Le Baron Noir à la Maison Blanche

Avis sur Baron Noir

Avatar ZArthur Xicho
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Très bonne surprise. Un succès en termes de jeu d'acteur, de scenario et de décor. Le Baron Noir dîne à la table de Kevin Spacey et Robin Wright (House of Cards).

Dress Code : Noir
La partie casting est le premier plaisir inattendu que nous offre M. Le Baron. Avec Kad Merad, certains avaient peur, craignaient qu'il ne reste dans le registre ch'ti. Mais dès le premier épisode la baraque à frite est vite oubliée, on est dans le dur, dans le froid, dans le drame. Le décor, l'ambiance et le duo Merad-Arestrup donne vite le ton : on est assis à la table des grands.

Placer les invités
Fan de House of Cards, j'imaginais bien Merad dans un registre à la Peter Russo, jeune politicien prometteur aux origines modestes partagé entre ses valeurs sincères et la froideur du monde politique. Il était parfait pour jouer cette partition, incarner cette dissonance. Son personnage, Philippe Rickwaert, député-maire de Dunkerque, a le cuir plus épais. Quand Russo semble porter un costume qui lui gratte la conscience, Rickwaert a digéré cette tension, il la maitrise, il s'en serre, il sait parfaitement jouer cette partition jusqu'à l'incarner, comme les meilleurs pianistes maitrisent leurs "fantaisies impromtues". Philippe Rickwaert ajoute au personnage de Russo une personnalité virile, ferme, sombre, cynique. Il porte son paradoxe aussi bien que son costume. La dualité est prégnante et c'est l'intérêt des intrigues politique : le dédoublement, thème largement abordés dans House of Cards. L'espion, le politique, la mise en abime du comédien, l'acteur qui joue l'acteur, un régale pour un citoyen-spectateur avachie sur son canapé, complice du mensonge...

L'art de la conversation
Le président socialiste, joué par un impérial Arestrup, surnomme notre "Baron Noir", Sganarelle : le célèbre personnage de Molière, l'homme du peuple, le coquin, qui a toujours un coup d'avance grâce à un "bon sens" autant populaire que diabolique. Comme il vient d'en bas il a la liberté de voir et de penser sans le filtre de la bienséance. Cet instinct, cette intuition, Merad la retranscrit parfaitement, il "sent" littéralement les gens, les coups, les situations. Le "bon sens" est ineffable. Lorsqu'il ne sent pas, il ouvre la bouche. On assiste alors à un concerto de tromperie et de mensonge. Notre Baron Noir, devient Franck Underwood (Kevin Spacey), malin, trompeur, tireur de ficelle. Mais le Français a cette nuance schyzophrène qui consiste à ce que le menteur donne l'impression de croire à son propre mensonge. Est-ce cela le génie de l'hypocrisie à la française ? Le Baron Noir n'a pas le cynisme froid d'Underwood, il reste hanté par un idéal humaniste, ce qui rend son mensonge encore plus grave à lire et délicieux à observer.

Le respect du Protocole
Il y a donc quelque chose de particulièrement dramatique et de théatral dans cette série. Elle se construit comme une pièce rythmée en 8 actes. Chaque épisode a une unité scénaristique. La notion de dénouement entre les épisodes est parfois mise de côté. Comme dans la lecture d'une pièce on est heureux d'avoir lu le premier acte sans ressentir le besoin de se plonger immédiatement dans le deuxième. Il y a une tension scénaristique propre à chaque épisodes (ep1 : Jupiter, ep2: 1932, ep3 : Solferino, ep4 : Bleu, ep5 : Grenelle). On gagne en crédibilité et en valeur. En Rickwaert : "c'est pas de la soupe mais du bon gros maroilles".
Au-delà du rythme, de l'intrigue, du suspens, on s'attache aussi à juger le sérieux, le crédible, le probable. Cela reste de la fiction, mais une fiction politique. Avec le Baron Noir, on est clairement dans l'emphase mais encore une fois c'est supérieur (ou inférieur) à "House of Cards". Les scénaristes s'autorisent moins de fantaisies que nos maîtres du grand large. Même si on doit faire des concessions avec le réel ou le réaliste, il y a une retenu très noble et appréciable, nos petites mains scénaristiques n'ont pas (trop) cédé à la tentation de faire un House of Cards à la française.

Les couverts en argent
Pour conclure cette critique, je mettrais un "Cocorico +1000" pour le décor et la photographie : les scènes dans le Palais de l'Elysée, à Solférino, à la mairie de Dunkerque, sur les plateaux de télévision, crédibilisent terriblement la série. De ce point de vue, pas ou peu de concession avec le réel. On est en pleine immersion et on rentre chez soit en s'attendant à voir Niels Arestrup (le Président Laugier) sur iTélé...

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