On connait tous une Hannah Baker.

Avis sur 13 Reasons Why

Avatar SadGringo
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J'ai du mal à comprendre ce site parfois. Du mal à comprendre , aussi , les réactions que les productions Netflix peuvent créer chez certaines personnes , qui - puristes - considèrent cette entreprise comme une monstruosité capitaliste .
Avec cette série , j'ai définitivement choisi mon camp : Netflix est un organisme intelligent , véritable bouillon de culture et d'inventivité arrivant à point nommé entre deux systèmes de financement qui nous prennent soit pour des cons ( L'exemple des écuries à la Disney ou à la Fox ) soit pour des mendiants ( n'importe quel site de financement participatif). Même si elle n'est pas parfaite , l'alternative Netflix offre des options puissantes.
Et l'une d'entre elle s’appelle 13 Reasons Why.
A quoi 13 Reasons Why est une alternative ? Eh bien , à tout ce que l'industrie sérial et cinématographique a put fournir aux spectateurs en terme de société adolescente et ce depuis une bonne dizaine d'année. Je mets de coté certaines œuvres tel que Detachment , Breakfast Club , ou Me , earl and the dying girl qui , bien que parfois trop sévères ou trop légères , peuvent prétendre composer avec la série dont il est question ici un panthéon de productions toutes aussi intéressantes les unes que les autres.
J'ai quitté le lycée il y a à peine un an pour les bancs tout aussi ineptes , bien que moins cruels , de l'université et le visionnage de cette série télé aura opéré sur moi une piqûre de rappel. Dire ici que j'ai personnellement connu une situation comparable à celle qui a lieu au centre de l'intrigue serait exagéré , et faux , mais je n'ai pu m'empêcher au fil des épisodes de regarder à plusieurs reprise dans le vide , pris d'un réel malaise. Et je mettrais ma main à couper que cela doit être le cas pour un grand nombre de "vrais" spectateurs - ceux qui donnent leurs chance à une oeuvre , même si celle ci est américaine et met en scène des gosses un peu trop...beaux...physiquement.
Et physiquement seulement. Oui , car , c'est là tout l'enjeu d'une tel série : démontrer qu'au delà de l'apparence , des propos et des risettes , les ados de notre siècle de confort sont de véritables monstres. Hannah Baker est la prophétesse de cette perception des choses , de cet ancien temps révolu que le verni de superficialité traditionnel , hérité d'une trentaine de décennies décadente en terme d'éducation publique , tente à tout prix d'effacer. D'isoler. De tuer.
Qu 'est ce qui est incroyable avec cette série ? C'est de concevoir ce monde pavillonnaire commun à chaque pays où la vie est douce , avec sa société d'individu tous plus charmants les uns que les autres , offrant à leurs enfants une éducation dans le cercle privé qui est plus ou moins éthique , et de mettre en quinconce ces héritiers , dans leur bahut , se défoulant ou s'isolant avec un total détachement vis à vis de ce qui est moralement bon ou pas ; c'est de progressivement évoluer entre eux , entre leurs visions démentes des relations humaines et des choses du quotidien , et de se frapper le front sans discontinue en se disant "Pu-tain...mais comment c'est possible un bordel pareil ?" ; c'est de rester la bouche grande ouverte quand on voit l'étendue de ce que la direction , et le professorat d'un lycée publique peut ignorer , ou cacher par rapport aux agissement de leurs élèves.
Mais il y a une chose surtout qui est plus terrible que tout cela : c'est de se retrouver chez ces...assassins. C'est de se concevoir avec eux , là , dans leur sociopathie , et de se dire que l'on aurait sans doute réagi comme eux. Qu'on l'aurait laissé tomber , nous aussi. Et ça , franchement , si c'est pas un truc de dingue , je ne sais plus quoi vous dires...
On connait tous une Hannah Baker. Ou du moins , une Hannah Baker nous a tous scrupuleusement connu , mais nous , pouvons nous prétendre avoir fait de même ? Le message social que nous renvoie cette série est capitale : cette société de jugement constant n'a qu'assez duré. Et il faut y mettre un terme avant que les meilleurs d'entres nous ne disparaissent complètement.
Tout est fait pour que nos cordes de réflexion et de sensibilité soient pincés en même temps , et c'est affreusement libérateur. Affreusement suffocant , même. Il y a le jeu d'acteur qui , même si il n'est pas impressionnant , se mêle à merveille au décor. Il y a la musique , et cette ost radicale ( Woodkid , Chromatics et la splendide musique indie de Lord Huron The Night we met ). Il y a la mise en scène aussi , faulknerienne , qui est porté avec maestria par des professionnel du rapport humain au cinéma tel que Gregg Araki. Il y a ...tout ce qu'il faut.
Il y a une polémique , aussi. Une polémique affreuse qui tend à faire prendre les adolescentes de notre générations pour des gourdes , et cela me rend dingue. Comment peut on , à l'heure d'aujourd'hui , minimiser l'acte de viol , ou de suicide ? Et surtout de voir en certaines oeuvres - demandez à Goethe , ou Stanley Kubrick - des actes politique visant à la violence et l'autothanasie ? Il faut du courage pour traverser deux expériences tel que celle ci , et ceux qui sont les victimes - car ce sont des victimes ces gens avant tout , d'accord ? - de simples quêteurs d'attention ?
Et non , vous n’êtes pas Hannah Baker , ou Clay Jensen...
Vous avez des noms qui vous sont propres , des personnalités qui vous sont propres.
Malgré des expériences similaires.

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