Amen, Hallelujah and Peanut Butter

Avis sur Black Lagoon

Avatar Dr_Stein
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Dire que j'ai eu avec l'anime au cœur de cette critique une longue et pérenne relation serait un mensonge. Oui, j'avais entendu à quelques occasions, assez rare d'ailleurs, parler de cet anime à la violence crue, plein de vilains mots et de gunfight mais personne n'avait jamais vraiment essayé de me le vendre à tout prix comme ça a pu être le cas avec d'autre "monuments" de la Japanimation.

Pas de critique dithyrambique ni de prosélyte au coin de ma rue, et c'est pour ça que jusqu’à il y a quelques jours Black Lagoon n'était à mes yeux que ça : Un anime tempétueux avec une réputation correcte et un personnage féminin un peu barré mais pas de quoi lui offrir une place privilégiée dans ma liste d'anime à rattraper.

J'avais même essayé de le commencer il y a quelques années en vf plus par défaut que par choix mais avait abandonné au second épisode lorsque l'appel du One Piece m'avait rappelé à mes priorités.

Bref, un peu comme un marchand de sable au milieu du désert Black Lagoon et moi étions partis pour nous ignorer encore quelques années par indolence alors qu'il y avait pourtant de bonne chance que l'on s'apprécie.

Et ce n'est finalement que récemment, à l'approche des fêtes de fin d'année, et contre les recommandations de mon psychiatre, que j'ai enfin saisi l'occasion de me plonger dans l'univers sauvage de cet anime.

Donc, 24 épisodes et 5 oav plus tard, où suis-je ?

Mentally where are you ?

Et bien... Comme dirait ce bon Kanye West : "I'm not sure..."

"Mais encore ?", me direz-vous, car ça c'est une réponse qui passe pour un meme mais ça risque de faire un peu léger pour une critique. Et vous auriez raison, alors on va arrêter de se chercher des excuses et plonger la tête la première dans l'eau noire du lagon.

D’ambler on peut reconnaître plusieurs bons points à cette adaptation de Black Lagoon.

Les ost collent bien à l'ambiance et sans pour autant être toute inoubliable elle retranscrive à merveille l'époque d'on s'inspire l'anime. De la techno de club au basses bien lourdes, des guitares déchaînées au son saturé, sans oublier quelques instruments atypiques et guitares sèches pour magnifier l'ambiance exotique et préserver la surprise. Tout est réuni pour te faire comprendre que les influences sont multiples et que le voyage s'annonce transpirant, plein de sensation forte mais pas sans sa pointe de mélancolie et de mystère sur lesquelles l'on aura l'occasion de revenir un peu plus tard.

J'ai parlé à l'instant d’influences diverses, alors je pense qu'il est de mon devoir d'enfoncer dès maintenant la porte ouverte :

Black Lagoon baigne dans la culture des années 80, 90, de Terminator, à Cleardance Clearwater Revival, que ce soit dans ces influences, filmiques, historiques ou musicale Black Lagoon appartient définitivement à un autre temps même si ses problématiques restent encore fortement d'actualité.

C'est presque comme si le manga débutait en 2002 semblait désespérément vouloir émuler dans tous ces états cette époque qu'il a manqué de peu avec un enthousiasme parfois presque effrayant...

Ou du moins c'est que l'on pourrait penser au premier abord mais en vérité ces gestes de la main, ces références sont faites plus par pur plaisir que par besoin de reconnaissance. On le remarque vite Black Lagoon ne se repose pas sur elle mais s'en sert habilement et de façon assez jouissive pour donner encore un peu plus de profondeur à son univers qui dès les premiers épisodes exprime une identité tout à fait singulière.

Vous l'aurez compris l'univers de Black Lagoon est très éclectique et même par bien des aspects fait preuve d'un exotisme fort dépaysant. Personnellement je ne me souviens pas la dernière fois qu'un anime m'ait promené dans les mangroves d'Asie du Sud Est.

Et au final ces excursions rarement légales en mer atlantique me resteront en mémoire comme des moments très agréable et étonnamment libérateur à voguer sur ce beau lagon qui se révèle par moments bien plus bleu qu'on voudrait nous le faire croire.

Bien sur là je vous fais miroiter des plages de sables blanc et des cocktails à l'ombre des cocotiers mais si vous prêtez un minimum attention à ce que je raconte depuis le début vous avez déjà surement deviné que le projet est pas vraiment d'ouvrir un stand à tapas.

