ; je pense que ce qui me chagrine c'est que je ne peux pas y voir une vision vraiment "pertinente" de cette histoire dans le sens où le parti-pris est trop fort. Je n'aurais moi-même pas voulu d'une mise en scène qui donne un point de vue trop appuyé, mais j'aurais au contraire préféré que Scorsese pousse sa logique "anthropologique" du début du film jusqu'au bout, quitte à par exemple donner des points de vue japonais en voix off comme il le fait avec Rodrigues. Ce récit pouvait pousser la réflexion sur les limites de la foi, mais aussi sur l'importance de respecter les croyances de chacun, et je pense malheureusement que le parti-pris est trop fort pour permettre vraiment à la pensée d'aller plus loin.

Le surgissement de la voix du Christ me semble être la "récompense" de la foi du protagoniste, et j'ai du mal à croire qu'elle ne soit dans la diégèse du film qu'un motif ouvert à l'interprétation. Certes, on adopte le point de vue de Rodrigues, mais tout de même on entend la voix du Christ ! En terme de pur effet cinématographique, je trouve ça particulièrement maladroit : j'ai du mal à croire que quelque chose d'aussi important au récit ne se trouve que dans la tête du personnage... Et je ne pense pas qu'on puisse mettre l'apparition mystique de cette voix et les propos de Ferreira sur le même plan, surtout avec le jeu de Neeson qui semble indiquer que le prêtre ne pense pas un mot de ce qu'il dit... Mais ce ne sont évidemment que des hypothèses ; les points de vue montrés dans le film sont si ambigus qu'il me paraît presque difficile d'en tirer une interprétation crédible. Cela dit, certains choix me paraissent trop discutables pour être acceptables.

Je comprends votre démarche et ne doute pas de votre bonne foi. J'avoue que le travail de Durendal a été assez important dans le développement de ma cinéphilie, et que je manque d'objectivité sur la question. Je ne nie pas son arrogance ici, qui ressemble même à de la vanité franchement insupportable, et je n'ai aucune explication sinon le ras-de-bol face à ses détracteurs ; mais cela n'excuse rien, et c'est vraiment dommage, car c'est avec ce genre d'attitude qu'on tourne en rond et qu'on ne se remet pas en question, quitte à franchement réduire la crédibilité de son travail.

trineor ·

Vraiment intéressant de te lire, car la perception que tu as eu de certaines scènes diffère complètement de la mienne et change de fond en comble le sens de ces scènes. Pour le monologue de Ferreira au temple zen, je n'ai absolument pas eu l'impression qu'il parlait contre sa conviction : qu'il ait honte face à Rodrigues, c'est certain ; que ce qu'il dit lui soit douloureux à dire, c'est certain. Mais lorsqu'il entame son argumentation sur la traduction des termes religieux et les conceptions métaphysiques prérequises pour les comprendre, son ton est à la colère, pas à la gêne : il m'a semblé que son attitude face à ces arguments (qui sont de véritables arguments, pas des simulacres) était celle d'une capitulation douloureuse mais lucide.

Pour la voix du Christ, si Scorsese avait voulu en faire de façon explicite et univoque une interventi on divine au sein de la diégèse, il aurait rendu cette voix audible aux autres personnages présents ; qu'elle ne se manifeste qu'à Rodrigues dans un face à face entre lui et l'idole filmé en plans très rapprochés, ça me paraît au contraire rendre prioritaire l'hypothèse que ce soit une voix dans sa tête - sachant que, pour un croyant, que Dieu s'adresse à toi par une voix produite par ton propre esprit, ça n'empêche pas du tout que ce soit un réel dialogue avec Dieu qui aura simplement employé ton esprit comme un moyen pour s'adresser à toi : quand les croyants parlent du dialogue intime qu'ils ont avec Dieu, ils ne sont pas schizophrènes, ils n'entendent pas une voix descendre du ciel, ils l'entendent en eux, à la façon de Rodrigues dans cette scène ; certains diront même que Dieu leur parle sans utiliser de mots.

Un point sur lequel je suis vraiment en accord avec toi, c'est que j'aurais aimé, moi aussi, qu'une partie du film prenne bien mieux le parti d'explorer la complexité du "camp" japonais ; le personnage de l'interprète aurait été parfait pour cela.

Jben ·

"Une institution qu'il abhorre" Et c'est le propre des imbéciles que de la détester sans même la connaître ou la comprendre. Rien de plus stupide, banal et grégaire que cet anti catholicisme adolescent.

daegil ·

"Rien de plus stupide, banal et grégaire que cet anti catholicisme adolescent". Je me souviens de ce fameux adolescent anti-religieux... ha oui ! Alexandre Astier ! Quel banalité stupide !

