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“Une année de cinéma” et l’impression d’être une meilleure personne grâce à ça.

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Flashback.

Nous sommes en 1995, au mois d’octobre. Plus précisément un lundi soir, aux alentours de 20h40.

Depuis quelques semaines, mon grand frère a pris la décision qu’on irait, en famille, voir un film dans le cinéma de quartier pas loin de la maison. Une espèce de nouveau rituel sorti un peu de nulle part. Peut-être le seul qu’on ait jamais eu ensemble d’ailleurs.

Ce lundi soir-là donc, nous sommes en retard. Nous allons voir un film dont je ne connais pas grand-chose : pas de bande-annonce vue à la télé, et il semble avoir entendu le titre une ou deux fois à la radio. En tout cas, la seule chose que j’en sais, c’est que c’est un bon film selon les critiques.

De mon côté, je peste un peu parce que j’ai pris goût à cette petite habitude du lundi soir, et qu’on risque de ne pas nous laisser entrer dans le cinéma vue que même le créneau accordé aux publicités et autres a été dépassé. En arrivant, l’ouvreuse nous annonce d’ailleurs que le film a commencé depuis deux minutes, qu’il faut donc se dépêcher.

Intérieurement, je suis un peu dans une rage folle (enfin, une rage folle d’un ado de quinze ans), et je ne comprends déjà rien au film lorsque je vois un garçon avec des armatures métalliques aux jambes qui danse de façon un peu bizarre devant quelqu’un qui ressemble à Elvis Presley.

Tant bien que mal, je me raccroche aux branches scénaristiques pour comprendre que ce jeune homme s’appelle Forrest Gump et qu’il raconte un peu sa vie à des inconnus en attendant le bus.

Deux heures plus tard, je sors du cinéma avec le coeur qui bat, parce que j’ai l’impression d’avoir vu le meilleur film de ma vie, tout en ayant l’impression d’avoir trahi la confiance du personnage en ayant raté les premières secondes de sa vie sur grand écran.

Mais voilà, c’est à partir de là que j’ai aimé le cinéma. Pour ce qu’il m’a fait vivre émotionnellement pendant quelques minutes dans une salle.

Retour au présent.

Nous sommes aujourd’hui le 31 décembre 2016.

Cette année, j’ai repris une carte d’abonnement et j’ai vu 85 films différents, enfermé dans une salle sombre.

J’ai vu des blockbusters et des films improbables. J’ai vu des films d’animation et des films français. J’ai vu des films dont je ne savais absolument rien et d’autres que j’ai attendus pendant des mois.

J’ai aimé cette année. J’ai aimé le rituel d’aller m’asseoir dans des fauteuils qui ne sont pas les miens.

Il y a eu des moments où j’ai été voir deux films par jour. D’autres où j’ai vu presque dix films dans la même semaine.

J’ai pesté contre le fait de revoir les mêmes bandes-annonces; celles que justement, j’évite de regarder pour avoir le plaisir de vraiment découvrir un film. J’ai soufflé contre les chuchotements de dernière minute, entre deux personnes qui ont décidé de laisser déborder leur conversation sur la musique de la 20th Century Fox. J’ai été perturbé un nombre incalculable de fois par la lumière d’un téléphone qui affiche juste l’heure.

Mais j’ai aimé cette année.

Parce que je pense sincèrement que mon rapport actuel au cinéma fait de moi une meilleure personne.

Tous ces films, tous ces scénarios, toutes ces personnalités fictives que je me suis efforcé à comprendre, analyser, rejeter ou défendre, c’est autant de préparation à ce qu’est ma vie quotidienne. La vie réelle.

Aussi fou que cela puisse paraître, j’ai vraiment l’impression que lorsque je vais voir un film que, moi-même, je ne sens pas vraiment, je m’habitue à rester curieux et ouvert, quitte à être déçu ou satisfait d’avoir eu la bonne (mauvaise) impression.

Mais je reste malgré tout conscient que je “consomme” le cinéma, plus que je ne le respecte. Je n’ai pas le don et l’envie de peaufiner mon rapport à lui.

Je ne serais probablement jamais de ceux qui connaissent les noms des réalisateurs coréens. Tout comme je ne serais pas de ceux qui ne jurent que par le dernier succès populaire et l’épisode quasi annuel Fast & Furious.

Je pense naviguer dans la partie haute située entre ces deux univers, et ça me va très bien. Pour cette année comme pour les autres.

D’ailleurs, j’espère me souvenir plus tard qu’hier soir, lorsque j’ai cherché à savoir quel film je regarderais en premier en janvier 2017, j’ai souri à l’idée que ça serait “Nocturnal Animals”.

Parce que c’est réalisé par Tom Ford, et que je pense sincèrement que son premier film, “A Single Man”, a eu un impact sur mon envie d’écrire à mon tour un long métrage. Parce que j’ai très récemment décidé de voir tous les films de Jake Gyllenhaal, qui est pour moi l’un des meilleurs acteurs de ces dix dernières années. Et parce que je ne sais absolument rien de ce film.

Et rien que pour ça, je sais que je vais aussi aimer ces douze prochains mois de cinéma.

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Par Spry
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2 réponses

constantine666 ·

joli post

Ti Ji ·

Je ressens exactement la même chose depuis que j'ai pris un abonnement illimité. Et j'éprouve les mêmes soucis, avec les bandes annonces et les téléphones.
Et je dois aussi dire que celà m'a ouvert les yeux sur des inégalités, sur des sujets différents et parfois à des lieues de mes préoccupations habituelles.

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