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Walter White. Il enseigne la chimie à des élèves qui ne sont pas intéressés, et pour subvenir à ses besoins doit en prime travailler en plus dans une station de lavage. Surqualifié, il aurait pu à la place être à la tête d’une entreprise qui marche. Son fils est handicapé et subit les moqueries des autres enfants. Autant dire que sa vie n’a rien de parfaite, et voilà qu’un nouveau fardeau vient s’ajouter : il se découvre atteint d’un cancer avec peu de chances de survie. Grâce à son beau-frère Hank, il réalise que la fabrication de drogues, largement dans ses cordes, peut rapporter énormément d’argent et mettre sa famille à l’abri du besoin. A l’annonce de la maladie, un déblocage s’est en effet opéré en lui. Walter qui avait toujours subi sa vie en silence sans faire de vagues, y voit l’opportunité de reprendre le contrôle, de prendre sa revanche sur la société, sur ceux qui l’ont pris de haut, et de se faire un nom. Jusqu’où peut-on aller dans l’illégalité pour faire ce que l’on estime juste? Ce qui est illégale est-il toujours immoral ? Il va s’avérer que Walter n’est pas le seul à transgresser à loi pour des causes nobles. Dans une période de crise, d’autres sont ainsi tentés.
Il s’associe avec un de ses anciens élèves qui fabrique de la méthamphétamine, Jessie Pikman, pour s’imposer sur le marché. Mais c’est un monde dangereux, et ils vont se heurter aux cartels de drogues, aux dealers violents, aux tueurs professionnels et aux organisations criminelles. Walter devient Heisenberg, dealer de génie, capable de produire la drogue la plus pure qui existe. A l’amateurisme des débuts succèdent des coups audacieux et impeccablement mené grâce à l’intelligence froide et méthodique de Heiseinberg : supprimer des corps avec des dissolvants (pas dans une baignoire attention !), empoisonnement par de la ricine, poison facilement synthétisé, mitrailleuse automatique, casse par une poudre très corrosif, ou encore destruction de preuves par un puissant champ magnétique !

Mais ce qui part à l’origine d’une ambition noble, subvenir aux besoins de sa famille, va finir par trahir des motivations plus personnelles chez lui, moins honorable. Le réservé et inoffensif Walter White dévoile un tout autre aspect de sa personnalité, fier, ambitieux, ne reculant devant rien, dangereux même. Mais trop orgueilleux, voulant à tout prix être craint et respecté, il prend parfois de mauvaises décisions, frôlant le danger et causant du tort à son entourage. C’est là où résident toute l’ambigüité et l’intérêt du personnage, véritable antihéros. Il n’hésite pas à manipuler les gens, quitte à leur porter atteinte pour servir ses objectifs. Pourtant, il n’hésite pas à mettre sa vie en danger et sacrifier le fruit de son travail pour sauver leurs vies. Compréhensif lorsqu’il s’agit des intérêts de sa famille, complètement impardonnable lorsqu’il s’agit de satisfaire ses propres ambitions. Ses actes deviennent ainsi de moins en moins justifiés au fur et à mesure qu’il s’enfonce de plus en plus loin dans la criminalité, n’hésitant plus à recourir au meurtre. La saison 5 le relève ainsi en véritable criminel, organisant froidement des assassinats, préparant méticuleusement des opérations clandestines, s’imposant face à d’autres barons du crime.
Mais là encore il refuse d’éliminer ses anciens proches lorsqu’ils constituent une menace, conservant ainsi une part d’humanité qui nous permet encore d’aimer le personnage. Même Jessie Pikman, pourtant criminel avant lui, apparaît souvent plus humain et plus moral. Plus encore que Dexter, où sa droiture était garantie par le code, Walter est nettement plus ambigu, s’enfonçant de plus en plus loin dans un voyage sans retour dans le crime. Walter n’est pas un monstre, mais plutôt que de se laisser envahir par les remords, il préfère donner des justifications à ses actes et se déculpabiliser. Mais ses justifications finissent par ne plus tenir, alors qu’il devient évident qu’il agit avant tout pour lui, parce qu’il aime ce qu’il fait, et que ses actes censés aider sa famille, finissent par la retourner contre lui, ainsi que tous ses proches. Il s’accroche pourtant, jusqu’au point de rupture.