Vous avez aimé Silence, monsieur ? Vous êtes dans le cœur de cible du film !

Jben ·

J'aime Astier mais là-dessus il était parfaitement stupide en effet. Il aurait dû lire un ou deux bouquins d'histoire avant de dire des conneries sur Galilée et Copernic. C'était sinistrement caricatural dans son spectacle. Mais ça fait rire les beaufs qui pensent être émancipés de je ne sais quelle institution "obskurantist".

6
Max L. Ipsum ·

Je sais pas si Durendal va lire ça, mais c'est ce que j'ai entendu de plus intéressant sur Silence à ce jour !

Pilusmagnus ·

Merci à toi !

5
Ticket ·

Okay pour dire que Durendal est un peu bouffon et maladroit sur ce coup là, mais vous êtes en train d'imposer une seule et même lecture du film afin de rétablir une certaine "vérité" si je ne m'abuse.

Je vois bien un : "Durendal n'a rien compris, nous ne souhaitons pas commenter son point de vue". C'est justement en reprenant une bonne partie de ses phrases et de sa vision quelques peu saugrenue que vous lui faites de la publicité. Avec ce post, je me suis rendu sur sa vidéo (vous avez mis le lien, c'est fait pour ça, nan ?), je l'ai regardé de bout en bout, avec le même étonnement dont vous faites preuve dans le présent texte ; mais j'aurais préféré jamais croisé cette vidéo et, par conséquent, tombé sur ce post, que j'ai lu aussi en intégralité.

J'aimerais dire : "chacun son avis". Mais il est vrai que Durendal est indéfendable sur un bon nombre de points. Mais, très franchement, vous avez perdu une bonne occasion de gagner du temps et de vous taire - et ça vaut aussi pour Durendal, et pour moi aussi. Surtout que vous remettez en question sa position maladroite sur des faits historiques et religieux (pour faire simple) dans votre texte, pas sur des questions purement cinématographiques (la partie VI, qui ne comporte que cinq malheureux points...). Et c'est aussi le problème que j'ai rencontré avec plusieurs critiques du film...

Vous essayer de faire de la rectification, j'en conclus que ce n'est que de la figuration ; celle d'une querelle qui ne concerne que vous.

3
trineor ·

Si nous ne faisons ne serait-ce que donner l'impression d'imposer une lecture du film (ce qui n'est pas notre intention), c'est que nous avons dû mal nous y prendre ; notre intention est de faire appel à des éléments factuellement présents dans le film pour démontrer que la logorrhée de Durendal à son propos est tout bonnement indéfendable et que, non, dire absolument n'importe quoi n'est pas affaire de goût ni de liberté d'opinion.

Nous sommes désolés si tu as eu le sentiment de perdre ton temps, et nous te le rendrions volontiers si nous le pouvions (quoique nous pensions avoir essayé, plus que de réfuter Durendal, d'apporter des éléments d'analyse et des clés de lecture sur le film que nous avons essayé de soigner tant que nous le pouvions, et quoique nous pensions aussi n'avoir pas parlé des qualités cinématographiques que dans le sixième point, mais tout au long, notamment aux points 09, 13, 19, 20...).

Moi-même j'aimerais vivre dans une réalité où je n'aurais jamais eu à croiser cette vidéo, mais cette vidéo existe et, plus que de seulement exister (car bien des choses insensées existent) elle possède un pouvoir de nuisance réel étant donné l'audience du bonhomme. À vrai dire, notre espoir est surtout que quelques uns parmi les jeunes qui suivent cet individu et croient ce qu'il peut débiter, puissent accéder dans ce post à un contrepoint susceptible de les nourrir davantage.

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trineor ·

P.S. J'ajoute que, malheureusement, avec près de 200.000 abonnés, ce n'est pas la poignée de lectures que fera notre texte qui lui apportera une quelconque publicité ; en revanche chaque lecteur qui pourra y trouver de quoi dépasser sur ce film le point de vue d'une pauvreté désolante qu'il a défendu sera toujours ça de gagné.

Infinity ·

Concernant les arguments tous les faits historiques et religieux dont ils parlent ici sont utilisés comme arguments cinématographique ( dans le sens où il ne se sert quasi qu'exclusivement de ça pour faire sa critique ) par Durendal , s'en sont donc pour les critiques de la critique en ayant fait ce qu'ils sont. Ils ne font que rebondir , ils ne peuvent en créer d'autres car dans ce cas ce serait une critique du film pas une dénonciation :-)
Je sais pas si j'était claire pour le coup x)

Infinity ·

cinématographiqueS
J’étaiS

Jben ·

Il a effectivement rien compris, tout comme la plèbe de SensGauchiste.

