Growth. Decay. Transformation.

Avis sur Breaking Bad

Avatar YellowStone
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Je considère Breaking Bad comme la toute meilleure série que j'ai pu voir, ni plus ni moins. Elle occupe donc logiquement la première place de mon Top 10, et mérite bien que je lui consacre le temps de la rédaction d'une petite critique.

Quand j'ai entendu parler de Breaking Bad pour la première fois, on me l'a présentée comme "un genre de Weeds, avec le gars qui faisait le père dans Malcolm". Ah ben oui, dit comme ça, c'est sûr que c'est pas hyper bandant ! Mais bon, un jour un pote m'a proposé de me montrer l'épisode pilote, et là ça a été le coup de foudre !

Tout est parfait dans Breaking Bad.

Le scénario est parfait.
Voir la transformation aussi lente que certaine du pathétique Walter White en un personnage plus détestable que Tony Montana est extrêmement plaisante. Le soin apporté au scénario est incroyablement méticuleux. Chaque personnage possède une vraie psychologie, très développée et très cohérente tout au long de la série. Rien n'arrive jamais au hasard, et toute action, si minime qu'elle soit, a toujours ses conséquences, même si c'est quatre saisons plus tard.
Le suspense est très bien dosé, le passage du rire aux larmes, de l'action au calme, également. La série ne repose pas trop sur des cliffhangers, et sait utiliser des structures non linéaires, mais jamais de manière fortuite. De façon générale, Breaking Bad est un modèle de cohérence : à chaque fois qu'un petit détail n'est pas expliqué, ou que quelque chose ne semble pas logique, on peut être sûr à 100% que les auteurs vont y revenir, et que tout va parfaitement se goupiller au final.

Les acteurs sont parfaits.
Alors là, il n'y a rien à jeter. Bryan Cranston est impressionnant. Au préalable je ne connaissais de lui que Hal, le père totalement immature de Malcolm. Eh bien Walter White me l'a fait oublier en à peu près 45 secondes de visionnage du pilote. L'évolution qu'il a su insuffler à son personnage est tout simplement exemplaire, et on ne peut que se réjouir du fait que Cranston a l'air de plus en plus présent sur le grand écran dernièrement.
Aaron Paul, le second rôle principal, est lui aussi très bon dans le rôle de ce grand benêt au grand cœur. Il parait que son personnage devait initialement mourir sous les coups de Tuco à la fin de la saison 1, mais Gilligan était tellement impressionné par sa performance qu'il a changé d'avis. Et heureusement !
Dean Norris joue un flic. Dean Norris a toujours joué un flic, dans un nombre incalculable de films et de séries. Mais avec Breaking Bad, il a pour la première fois l'occasion d'explorer en profondeur ce personnage, et il le fait divinement bien. Hormis Walt et Jesse, Hank est le personnage qui a le plus évolué depuis le début de la série, et le préféré de nombreux fans.
Pour le reste, c'est aussi du tout bon : Anna Gunn campe une Skyler qu'on adore détester, Giancarlo Esposito et Jonathan Banks font tout dans la douceur et la demi-mesure (contrairement à leurs personnages respectifs...), Bob Odenkirk est drôle, et tape finalement beaucoup moins sur le système que ce que j'ai craint au début (il a quand même certaines des répliques les plus drôles de la série).

La réalisation est parfaite.
Pour une fois qu'une série apporte un vrai soin, et par conséquent une vraie identité, à sa réalisation, ça fait plaisir ! La caméra n'hésite pas à prendre son temps, à filmer des détails, des scènes entières sans aucun être humain. Pour une série, c'est plutôt rare et mérite d'être souligné. Les plans "embarqués", avec la caméra posée sur un objet mobile (flingue, pelle, aspirateur) sont très audacieux et, même si on a un peu frôlé l'excès dans la saison 4, les auteurs sont bien retombés sur leurs pieds. Le travail sur les décors, les cadrages, la lumière sont aussi très minutieux, et absolument rien n'est laissé au hasard... sauf quand un nuage passe au dessus des personnages, pour un coup de bol incroyable !
Le montage est également très bien foutu, sachant alterner la tension avec les scènes plus relâchées, sans longueurs inutiles, et en créant un rythme qui a souvent tendance à te faire te ronger les ongles pendant le visionnage d'un nouvel épisode.

L'ambiance est parfaite.
Tantôt drame, tantôt thriller, tantôt action, tantôt western, tantôt gangster, tantôt comédie... Je pourrais continuer, mais vous avez compris : il y en a vraiment pour tous les goûts dans Breaking Bad. Un effet assez récurrent de la série est l'utilisation de personnages hyper réalistes qu'on s'amuse à placer dans des situations complètement surréalistes (Emilio dans la baignoire, les cousins, Two-Face Gus), et ça fait à chaque fois mouche (référence volontaire). Il y a aussi beaucoup de moments vraiment "badass" (pour ne citer que mon préféré : "Stay out of my territory!"), qui pimentent la série et alternent avec des moments riches en émotions, poignants, et très bien écrits (Peekaboo, la mort de Jane).
La tension est très souvent palpable, et les moments où on se dit "Holy shit! Cette fois ça y est !" sont très nombreux. Mieux : les scènes mélangeant la tension et l'humour sont fréquentes et très efficaces (Jesse qui dine chez les White !).

