Curb your marasme

Avis sur After Life

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Étiqueté génie de la comédie - à raison - depuis l'insurpassable The Office, l'excellent Extras et une poignée de stand-up indispensables, Ricky Gervais est devenu un comique adulé dans le monde entier. Sa férocité et son goût immodéré pour les blagues sur des sujets qui gagnent chaque jour un peu plus en sensibilité en font un personnage attachant et doté d'une forme de courage.

Depuis la série Life is too short avec l'excellent Warwick Davis, le producteur réalisateur comédien animateur des Golden Globes est en perte de vitesse. Du moins il rencontre une réussite plus que mitigée dans ses projets : Tous ses films taillés essentiellement pour faire des cartons auprès du grand public et la série Derek qui déverse 15 tonnes de pathos à la minute mettent les nerfs du fan que je suis à rude épreuve.

Life is too long

Avec After Life il revient à la série classique, et exploite ses marottes habituelles : l'humour dépressif, la misanthropie, la bêtise ambiante, et le rire de malaise. The Office bénéficiait d'un dosage parfait entre humour et désespoir. Ici le curseur semble mal réglé, et c'est la tristesse qui prend le pas sur la comédie, une nouvelle fois. Comme pour son compère Stephen Merchant responsable de la série Hello Ladies, au pathétique trop prégnant.

Le personnage principal d'After Life est plongé dans une dépression carabinée depuis la mort de sa femme. Il subit sa vie quotidienne et ressasse des idées noires. Il ne doit sa survie qu'à l'obligation de prendre soin de son chien (les animaux qui sauvent l'Homme, autre marotte Gervesque). Le personnage est tellement détaché qu'il se permet de dire tout ce qui lui passe par la tête, comme "un super pouvoir", n'ayant plus de filtre, ses échanges avec les gens "normaux" donnent lieux à quelques répliques amusantes.

En grand fan de Larry David, il semble évident qu'il a cherché un stratagème pour faire parler son personnage avec autant de désinvolture et de misanthropie que le co-créateur de Seinfeld. La scène dans la cafétéria où il demande un menu enfant est une idée qui sonne comme du Curb Your enthusiasm.

La différence avec le grand Larry David, c'est que Ricky a envie de faire passer des messages, il veut à la fois faire rire et pleurer, pire il veut être aimé. Et le pauvre déploie tellement d'efforts pour parvenir à ses fins, que le dénouement produit presque l'effet inverse. Larry David qui veut réduire au maximum ses relations avec des gens qui l'indifférent attire bien plus d'affection que cette tentative Christique de Gervais d'aimer son prochain sans condition. Larry David est sincère quand il blague sur son dégoût des relations sociales. Or on peut douter de l'amour sincère de Gervais pour les cons.

Le jour de la marmotte

L'autre problème de la série est son incroyable prévisibilité. Si la structure est volontairement répétitive, l'issue de la série est pourtant visible dès le premier épisode. On débute immanquablement par Tony dans son lit, qui visionne un message vidéo que sa compagne a enregistré avant de mourir. C'est un conseil de vie, elle l'invite à reprendre son existence en main, parce qu'il est vraiment super comme gars, et drôle et intelligent et puis c'est vraiment une perte pour l'humanité que ce Tony n'ait plus goût à rien ... Tony regarde son ordinateur, torse nu dans son lit, il est accablé. Aucun redondant détail du morne quotidien de Tony nous est épargné (psy, promenade du chien, maison de retraite...).

Cela s'anime seulement quand il va à la rencontre de gens ordinaires qui rêvent de figurer dans le journal pour des faits de gloire ridicules. Ces moments amusants sont bien trop rares, car noyés dans des discussions ultra convenues sur le deuil, le sens de la vie ou le bonheur. A ce titre, les scènes dans le cimetière avec la veuve sont un must du genre. On assiste les yeux dans le vague à des échanges dignes d'un épisode de Plus belle la vie.

Le dernier épisode est un gigantesque happy end qui montre que Gervais est un indécrottable philanthrope. Enfin c'est ce qu'il semble vouloir nous dire.

The Office était un bijou d'intelligence, de réalisme et d'humour. Ici rien de brillant, rien de réaliste, rien de (très) drôle, juste un comique qui cherche à apitoyer son monde, et faire une feel good série pour Netflix.

J'ignore si sa recherche forcenée de cartonner au box office US a ainsi calibré son écriture ou même avachi son talent, mais un truc ne tourne plus rond dans sa comédie. Elle s'englue dans une démonstration d'emphase empathique pour montrer que sous ce rire acerbe se cache en réalité un petit garçon triste qui veut qu'on l'aime.

Ricky Gervais ressemble de plus en plus à Andy Millman, son personnage d'Extras, un comique animé d'une plus grande aspiration que d'obtenir des éclats de rires. Comme s'il avait dépassé ce simple stade, et qui était obsédé par l'idée d'offrir quelque chose de plus noble à son public.

Un moment de gène qui est pour une fois incontrôlé chez lui.

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