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daegil ·

Mmmmh... voila qui rajoute une touche de classe a l'argumentation... petit commentaire pas du tout méprisant et hautain.

Jben ·

Il suffit de lire la majorité des critiques pour s'en apercevoir. Mais la dégradation de la qualité de ces dernières, sur le site, ne date pas d'hier.

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haoshin ·

C'était vraiment très intéressant. Il fallait une réponse construite où le ras-le-bol devant une "argumentation" telle que celle de Durendal ne prenne pas le pas sur la réponse elle-même. Je savais que sa critique de Silence était foireuse mais j'aurais été incapable de ne pas me laisser emporter par ma colère et de m'acharner sur le personnage sans pouvoir vraiment argumenter en quoi il avait tort.

Du coup, merci pour ça.

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Pilusmagnus ·

Message à tous ceux qui suivent et apprécient le post : Vous savez sans doute que Durendal a publié une réponse vidéo, sous laquelle j'ai moi-même posté une réponse en commentaire, afin de clore le débat dans une bonne tenue.
Je ne voudrais vraiment pas que cette réponse soit perdue dans la masse, c'est pourquoi j'aimerais vous demander bien putassièrement d'aller le liker afin qu'un maximum de gens puissent le lire.

Cliquez sur le lien et le commentaire s'affichera en premier : https://www.youtube.com/watch?v=IxUsjeYx0xk&lc=z12lzfcpysexz1vz304cjz5p3syjyzvgj5g

Merci d'avance, je sais que ça se fait pas de demander des likes mais là c'est vraiment pour faire avancer le débat !

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Tointoin Ovi ·

"Il confond jésuite et chrétien" quel argument de merde ca n'a absolument aucune importance

Pilusmagnus ·

Ça a comme importance que ce qu'il dit est faux, et qu'il faut donc le corriger.

D'ailleurs, ce que tu dis est faux aussi, puisqu'il ne confond pas les chrétiens et les jésuites (l'un étant hyperonyme de l'autre) mais les catholiques et les protestants. Il confond aussi les moines et les prêtres, mais il ne prononce jamais le mot "jésuite"

Il est amusant que le commentaire le plus insultant reçu depuis le début de l'existence de ce post provienne de quelqu'un témoignant de la même ignorance de la vidéo de Durendal que celle de Durendal concernant le film.

daegil ·

La même ignorance ou la tentative de considérer la religion comme quelque chose sans importance ?
Il faut arrêter de croire que tout le monde doit aimer ou ne pas aimer tel ou tel film...

Valentin Brocard ·

Merci pour cet article. Durendal c'est le Alain Soral du cinéma : une pensée dissidente servie par une argumentation en forme de gruyère.

Matrick82 ·

Putain c'est beau !

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Maximemaxf Gotwald ·

C'est très admirable d'avoir pu rédiger autant de ligne pour décrire comment fonctionne le film et en quoi Durendal passe à côté du propos même de ce nouveau Martin Scorsese, et pour ça je vous dis bravo.
Cela ne me donne que plus envie de le redécouvrir d'ici quelques mois pour mieux percer ce que Silence a voulu dire puisque tout ce que vous avez retranscrit ici permettra de mieux comprendre le contexte sociale et religieux lors d'un second visionnage.
Après j'ai quand même certaines réserves à formuler vis à vis du film : car personnellement je suis plutôt sceptique quand l'idée du Judas à travers le personnage de Kichijiro.

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Cosmic M ·

J'ai lu attentivement votre post et cela tombe bien car je viens tout juste de voir ce film. Je ne l'ai pas encore critiqué mais j'avais déjà une certaines idées de ce que j'allais mettre et la critique sera à peu pès de la même teneur, quoique pas aussi développer.

Pour en revenir à Durendal, cela fait un sacré moment qu'il avait franchi la ligne rouge à mes yeux en ce qui concerne sa mauvaise fois, son manque de culture cinématographique, ses avis préconçus et ses contradictions d'une vidéo à l'autre. C'était de plus en plus visible au point que je me suis totalement désabonné. Mais là je dois dire qu'il s'est surpassé le gars. Une critique totalement hors sujet que cela en est triste. Le pire est qu'il st loin d'être le seul (je ne veux nommer personne) dans ce cas. Un grand bravo pour avoir vraiment analysé sa vidéo parce que là, il y a un problème

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Vista ·

https://www.youtube.com/watch?v=IxUsjeYx0xk
La réponse du monsieur.

