Partial et déséquilibré

Avis sur Apocalypse : la guerre des mondes 1945-1991

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30 ans après la chute du mur de Berlin, Isabelle Clarke et Daniel Costelle diffusent sur France 2 ce qu'on peut appeler leur nouvelle saison d'Apocalypse.
Alors que jusque-là la série s'était vraiment cantonnée à la première moitié du XXe siècle, Apocalypse : la guerre des mondes 1945-1991 s'attaque à un gros morceau de l'histoire contemporaine, la guerre froide.

Autant dire que les sources sur cette période foisonnent, et que le travail de restauration et de colorisation a dû être très différent des saisons précédentes. Néanmoins, il faut souligner la variété des sources et des documents utilisés : on passe ainsi d'images officielles à des images filmées avec des caméras amateurs.

Cette septième saison d'Apocalypse respecte bien la chronologie : on est loin des bordéliques Apocalypse : Staline et Apocalypse : La Paix Impossible 1918-1926, où ça partait dans tous les sens au risque de se répéter.
Il y a quelques fois le sentiment de sauter du coq à l'âne, mais globalement les transitions sont bien gérées, le propos fait sens.

Cependant, si Apocalypse : la guerre des mondes 1945-1991 est bien réalisé, il est coupable d'un péché qu'on ne devrait pas voir dans ce genre de documentaire : la partialité.

Cette partialité s'affiche d'abord dans le traitement de son sujet. Sur les 6 épisodes, les quatre premiers couvrent 10 ans alors que le dernier traite à lui tout seul la période 1962-1991 ! Déjà, il y a un très gros problème d'équilibrage. Cette saison consacre la grande majorité de son récit à ces trois conflits : la guerre d'Indochine, la guerre de Corée, et la guerre du Viêt Nam. Tout le reste est souvent peu ou pas abordé du tout !

Mais il y a plus grave. Parce qu'on pourra toujours dire que traiter d'un sujet aussi vaste en 6 épisodes est impossible, et qu'il a fallu faire des choix. Par contre, c'est beaucoup moins défendable quand c'est presque systématiquement les faits en défaveur d'un camp qui sont pris en compte.

D'entrée, le ton est dit : les communistes sont les méchants. Ainsi, Staline est prêt à envahir l'Europe. D'accord, tout à fait d'accord... mais pourquoi n'avoir pas parlé de l'opération Unthinkable ?
Pour info, cette opération bien connue avait été préparée par les Britanniques pour attaquer l'Armée rouge en Europe de l'Est alors que la guerre n'était pas terminée.

Le gros problème de ce documentaire, c'est que (presque) tout est comme ça.

Le point de vue est résolument pro-occidental : la guerre d'Indochine est présentée comme une croisade contre l'avancée communiste, alors qu'il s'agit surtout d'une guerre de décolonisation.
On s'attarde longuement sur les premières années de la guerre du Viêt Nam, puis silence radio pour la période Nixon. Rien sur les campagnes de bombardements ordonnées par le président, et la photo la plus célèbre de la guerre n'est même pas montrée.
Par contre, le massacre de Hué est imputé sans concession au Nord Viêt Nam, alors que des historiens contestent ce fait. Ce conflit est présenté du point de vue américain, et passe un peu trop vite sur les millions de morts vietnamiens.

Au niveau des lacunes, il y en a qui sont très importantes :
- le conflit israélo-palestinien,
- la décolonisation,
- le continent américain, véritable chasse gardée des États-Unis qui y soutient des dictatures sanguinaires pour lutter contre le communisme,
- le téléphone rouge,
- le Printemps de Prague,
- les accords de dénucléarisation,
- la révolution iranienne,
- la guerre Iran-Irak.

D'autres sujets sont à peine mentionnés, et présentés de manière partiale. Par exemple...
- le mouvement des non-alignés : la seule fois où l'on en parle, c'est pour les montrer avec les Soviétiques,
- la guerre civile chinoise,
- l'adhésion d'une partie des populations au communisme : vu le propos du documentaire, on ne comprend absolument pas pourquoi des gens iraient manifester leur soutien à l'URSS,
- Fidel Castro : le documentaire oublie de parler de la situation de Cuba avant l'arrivée des castristes,
- Che Guevara : il est présenté comme l'idole de la jeunesse, et montré comme le coupable d'un massacre... impossible de comprendre pourquoi il est si populaire,
- les mouvements de 68 dans le monde sont très mal expliqués,
- Brejnev est quasiment absent du documentaire alors qu'il a été au pouvoir pendant 18 ans,
- le génocide des Khmers rouges,
- toute la période des années 1980 qui conduit à la dislocation de l'URSS est survolée : il ne suffit pas de faire les malins en parlant de glasnost et de perestroïka pour comprendre ce qui a conduit à la chute du bloc soviétique...

Pour être moins manichéen que ce documentaire, j'ai quand même relevé un évènement crucial de la guerre froide qui est présenté de façon équilibré : la crise de Cuba. Ainsi, je ne savais pas que les Américains avaient fait installer des missiles nucléaires en Turquie qui pouvaient à tout moment frapper le territoire soviétique.

Apocalypse : la guerre des mondes 1945-1991 se révèle être non seulement incapable de traiter son sujet, mais aussi de le faire d'une manière équilibrée.
Donc si au bac vous tombez sur la guerre froide, ne faites surtout pas comme Isabelle Clarke et Daniel Costelle, parce que vous n'aurez pas la moyenne.

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