Craig Viveiros connaît-il le sens du mot "subtilité" ?

Avis sur Agatha Christie : Ils Étaient Dix

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Heureusement, j'ai lu le chef-d'œuvre d'Agatha Christie avant de voir la moindre image de ce truc. Non parce que le principe d'un film policier, c'est qu'on ne trouve pas le coupable juste en regardant la gueule des acteurs. Faire jouer un tueur psychopathe par Charles Dance, c'est très bien, mais pas quand on n'est pas censé savoir que c'est lui le sociopathe de l'histoire !
Cette mini-série, qui est en fait un film de 2h45, est d'une lourdeur et d'un manque de subtilité sans noms. Un exemple : au début du livre, les personnages se mettent à table et au milieu du repas, l'enregistrement qui les condamne à mort se déclenche. Le type qui avait mis le disque en route explique qu'il croyait que c'était de la musique, comme indiqué sur la pochette dans laquelle il était rangé. Dans le film : les deux majordomes se retrouvent dans un coin sombre, alors que le tonnerre gronde dehors, et se disent : "C'est l'heure ! C'EST L'HEURE !!" pour bien nous faire comprendre qu'il va se passer un truc ; sauf qu'on comprend vite que pour eux, c'était juste l'heure de mettre un peu de musique, qu'ils n'avaient aucune idée de ce qui allait se passer, et que cette conversation surjouée, comme s'ils allaient commettre un meurtre, n'a aucun foutu sens. De même, dans le livre, les personnages, tout en se méfiant les uns des autres, sont polis ; ils ont un minimum d'éducation, et ça crée une ambiance tendue, surtout quand ils finissent par craquer, alors que dans le film, ce sont des hystériques, des abrutis finis qui s'insultent tout le temps, comme ça, gratuitement. Ils passent donc pour de gros cons, et quand l'un d'eux est mis en retrait, qu'il ne dit rien, qu'il les observe avec un air intelligent, et qu'il est interprété par le même mec qui a joué TYWIN LANNISTER, je me demande si par hasard ce serait pas lui le coupable ! Et comme on est à Hollywood, il faut en plus rajouter une histoire d'amour (d'ailleurs, toute l'histoire est racontée du point de vue d'un seul personnage, donc on sait qu'il va mourir parmi les derniers).
Et le pire c'est la fin. Tout a été changé par rapport au livre et ça n'a plus aucun sens. Dans le livre, le dernier survivant, qui est l'assassin, met tout en scène pour que la police le retrouve dans son lit, comme les autres cadavres que les personnages avaient disposés dans leur chambre respective, ce qui empêche aux enquêteurs de savoir dans quel ordre ils ont été tués. Dans ce film, il fait une mise en scène grossière, qui trahit complétement le fait que c'est un suicide : il se tire dessus en plaçant le pistolet sous la gorge, ce qui montre que ce n'est pas quelqu'un d'autre qui lui a tiré dessus depuis l'autre bout de la table (c'est impossible sous cet angle), alors que c'est justement ce qu'il veut faire croire. Et au lieu d'utiliser un élastique comme dans le livre, il espère qu'après le tire, dans un dernier réflexe, il jettera le revolver à l'autre bout de la table, tout en laissant retomber la serviette de table (pour ne pas laisser d'empruntes digitales sur l'arme) juste devant lui, ce qui n'a ABSOLUMENT AUCUNE CHANCE de fonctionner !
Évidemment, le film passe complétement à côté de la psychologie du tueur, qui avait un chapitre final consacré à lui seul. Celui qui a écrit le scénario a dû juger que c'était trop ennuyeux.

Si vous voulez savoir comment faire un téléfilm rempli de clichés hollywoodiens à partir d'un grand roman policier anglais, regardez And then there were none.

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