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Pilusmagnus ·

Je suis en train de regarder, et je suis très content qu'il ne le prenne pas mal.

Vista ·

Anéfé, j'avais peur de la joute verbal.
Mais sa réaction positive est aussi lié à la qualité du post qui est factuelle et qui ne tombe pas dans le durendal bashing.

Alfred Tordu ·

Tout à fait d'accord avec toi Vista.
Je suis entrain de voir sa réponse moi aussi, y'a déjà un peu de mauvaise fois dès le début. Quand il dit "oulala mais je n'ai pas prétendu détenir la vérité j'attendais justement à ce qu'on m'explique le..." alors qu'il a quand même certifié qu'à part des cathos et encore ON NE POUVAIT OSER DIRE QUE CE FILM ETAIT BON ! il l'a quand même certifié noir sur blanc ^^

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Anyore ·

Très intéressant ! Ca fait du bien de lire quelque chose de nuancé sur la religion - dogmes - croyances - institutions/autorités religieuses.

Par contre, je me demandais s'il y avait une "raison" au choix des acteurs Américains pour jouer des Portugais ? C'est bien la seule chose avec laquelle je suis d'accord avec lui, ça ne me semble pas crédible.

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Pilusmagnus ·

Moi-même je suis d'habitude très carré en ce qui concerne la cohérence de la langue. Mais pour le coup, déjà on ne va pas demander à Martin Scorsese d'apprendre le portugais pour tourner le film, et en plus, la nationalité portugaise n'est pas vraiment ce qui importe le plus. L'important c'est surtout qu'ils soient occidentaux. Le film interroge les rapports de domination et de soft-power entre Orient et Occident, ce qui est un propos extrêmement moderne, en ce qu'il touche à la mondialisation.
Et alors que les grandes puissances coloniales incarnaient ces mondialisations à la Renaissance, qui les représentent mieux à l'heure actuelle que les américains ?

Anyore ·

Je trouve que d'un point de vue de cohérence historique "immersive" ça a tout de même une importance, même si l'idée d'une représentation qui aurait un "écho actuel" est interessante.

Pilusmagnus ·

En fait ma tolérance en terme d'immersion linguistique est totalement variable.
Dans les films sur la Seconde Guerre Mondiale, je ne SUPPORTE PAS que les personnages ne parlent pas la langue qu'ils sont censé parler (même si ça ne m'empêche pas d'apprécier les films où c'est le cas).
Sûrement quelque-chose qui a été forgé par mes dizaines de visionnages de Inglorious Basterds.

Par contre, dans des films dont le contexte historique est plus ancien, ou dont le propos est plus intemporel, ou quand, comme ici, il a un écho actuel, ça ne me dérange pas. Par exemple dans Amadeus, qui choisit le prétexte d'une biographie historique pour déployer un propos intemporel sur l'art, le talent, l'héritage, la folie, etc...

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trineor ·

Personnellement, ça fait partie des éléments qui m'ont chiffonné, oui.
Je trouve que depuis La Passion du Christ, il devrait y avoir une jurisprudence Mel Gibson : sérieux, si tonton Mel a réussi à faire tourner Jim Caviezel et Monica Bellucci en araméen (avant d'embrayer avec un film tourné en maya !), plus personne n'a d'excuse : les films devraient toujours être tournés dans la langue où ils sont historiquement censés être parlés. Ici, en l'occurrence, ç'aurait impliqué au choix d'avoir Liam Neeson et Andrew Garfield baragouinant portugais avec un accent qui aurait probablement été déplorable, ou bien d'avoir un casting d'inconnus, donc je comprends en quoi ça peut rester une gageure du point de vue de la production ; mais malgré tout, je trouve que ça devrait être une exigence bien plus rigoureusement respectée qu'elle ne l'est.

Je fais éventuellement une exception pour l'adaptation des mythes (quand Pasolini adapte Médée ou Œdipe roi en italien plutôt qu'en grec antique, clairement, ça me gêne moins que quand Amenabar adapte en anglais la vie d'Hypathie d'Alexandrie).