Des morts il va y en avoir, BEAUCOUP, BEAUCOUP, BEAUCOUP de mort. Studio Madhouse oblige les affrontements ont une sacrées patate et quand ils ne transpirent pas la classe ils donnent l'impression de te pomper directement de l’adrénaline en intraveineuse !

Punchline de malade et rechargement de flingue avec les dents !
J'avais plus vu ça depuis Alucard !

Non vraiment même moi qui suis en général plus un aficionado des combats à mains nues ou à l'arme blanche cher à l'héroic fantasy j'ai du m'incliner.

L'arrivée de Roberta au Yellowflag Bar ou ensuite la course-poursuite jusqu'au port ou encore l'abordage du vaisseau Nazi... Il y en aurait trop à nommer.

D'ailleurs au passage, et sans trop vouloir spoilé, les derniers OAV, Roberta's Blood Trail se termine avec une poursuite aux visuels magnifiques dans une jungle bleuissante ou la tension atteint le plus haut pic d'intensité de toute la saga pour un résultat inoubliable.

Vous voilà prévenue. Je conseille un petit pack de lingette pour peau sensible, croyez-moi ça aide, odeur framboise mon gars fait moi confiance.

Pour ce qui est des personnages je vais me contenter de dire quelques mots sur Revy pour vous laisser le plaisir de découvrir par vous-mêmes le reste de la clique qui sont ceux dont on entend le moins parler mais qui croyez-moi mérite tout autant votre intérêt.

Donc, voyons voir... Revy, Revy, Revy...

Comment ne pas parler de Revy ne serait-ce qu'un peu étant donné qu'elle semble être à elle seule devenue l'image que se font beaucoup de gens de toute la saga.

Dire qu'elle est colérique serait lui manquer de respect, et son recours constant à la violence la rend hautement incontrôlable. Son aptitude au flingue, ses expressions faciales démoniaques et son caractère lunatique font de Revy une incomparable cinglé dans tous les sens du terme qui est en plus très sexy (ça c'est en général le genre de remarque qui passe pas la phase de relecture dugland).

Cependant à trop insister sur sa personnalité violente je risquerais de vous faire manquer les subtiles nuances qui font beaucoup pour l'unicité de notre formidable gunslinger girl.

Car si l'attitude de Revy incarne aussi bien l'esprit de Black Lagoon et que je viens de vanter le grand intérêt de son petit jardin secret vous vous doutez bien que cela vaut aussi pour notre principal intéressé.

Car Black Lagoon est au final un anime bien plus étrange que ce que l'on pourrait croire au premier au coup d’œil.

J'ai moi même mis un certain temps à m'en rendre compte ou plutôt à le ressentir.
Je crois que j'ai commencé à le ressentir donc, à partir de la fameuse scène du "baiser cigarette".

Assez tôt et tout du long en fait une certaine mélancolie va s'insinuer dans les événements de Black Lagoon.

Les choses ne sont pas toujours dites clairement en grande partie car Revy en dit plus à son sujet quand elle ne peut ou ne veut s'exprimer mais il n'empêche que c'est bien là, toujours présent en sous-marin, cette étrange lassitude que cachent de leur mieux tous ceux vivant dans les "ténèbres".

Et pourtant les indices de ce "double-visage" ne manquent pas. L'ending "Don't Look Behind" par exemple qui semble à première vue sortir de nulle part et qui prend tristement de plus en plus de sens à mesure que les tragédies se succèdent.

Revy le dit d'ailleurs elle-même à plusieurs reprises les résidents de Roanapur, les criminels et les trafiquants, les prostitués et les voleurs tous ces gens ne sont plus que des "morts-vivants".

Des individus qui ont fait de la violence une drogue pour oublier à quel point leur vie a été et est encore terriblement douloureuse.Un peu comme si chaque balle qu'ils tiraient tué un peu plus la pureté et l'innocence de ce monde. Comme si à chaque mort un ange était abattu éloignant encore un peu plus ces pauvres pêcheurs de la quiétude de jours heureux.

Le visuel des plumes d'ange que perçoit d'ailleurs Revy à quelques occasions apparaît alors d'autant plus symbolique.