Les autres personnages ne sont pas en reste. Que ce soit sa femme Skyler, forte, compatissante et intelligente, qui essaie de choisir ce qui est le mieux pour sa famille. Walter s’attendait à mourir prochainement et n’avait pas prévu d’avoir un sursis, le confrontant au jugement de sa femme. Skyler est alors partagée entre son amour pour lui, la possibilité d’être à l’abri du besoin, et ses craintes pour la sécurité de la famille, ainsi que la culpabilité à transgresser la loi.
Jessie Pikman, qui tente de trouver sa voie, coincé entre le parcours criminel qui s’impose à lui comme seul choix possible, rejeté par ses parents et dans le besoin, souvent en conflit avec sa conscience et son incapacité à supporter les actes criminels que nécessite ce milieu. Walter et Jessie, le professeur sérieux et l’élève indiscipliné, se disputent fréquemment. Malgré leurs différences, une affection va pourtant naître entre eux, jusqu’à se sauver la vie mutuellement. Les événements vont tour à tour les rapprocher et les diviser. Jusqu’à ce que Jessie se rende compte de la véritable nature de son associé. Une rupture définitive, que rend d’autant plus tragique leur relation passée.
Enfin Hank, le beau-frère membre de la brigade des stups, qui cache ses faiblesses et ses peurs derrière une apparence de dur à cuir. Il devient obsédé par Heiseinberg et en fait une affaire personnelle, plus que déterminé à le coincer. Directement touché par les agissements de Walter, étant loin de se douter de ce qu’il est devenu, il s’efforce de se comporter en proche et ami, malgré leur caractère (de façade) opposé.
En développant ces personnages, en permettant que l’on s’attache à eux, on finit par ne plus supporter les agissements de Walter lorsqu’ils en sont affectés. Comme eux, on en vient à souhaiter qu’il soit arrêté, malgré l’affection que l’on lui porte.

Si « Breaking Bad » affiche parfois des lenteurs excessives (surtout les saisons 1 et 2), cela fait partie de la recette de la série et non de maladresses (comme pour Dexter…). Un rythme qui permet de bien connaître et de s’attacher aux personnages, aspect qui prendra tout son sens avec les événements qui vont suivre. Mais la plupart du temps et surtout par la série, la série affiche un suspens haletant, avec de multiples rebondissements. Des plans contemplatifs, le désert du Nouveau-Mexique, ses terres sans horizon survolés par de rares nuages, occupant souvent l’arrière-plan. Et surtout des scènes de grande intensité, grâce à des plans recherchés : Jessie et Walter tentant d’empoissonner Tuco, le vol d’un train à l’arrêt, la confrontation entre Walter et Hank, les disputes violentes avec sa femme, la fusillade par les néonazis, le premier meurtre de Jessie, les deux tueurs jumeaux, et j’en passe. La deuxième partie de la dernière saison, diffusée après une longue pause, contient sans aucun doute les meilleurs épisodes (surtout l’épisode 14, après la fusillade !), des scènes d’une intensité rarement vue, que ce soit au cinéma ou dans une série. Un sans faute jusqu’au final, l’histoire de Walter White alias Heinseinberg s’achevant dans un dernier coup d’éclat.
Inoubliable Hal, père déluré de Malcom, l’acteur réalise une performance impeccable dans ce rôle à contre-emploi, donnant lieu à des répliques mémorables. « Je ne suis pas en danger, c’est moi le danger !», « Dégagez de mon territoire », « Dîtes mon nom ».

Rare sont les séries à conserver la même qualité et se finissant au bon moment, le tout formant un ensemble cohérent du début à la fin, une histoire maîtrisée de bout en bout. « Breaking bad » c’est le genre de séries de série telle qu’il n’en existe que deux ou trois par décennies, de celles qui marquent leur époque, de celles que l’on aimerait voir plus souvent.
Enlak
10
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