Parrain plage

Avis sur Boardwalk Empire

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Saison 1 :

Une série travaillée par Scorsese, ça s'essaie. Par curiosité, par envie de voir comment il se démerde sur la longueur. Comme il retourne en quelque sorte chez des affranchis d'un gang of Atlantic City, il marche en terrain connu. Nulle surprise de ce côté là, il maitrise. Peut-être que sur la distance, la série s'essouffle-t-elle un peu? Le grand avantage de la série, comme la plupart du temps sur ce format, c'est que les personnages ont le temps d'apprivoiser leur spectateur, mais justement, sans doute aurions-nous préféré un peu plus de tonus, de caractère et surtout de surprise. Quelques ultimes virages pris par certains personnages à la fin annoncent du charivari pour la saison 2.

Dans l'ensemble, cette saison est bien foutue : notamment la mise en scène impeccable, qui sans toutefois renverser les montagnes force le respect. Certaines séquences font preuve d'inventivité, dégagent une assurance véritablement confortable pour la lecture de l'histoire. Très agréable, le déroulement de la saison dénote un bel équilibre entre humour, tragédie et suspense.

Encore une fois la distribution fait beaucoup à la qualité supérieure de la série. Certains comédiens sont des découvertes pour moi. Dans tous les sens du terme.

Stephen Graham par exemple n'était jusque là qu'une bouille plus ou moins familière. Il se révèle fin. Je ne connaissais pas du tout Shea Whigham. Ils me font très belle impression. De même pour Michael Stuhlbarg, glaçant, formidable. Je n'aimais pas beaucoup Michael Pitt et je lui ai trouvé une épaisseur, une consistance que je n'attendais pas, belle surprise. Michael Shannon, je le découvre coup sur coup, sur cette série et dans Mud de Nichols. Tout cela demande confirmation, mais ce personnage de malade mental est pour le moins saisissant. Cette composition est percutante à souhait. J'ai mis quelques temps à reconnaitre Kelly Macdonald, que j'avais vue notamment dans "No country for old men" et dans le Tavernier américain. J'aime bien son jeu vacillant entre fragilité et affirmation féministe. J'ai été enfin ravi de retrouver Dabney Coleman ainsi que Michael Kenneth Williams, deux comédiens que j'aime particulièrement ici comme ailleurs. Je rencontre Gretchen Mol et Aleksa Palladino, deux actrices dont les visages me disent bien quelque chose, mais ce n'est qu'un murmure qui ne réveille pas ma mémoire. Dorénavant, je m'en souviendrais. Intéressantes. Et bien entendu pour finir Steve Buscemi dans un rôle complet, permettant de mesurer l'étendue de ses talents. Délicieux par sa justesse, aussi bien que surprenant par son "coffre", cette capacité à amener son personnage vers des tessitures plus graves, voilà un acteur costaud. Chapeau.

Bref, le casting royal impressionne. Bien dirigé, il donne envie de voir la suite.

Saison 2:

Chose rare : ma femme et moi ne partageons pas le même ressenti pour cette série. Elle n'avait pas beaucoup aimé la 1ère saison et a bien voulu essayer la 2ème. Elle reste encore une fois en marge de l'histoire, insensible, ne réussissant pas à appréhender la psychologie des personnages.

Je ne suis pas sûr moi même d'en être véritablement capable, justement parce que la série joue sur les faux semblants, la manipulation des apparences et cela ne m'a pas dérangé. Si je ne suis pas fou des personnages, j'ai la curiosité un brin titillée par leurs évolutions et l'enchaînement des situations.

Sur cette saison 2, la relation entre Nucky (Steve Buscemi) et Margret (Kelly Macdonald) prend du volume de manière plutôt inattendue. Le virage bigot de Margret lasse assez rapidement, d'autant qu'il est excessif, compte tenu de son passé, mais il est peut-être nécessaire pour asticoter leur couple somme toute aberrant. Que fait Nucky avec Margret, et vice-versa ?

J'ai eu un mal fou à me rappeler les raisons qui poussent Darmody (Michael Pitt) à entamer cette guerre parricide contre Nucky. Le personnage n'était pas des plus frais de la série (y en a-t-il d'ailleurs ?), mais ses ténèbres s'obscurcissent en même temps qu'on comprend mieux son malaise perpétuel en en apprenant davantage sur ses rapports avec sa mère (Gretchen Mol). C'est vrai que ces deux-là ne sont pas non plus très intéressants.

Il y a deux ou trois personnages que j'ai eu plaisir à revoir, attachants, pittoresques, superbement interprétés.

D'abord Richard, la gueule cassée est tenu par un remarquable (Jack Huston). Il est sans doute l'un des seuls qui réussit à dégager une grande émotion.

Angela (Aleksa Palladino) elle aussi est attachante. Son existence difficile avait déjà fait l'objet d'une attention plus accentuée lors de la saison 1, mais elle a encore quelques scènes dans la 2.

Et puis, j'ai toujours plaisir à retrouver Michael Kenneth Williams. Il a un ou deux très beaux moments cette saison pour vraiment briller.

Trois ou quatre acteurs épatants : voilà ce qui me retient essentiellement sur cette série. La fin de cette saison 2 ne m'invite guère à poursuivre vers la 3ème saison. C'était aussi ce que je me disais à la fin de la 1ère saison et pourtant j'y suis revenu.

La très belle reconstitution historique, l'espèce de capharnaüm que constitue toute cette engeance, tellement bigarrée, si flamboyante font tout de même partie sans doute des éléments qui construisent un récit fort séduisant. Les grandes épopées familiales ou mafieuses sont captivantes ; elles imposent un panorama tentaculaire de liens entre les personnages où les actions de l'un entrent en résonance avec l'existence de presque tous les autres. Atlantic City devient une petite ville.

Mais je sais bien que cela ne suffit pas, loin de là, à faire un chef-d'œuvre. La saison 2 de BWE ne place pas la série parmi les grandes séries contemporaines, selon moi. Me connaissant, je pense que je tenterai la saison 3 par curiosité, mais seul, comme une vieille chaussette pourrie oubliée dans le panier à linge sale.

http://alligatographe.blogspot.fr/2015/05/boardwalk-empire-season-saison-2.html

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