Car au final si cette violence impitoyable qui semble caractérisée si bien Black Lagoon a tant marqué les gens ce n'est pas plus parce qu'elle se présente comme un contexte que comme une sorte de malédiction, un démon vicieux qui prendrait un malin plaisir à corrompre même les choses en apparence les plus pures et sacrer, église, enfant, valeurs...

Dans ce contexte le visuel du Bouddha aux yeux défoncé, gardien du port de Roanapur a lui aussi un sens on ne peut plus explicite :

Dans un monde où Dieu est aveugle la rédemption est impossible et chaque pêcheur est de ce fait condamné à errer dans les ténèbres pour toujours.

Et là où certaines œuvres à l'univers assez cru ont parfois tendance a jeter quelques bouées de sauvetage à la mer, quelques valeurs sacrées, comme l'honneur ou l’amitié auxquelles s’astreignent les personnages afin de s’élever moralement au-dessus du chaos Black Lagoon lui suinte le cambouis et le sang du début à la fin de son histoire.

Même les rares élans d'empathie dans ce monde de coupe gorge, dont Rock est souvent le déclencheur, ces moments que Black Lagoon aurait pu m’être en exergue comme des lueurs d'espoir s'il avait voulu atténuer son propos ne rappelle en général que d'une façon encore plus tordue que ceux qui se sont un jour salie le reste jusqu’à leur mort.

Et je trouve qu'il y a quelque chose de profondément troublant, voire dérangeant dans le fait de voir tous ces individus se jeter vers la mort comme on jetterait un matin un vieux souvenir car il a à nos yeux perdus ce qui le rendait spécial.

J'en suis le premier étonné mais tout ça sur le long terme a fini par réellement peser sur mon morale. Pourtant je pense pouvoir affirmer sans me vanter avoir la peau assez épaisse mais là, rien à faire, certains moments sont justes...Trop sales (le final de l'arc des jumeaux en première place, suivit de près par les OAV).

Plusieurs fois je me suis surpris à secouer la tête en désapprobation ou à grimacer d’appréhension à l'approche d'une énième tragédie qui semble celons les thématiques de l'oeuvre inéluctable mais pire encore vouées à se répéter.

Bien que pour être tout à fait honnête la fin de Roberta's Blood Trail apporte une légère correction à cette vision du monde.

Mais bon vous comprenez maintenant pourquoi j'ai fait des claquettes durant la première partie de cette critique, c'était parce que j'étais persuadé que la fin ne serait vraiment pas jouasse.

Du coup désolé mais à ce stade j'ai plus vraiment de blague dans ma besace alors si vous le voulez bien on va sobrement conclure cette critique.

CLIMAX :

Plus le temps passe et plus je me rends compte que mon désir de critiquer un anime qui me tient à cœur va souvent de pair avec un besoin on ne peut plus naturel à savoir celui de vouloir tourner la page, rendre un dernier hommage, bref saluer de la main le bateau alors qu'il quitte le port pour la dernière fois.

Mais dans le cas de Black Lagoon la chose est d'autant plus ardue que son final n'apporte peu voir pas de réconfort ou de nouvelle perspective d'avenir pour ces personnages qui malgré leur défaut (si tant est qu'être un tueur puisse encore être considéré comme un défaut) me sont devenues attachants.

Pas que cette conclusion me déplaise, bien au contraire, mais elle est ce qu'elle est et ne laisse pas vraiment de place aux réjouissances.

Et je dois bien le reconnaître Black Lagoon m'a pris par surprise avec sa mélancolie lancinante
et son "double langage" qui tend singulièrement vers le poétique.

Une spécificité bien à lui qui quoi que j'en ai dit et que je puisse en dire participe à faire de ce dernier l'oeuvre unique à laquelle j'ai décidé de dédier cette critique.

Alors cette joyeuse bande de détraqué, ainsi que tous leur compère, vont continuer à flirter avec les "ténèbres" en espérant, peut-être secrètement, trouver un jour leur chemin jusqu'au monde de minuit, là où il sont déjà nombreux à avoir enfermé ce qu'il n'avait plus le droit d'être, là où il pourront enfin, peut-être, trouver la paix intérieure.

Il ne nous reste donc plus qu'à nous agenouiller, les mains jointes, le cœur serré, et à prononcer la formule sacrée qui leur sera sans aucun doute salutaire :

Amen hallelujah and peanut butter.

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