We need to talk about Danny

Avis sur Bloodline

Avatar Ludoo
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C'est embêtant, j'aimerais beaucoup aimer la série. Il faut dire que l'emballage de celle-ci est une franche réussite : photographie, bande-son (utilisée avec parcimonie, juste ce qu'il faut quand il faut), ambiance ; la série sent l'été, rugueux, caniculaire, l'insomnie, les longues nuits estivales et autres conversations nocturnes, la sueur, l'obscurité, le silence. Un univers visuel et sensoriel crépusculaire intéressant et joliment dépeint.
Comme prévu, l'ensemble du casting est impeccable, en particulier le trio Kyle Chandler (qui excelle toujours dans les scènes de dispute et brille en fin de saison) - Ben Mendelsohn - Linda Cardellini.

On ne peut pas en dire autant du matériau qui leur est proposé. La saison est trop emplie de scènes d'exposition grossières visant à montrer la menace que représente Danny ; certes, on peut saluer la façon dont les auteurs distillent progressivement les tensions sous-jacentes sans l'aide de violence ou de menaces véritablement explicites, mais les scènes dans lesquelles Danny se retrouve seul avec quelqu'un, le menace plus ou moins implicitement et part sont bien trop nombreuses et caricaturales. J'ai pu avoir du mal à comprendre les motivations des personnages, notamment de Danny, malgré les efforts indéniables des scénaristes.

C'est là le problème des flashforwards : en montrant dès le départ l'issue choquante de la saison, les scénaristes se contraignent eux-même à passer la saison à justifier ce choix, quitte à manquer de finesse dans le déroulement. Les flashforwards sont d'ailleurs désespérément clichés : le futur doit forcément être noir, pluvieux, apocalyptique (…) ; « How to get away with murder » a fait exactement la même chose cette saison. La série ne va jamais suffisamment loin pour être véritablement anxiogène, même si la fin de l'épisode 11 – le climax de la saison – ne déçoit pas.

Il me semble que la série ne peut se poursuivre que d'une seule façon : en tant que tragédie sur le mode de l'effet papillon à la The Shield : après avoir (correctement) exposé les causes, il va s'agir de traiter les conséquences. Pour cela, il est nécessaire que les auteurs abandonnent les flashforwards, bien trop artificiels ; mais, au regard de ce qu'a été Damages, j'ai du mal à les imaginer sortir de ce système...

Il va en tout cas falloir éviter deux excès symétriquement inverses : l'accumulation excessive de conséquences (Oz voire The Shield à certains moments) ; l'apathie scénaristique et l'absence de conséquences (Dexter...).

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