Grief Encounter

Avis sur After Life

Avatar Sergent Pepper
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Il faut, pour réellement apprécier la dernière série de Ricky Gervais, faire un peu de révisionnisme, et la considérer comme inachevée, sans tenir compte de son dénouement. Pour qui s’arrêterait au quatrième épisode, il y a là bien des réjouissances qui mobilisent bien l’univers de ce comique acerbe toujours prêt à appuyer là où ça grince.

Ainsi de cette petite ville anglaise (très ensoleillée, tout de même...) dans laquelle le personnage principal vit son deuil, étalant sur son trajet sa bile dépressive. Seul le chien (qui connait Gervais sait à quel point seuls les animaux trouvent grâce à ses yeux) échappe au tsunami. Il faut dire que la galerie de portraits est taillée à la mesure de son fiel : entre les collègues amorphes du journal local où il travaille et les citoyens qu’ils vont interviewer dans chaque épisode, les trognes, les hobbies déjantés, les idéologies médiocres et les ravages de l’ennui phagocytent toute possibilité d’espoir. Le regard cynique du méchant lucide n’en n’est évidemment qu’exacerbé, et le spectateur n’est pas dupe de la facilité avec laquelle tout cet univers est monté à la faveur de son blâme.

Mais c’est aussi parce qu’on retrouve la rythmique singulière de Gervais, déjà à l’œuvre dans Extras par exemple, que le plaisir est au rendez-vous : cette attention embarrassante accordée aux temps morts, cette passivité du personnage principal et la délectation avec laquelle il laisse se déployer la médiocrité de son entourage pour asseoir sa démonstration. Il ne s’agit pas d’engager une passe d’arme et de convertir les foules à l’amélioration, mais de prendre à témoin le spectateur de l’inhospitalité intrinsèque à la compagnie des hommes. Cet angle, malsain et complaisant, est assumé par Gervais - et par ses complices dont les trognes et le jeu de haute tenue contribuent à l’intensité méchante de ce quotidien.

C’est peut-être par inquiétude de voir la formule se répéter à l’envi (chaque épisode contient son interview pathétique, son souvenir en vidéo de l’épouse décédée, sa visite au père dans une maison de retraite, sa scène au boulot…) que Gervais se croit obligé de lui donner un dénouement, qui sacrifie à toutes les conventions du scénario, supposant qu’il faille envisager une évolution, un apprentissage et une leçon de vie comme les manuels de savoir vivre savent nous en dispenser. Les derniers épisodes s’enlisent ainsi dans un didactisme d’une pesanteur bien plus gênante que la médiocrité qu’on fustigeait initialement, et selon une mécanique effrayante d’efficacité par laquelle CHAQUE victime des sarcasmes du vilain petit canard se verra gratifiée d’un de ces petits riens qui font le bonheur du quotidien, comme dirait Feel Good Magazine.

Tout ce qui pouvait se loger un peu discrètement (la musique, le chien, les torts du personnage, la tendresse de certains interlocuteurs) se voit désormais exhibé, au point qu’on se demande dans quelle mesure Gervais est encore aux commandes. Mais c’est peut-être là une autre illusion que de croire qu’il aurait voulu s’en tenir à cette décapante méchanceté initiale, et cette révélation sous la guimauve qui annule pratiquement tout ce qui faisait la saveur du show est probablement le réel propos auquel voulait aboutir un homme qui vieillit et qui ne perd pas de vue son objectif premier : se faire aimer par le plus grand nombre.

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