La versatilité est un vilain défaut

Les premiers épisodes sont intrigants et le sujet ne manque évidemment pas d’intérêt. Cette série brésilienne a su éveiller ma curiosité et j’ai enchaîné les épisodes non pas sans déplaisir. Au début en tout cas. Oui, car si 3% soulève des questions intéressantes sur les fondements d'une société, l'élitisme et la psychologie humaine, la série ne prouve qu’une seule chose: que nous sommes une espèce de parfaits abrutis. C’est évidemment ma propre lecture, mais en suivant la narration telle qu’elle nous est présentée, c'est la seule conclusion logique qui en découle.


(Ça va spoiler un max).


Déjà, le Continent agit de manière totalement incohérente dès le départ, dans la base même de sa construction sociale. En quoi est-il logique de faire des enfants avant de les abandonner pour passer le Processus? Je sais pas moi, mais le bon sens voudrait plutôt qu’on enfante si on échoue, non? Les gars ils sont dans la merde la plus totale, il n'y a rien à se caler sous la dent, mais ils font des gosses et les lâchent au moment où ils en ont le plus besoin. Je suis consciente qu'ils ne voient que par leur propre filtre, mais quand même, au tout début du Processus, cette tendance n'aurait-elle pas dû s'inverser naturellement?


Pour ce qui est des autres incohérences, souvent scénaristiques et donc plus tangibles, j’ai arrêté de compter quand Arthur, le petit frère de Rafael, a reproché à son frère et à Elisa de lui avoir retiré l’implant, le privant ainsi de toute chance de participer au Processus. Mais gamin, sans ça tu serais juste mort et pas très en forme pour les tests donc... Le mec est capable de déduire où est le nord en trois minutes chrono, mais il n'est pas foutu de se rendre compte que son ressentiment n’a aucun sens ?


Un autre truc qui m'a fait grincer des dents (et beaucoup rire aussi), ce sont les plans sur la foule. Ils sont vraiment très mal réalisés et font super cheap. Les personnages/figurants agissent comme s’ils étaient des centaines, mais en fait, ils sont 30 à tout péter. Et en plus, ils jouent mal.


Là ou j'ai commencé à lâcher l'affaire, c'est à la Coquille, car c’est à ce moment là que j’ai percuté que l’un des plus gros défauts de 3% c’était d’aller trop vite. Alors pas que d’autres épisodes auraient été nécessaires (surtout pas!), mais tout est expédié trop rapidement pour se concentrer sur des twists que l’on voit arriver à des kilomètres. Et donc cette histoire de Coquille, on s’en tape le coquillard justement, car l’idée n’a pas encore germée dans notre esprit qu’elle est déjà en danger, et pour ma part, je n’ai pas eu le temps d’avoir de la sympathie pour elle et qu’elle me soit suffisamment familière pour regretter sa perte et le sort de ses habitants. C'est juste très mal raconté et c'est vraiment dommage car il y avait là un énorme potentiel! Ça aurait été fascinant d'assister à la création de cette alternative, de la connaître un peu mieux, d'en saisir le caractère et la beauté. Mais non, en gros c'est une option B pour le Continent et ça fait uniquement appel à notre l'intellect, mais absolument pas à nos émotions.


Pour finir, si certains personnages restent plutôt fidèles à eux-mêmes, tels que Joana, Fernando et Rafael, pour les autres, je suis obligée de survoler leurs dizaines de retournements de veste tant ils sont nombreux. En tête, Marco (il joue bien par contre, merci), Gloria (qui mériterait une critique à elle seule tant ses actions n’ont absolument aucun sens, à moins d’être atteinte d’une maladie mentale assez sérieuse) et Michele (qui, au passage est très mal interprétée). Mention spéciale à la « populace » de la Coquille qui change d’avis et de leader à chaque épisode. Avec si peu de jugeote et de discernement, peut-être bien que les opprimés méritent de rester où ils sont.


Je comprends bien que sans retournement de situation il n’y aurait plus de série, mais l’utilisation du procédé trahison-repentance-rédemption ne fonctionne que s’il est bien manié et correctement dosé. C’est quand même rare de voir une série où un personnage (Gloria) fait tout péter et le regrette deux heures après... (sans oublier que personne ne la blâme: elle se repent et ça passe crème, on s'attarde pas dessus).
Ces revirements à outrance ne tiennent simplement pas la route dans une narration qui a un minimum d’exigence.


Les derniers épisodes m'ont semblé moins pénibles et j'ai lâché le bouton avance rapide. En effet, je crois que la mise en avant de la cohésion et de la complicité du groupe de saboteurs a donné un second souffle à la série.


Pourtant, en rétrospective, ces ellipses mal choisies (alors qu'il aurait fallu raconter) et ce recours abusif aux twists ont éclipsé les qualités de la série, car s'il était possible d'oublier la binarité des personnages et le manque de crédibilité et de profondeur pour n'y voir qu'un simple divertissement, cette volonté de tout baser sur des personnages « girouette » est plus agaçant qu’autre chose, et donc éliminatoire.

Citlal
5
Écrit par

Le 23 novembre 2020

3 %
Fosca
8
3 %

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