“Anne with an E” dans la tradition du roman d’apprentissage ?

Avis sur Anne with an E

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Cette série a la saveur des romans du XIXe. J’irai même jusqu’à dire qu’elle s’apparente au genre littéraire du roman d’apprentissage. Non seulement parce que le personnage principal, Anne, s’exprime (un peu trop) comme étant sorti d’un de ces romans et y fait référence (Jane Austen entre autres) mais surtout parce que la série est construite comme tel.
En effet, Anne évolue en fonction de ses expériences et de son rapport au monde. Elle confronte toujours ses idées, principes, valeurs et rêves aux contraintes du réel comme tout personnage de roman d’apprentissage.
Elle fait tout d’abord face à un environnement hostile. Elle passe son enfance dans un orphelinat, ou elle est maltraitée et persécutée. Son unique échappatoire est son imagination. Elle se crée un monde merveilleux, qui malheureusement ne va faire qu’empirer la situation.
Elle est ensuite adoptée par les Cuthbert et vit de nouvelles expériences qui la font entrer dans un processus d’évolution et d’éducation. Elle se fait une amie, a une famille, va à l’école, a sa première robe du dimanche… Ces expériences l’aident à grandir et mûrir tout en affrontant les dures réalités de la vie (débâcle financière, droits limités de la femme au XIXe…).
Peu à peu, elle se réconcilie avec le monde et finit même par y prendre place. Elle souhaite devenir professeur, fait des études supérieures avec ses amies. Elle n’est plus considérée comme différentes (rousse, statut social, attitudes) mais fait partie intégrante de son monde. En grandissant, elle apprend à accepter et faire partie du monde qui l’entoure et le monde l’accepte.
Tout au long du processus, elle est influencée, guidée, écoutée et aimée par Mariella et Mathew qui savent lui donner la liberté nécessaire pour son épanouissant personnel.

Une des caractéristiques du roman d’apprentissage, que l’on retrouve dans la série, est les « moments charnières du processus d’évolution », c’est-à-dire le regard qu’elle porte sur son passé et ses réflexions. Elle a des flashbacks de son passé à l’orphelinat ou en famille d’accueil, et plus tard dans la série, elle veut se renseigner sur ses parents. Ces moments difficiles structurent l’histoire et contribuent à l’évolution du héros, ils distinguent les différentes étapes de cette évolution.

Cette série a donc tous les attraits du roman d’apprentissage du XIXe tout en abordant avec brio et finesse des considérations plus modernes.

Les droits des femmes sont un sujet traité et développé sous différents angles (mariage, liberté d’expression…) avec le personnage d’Anne, de l’institutrice, de Rachel ou encore par l’évocation de faits historiques tels que le mouvement des suffragettes.
Cette série aborde également le sujet de l’homosexualité au travers du personnage de Joséphine Barry (la grande tante), du jeune Cole ou encore de l’instituteur Mr Phillips.
La série mentionne également les phénomènes migratoires du XIXe au Canada, comme l’inclusion ou exclusions de nouvelles minorités, telles que la famille française de Jerry, le marchand allemand à la sauvette…
Il est aussi question dans cette série d’esclavage, puis de liberté et enfin de racisme, dont sont victimes Sebastian et sa famille.
La saison 3 introduit le sujet de l’aliénation de la culture amérindienne au travers de l’histoire de Ka’kwet et de sa famille.

Il s’agit donc d’une série qui respecte le schéma narratif du roman d’apprentissage du XIXe tout en abordant des considérations plus modernes et c’est tout à fait savoureux !

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