Anyore ·

je voulais attendre d'avoir vu le film pour répondre (même si maintenant avec la publication fb, ma réponse risque d'être perdue dans la pluie de notifications hum).
Je trouve ca d'autant plus dommage qu'un problème très présent de compréhension de langue (et donc de culture, et au final, de croyances) aurait pu amener une reflexion supplémentaire. Il y a d'ailleurs un passage dont je n'ai pas compris le "sens", quand une Japonaise parle du "paraiso", Andrew Garfield lui fait répéter jusqu'à ce qu'il comprenne "Paradise". Alors que, en portugais, paradis se dit bien "paraiso". J'imagine qu'il y a un truc que je n'ai pas compris, la mauvaise compréhension n'était sans doute pas sur le mot en lui-même mais sur la manière dont les Japonais chrétiens envisageaient la religion (?) mais alors, pourquoi insister sur deux mots différents ? Alors, évidemment, je relevé cet élément de détail, ca ne perturbe pas vraiment le film en tant que tel, mais j'aurais vraiment trouvé ça utile d'insister sur les problèmes de communication (là tout le monde se comprend un peu trop bien). Ne serait-ce que pour les prénoms/noms, un effort d'accent aurait pu être fait (et, en Latin, Adam Driver a presque un accent portugais haha).

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ize ·

Je ne suis pas connaisseur de Scorcese, et si ce film est tout sauf accessible (comme le prouve la nécessité de cette brillante analyse), on ne peut clairement pas le qualifier de "quelconque" comme l'a fait l'olibrius que vous démontez. J'trouve ça très beau, et même si perso j'essaie d'éviter d'aller voir les trucs qui me plaisent pas, sûrement parce-que je ne me sens pas forcément l'envie d'argumenter, la stimulation intellectuelle qui en résulte ici fait plaisir. Le gars surfe visiblement sur les masses qui veulent bien l'écouter (et dont j'ai absolument pas vu la vidéo, j'ai d'autre chats à fouetter, il mérite clairement la critique au vu des citations que vous en faites).
Quant au film, j'ai trouvé que le Japon féodal étaient présenté comme possédant une culture extrêmement complexe et sûrement pas facile à appréhender sans y baigner et en connaître les particularités (chapeau au film du coup) ; le tout donne une vision rafraîchissante d'une période historique peu connue sous nos latitudes. Rafraichissante, façon de parler hein, voir des mecs brisés lentement par l'océan et par cette "terre marécageuse ou rien ne s'enracine", c'est pas particulièrement désaltérant (trop de sel) mais ça donne une vue de ce qu'y peut se passer autre part en d'autre temps, et surtout de pourquoi (la mise-en-scène, à l'opposé du documentaire, laisse une grande part à l'interrogation sur les motivations profondes, humaines et philosophiques des protagonistes, au final peut-être très semblables).
J'aime bien la prise de conscience des dangers de croire ce qu'on nous enseigne plus que ce qu'on sent qu'il faut faire. On peut jamais trop savoir où placer la limite vu que ça, on nous l'enseigne pas ; et le film montre bien ça.
Sur ce je vous laisse, bisous.

Aldup ·

Je crois que ce qui me dérange vraiment le plus chez Durendal, c'est que je l'entend que très rarement souvent parler vraiment de cinéma. Il se restreint beaucoup sur le scénario, les dialogues ou les incohérences. C'est quand même très superficiel de ne s'en tenir qu'a ça. De plus, pour un type qui se prétend cinéphile, il est idiot de parler d'un film comme "Silence" sans le mettre dans un ensemble : la filmo de Scoreses. Avec ses thèmes, sa dualité constance sur la religion, la foi, sur le choix etc.
Par contre, et c'est là que ça peut être alarmant, c'est que même dans son "analyse" qui reste, à mon avis, superficiel, vous arrivez à tout démanteler. Et en effet, il serait temps qu'il comprenne que ce qui compte ce n'est pas ce qu'on nous raconte mais COMMENT on nous le raconte. Il parle de comment son montré les japonais, mais lors de la scène (SPOIL) de la décapitation (FIN DU SPOIL) qui est censé montré quelque chose de très inhumain chez les Japonais, hors tout est vu de l'autre côté des barreaux, la caméra bouge énormément, tout ça pour nous dire que le personnage ne comprend pas ce qu'il se passe autour de lui, et il ne cherchera pas à comprendre. Il ne voit que la violence sans l'analyser. D'ailleurs c'est un peu ce que fais Durendal.

Et puis son avis sur l'ennui, c'est d'une nullité sans nom. Je me suis fais chier devant Moonrise Kingdom mais je serais le premier à défendre ce film. Je pense qu'il est juste incapable de comprendre qu'un film puisse être également sensoriel (il n'y a qu'à voir comment il défonce The Revenant, il n'y a aucun argument valable).

Bref, bravo pour cette "humble contribution citoyenne à la lutte contre l'ère de la post-vérité" avec respect et dans les règles de l'art !

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