Kamoulox

Avis sur Au royaume des fauves

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Ce documentaire, c'est texto un live-action d'un polar noir américain bien bouseux à la Pollock, Taylor, Thompson, ou plus généralement tout ce qu'édite Gallmeister. C'est barré, violent, surprenant, rempli de moments tous plus pétés les uns que les autres. C'est le pitch du dixième Tarantino, c'est Le Roi Lion sous meth, c'est un documentaire qui filme une télé-réalité qui filme un streamer redneck gay possesseur de gros guns et de gros fauves ; c'est Tiger King.

La star du show, c'est bien sûr Joe Exotic. Coupe mulet digne des plus grandes années du Nord français, veste à franges, six coups en permanence passé à la ceinture, Joe est un sacré déconneur ; pensez-donc, Joe le rigolo n'hésite pas à tirer sur ses employés pour leur faire des blagues. Cette icône redneck gay a plus d'une corde à son arc, ou plus d'un barillet à son colt comme qu'ils disent par là-bas : gérant d'un zoo de plusieurs centaines de tigres, il est également chanteur country (et pas dégueu du tout en plus), magicien amateur, gestionnaire d'une web-tv et politicien à ses heures perdues. C'est bien foutu, n'empêche, plus on passe de temps avec lui, et plus on se prend de sympathie pour cet allumé, ses deux maris, ses employés (big dédicace au blond déchiré h24) alors que le mec c'est un danger public qui exploite hommes et animaux dans des conditions plus que précaires.

Mais le pire, c'est que justement, ce n'est pas le pire des impliqués dans l'affaire.

Ainsi, on croisera le chemin de Doc Baghavan Antle, gourou mystique du sexe et de la tigrerie ; je veux pas dire, mais le mec a quand même un quartier entier dédié à toutes les maisons de ses femmes, c'est dire si ça y va. Il y a aussi bien sûr Carol Baskin, l'ennemie jurée de notre cher Joe, une multimillionnaire vivant dans un manoir au mauvais goût inconcevable, dont l'argent lui est arrivée dans les mains d'une manière plus que douteuse, et qui sous couvert de sauver les animaux fait exactement ce qu'elle dénonce chez les autres. Ou encore Jeff Lowe, l'escroc libertin de Vegas, aussi connu comme l'homme qui avait un plan, et je ne vous dirai rien mais putain, quel plan.

Tous sont pourris. Tous sont complètement cramés. Et les voir interagir les uns les autres, se pousser mutuellement droit dans le mur, c'est fascinant. Des scènes hallucinantes s'enchaînent, entre ces personnages ubuesques s'établissent des connections débiles, et c'est si délirant que c'en est génial. Parfois, la réalité dépasse vraiment la fiction ; aucun auteur n'aurait pu penser à un carambolage pareil, sous peine de se faire huer parce que "C'est trop gros.".

Accident, attaques de fauves, amputations, trafic de drogues, mort, enterrement, mariage, rednecks, campagne présidentielle, secte sexuelle, capotes avec la gueule de Joe dessus, piercing "Prince Albert", gros flingues, affaires de meurtre, live-streams qui tournent mal, incendies, indics, fédéraux, party-bus rempli de bébés tigres ; tout est documenté, tout est montré, et tout cela n'a aucun sens.

On a un type qui rempli des réservoirs d'essence dans une cabane en bois clope au bec. On a un mec qui parle des couilles de son conjoint à son enterrement comme de ses "golden nuggets" devant sa belle-mère. On a un gars dont les pieds ont littéralement fondus parce qu'il marchait. On a un manager de Walmart qui devient directeur de campagne parce qu'il vendait des munitions. Chaque minute du docu pourrait être un film à elle toute seule.

C'est un safari en vespa au milieu des lions. C'est Dora l'exploratrice qui se met à braconner. C'est Amour, Gloire et Beauté au trailer-park ; c'est Tiger King.

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