La musique est parfaite.
Là je vais pas m'étendre sur 20 lignes, je dirai juste ceci : la diversité, l'originalité, l'imprévisibilité et l'efficacité des musiques (celles composées par Marc Porter, mais aussi et surtout celles importées d'ailleurs) sont tout bonnement hallucinantes. Allez je ne peux pas résister au plaisir de vous citer quelques exemples : Tamacun, Windy, DLZ, The Peanut Vendor, 1977, Baby Blue... À vous bien sûr de retrouver les scènes et les artistes associés !

Les thèmes et la manière dont ils sont abordés sont parfaits.
Growth, decay, transformation. L'évolution subtile de Walter depuis le début de la série est très intelligemment amenée. Vince Gilligan a été assez malin pour nous présenter Walt comme un bon gros loser quinqua un peu sympathique, et lui et Jesse formaient deux personnages tout à fait charismatiques dans les premières saisons. Là où Vince est très fort, c'est que ce bon vieux Waltounet s'est peu à peu transformé en monstre. Même si on le savait (c'est quand même le sujet de la série), sa transformation a été tellement lente et subtile qu'on n'a rien vu venir, et on se retrouve avec une série dont le personnage principal est un gros enfoiré sadique, cupide et égocentrique au possible, mais qu'on ne peut pas s'empêcher d'aimer. J'ai lu à de nombreuses reprises des gens qui distinguaient Walter White et Heisenberg comme deux personnalités distinctes, avec le point de transformation le plus souvent admis étant la fin de Crawl Space. Je ne suis pas du tout d'accord avec cette vision des choses. D'abord parce que ça n'a aucun sens : Walt n'a pas de troubles de la personnalité, il n'est qu'un seule personne ; mais aussi et surtout parce que ce n'est pas ce que nous montre la série. Walt, sous ses apparences de monsieur tout-le-monde, a toujours eu en lui le potentiel de devenir ce qu'il a toujours été : un salopard. Et à travers Walt, c'est tous les spectateurs qui sont amenés à se poser la question de la part d'ombre qui sommeille en nous : comment aurais-je réagi dans la même situation que Walt ? Finalement, peut-être vaut-il mieux ne pas le savoir...
Le plus beau dans tout ça, c'est que, jusqu'à la toute fin, Walt ne sait même pas qu'il est devenu un monstre. Bien sûr, il y a des passages type "I'm the one who knocks." qui montrent bien qu'il est conscient de son pouvoir et qu'il en apprécie les implications, mais il continue à se voiler la face en affirmant qu'il fait tout ça pour sa famille, alors qu'il a dépassé ce point depuis bien longtemps. Là encore, ça renvoie au spectateur : et si j'étais déjà le monstre que j'ai le potentiel de devenir ? Là encore, on va préférer l'ignorance...
Et puis il y a bien sûr la thématique de l'argent, du rapport qu'on a avec lui, et par la même occasion la grosse critique du système économique actuel et du système de santé américain. Si la sécu existait aux États-Unis, Walt n'aurait jamais eu besoin de cuisiner de la méthamphétamine. Si Walt n'avait pas eu à se contenter d'un boulot de prof de seconde zone, il n'aurait jamais eu besoin de cuisiner de la méthamphétamine. Si le boulot de prof payait décemment, Walt n'aurait jamais eu besoin de cuisiner de la méthamphétamine. Si les soins et les études pour ses enfants ne coutaient pas si cher, Walt n'aurait jamais eu besoin de cuisiner de la méthamphétamine. Et cætera, et cætera... Ce qui est fort ici, c'est que ces questions ne sont jamais exprimées dans la série. Tout est très fortement sous-entendu, mais c'est au spectateur de se poser ces questions. Mais bien sûr c'est Breaking Bad, et Walt va rapidement dépasser toutes ces considérations, sortir de son statut de victime aux yeux du spectateur, pour devenir un magnat de l'Empire business, retournant le système contre lui-même, à sa manière.

La fin est parfaite.
Voilà. C'est terminé. Avant la saison 5B, j'espérais pouvoir ajouter ce paragraphe et, même si j'avais confiance en Gilligan qui n'avait jamais déçu, une petite partie de moi redoutait quand même de voir cette série gâchée par une fin bâclée ou décevante. Évidemment ça n'a pas été le cas, et Breaking Bad vient se ranger aux côtés de The Shield ou Six Feet Under dans la catégorie des séries avec les meilleures fins.
Depuis le début, on savait que ça ne finirait pas bien. On savait que Hank finirait par démasquer son beau-frère, que Jesse et Walt se retrouveraient l'un contre l'autre, qu'il y aurait du sang et des larmes... Eh bien on a effectivement eu tout ça et bien plus, chaque épisode étant plus intense en puissance et en émotion que le précédent, pour une conclusion en apothéose.
Saluons la narration exemplaire, la direction artistique sans failles, le rythme haletant, l'émotion palpable, l'écriture et la mise en scène toujours aussi inspirées, le jeu d'acteurs atteignant des sommets, la continuité irréprochable, la tension à son maximum, la musique toujours au top. Tous ces éléments qui étaient devenus la marque de fabrique de cette série d'exception ont été mis en valeur et utilisés avec brio jusqu'à la dernière image de la série, conclusion d'un très long voyage.
Pendant 5 ans, j'ai suivi Breaking Bad semaine après semaine, patiemment, attendant avec ferveur le prochain épisode. Aujourd'hui c'est terminé. Plus jamais cette attente ; plus jamais cette délectation de découvrir un nouvel épisode ; plus jamais les ongles rongés, les yeux écarquillés... Et pourtant pas de regrets. Gilligan a réussi, avec sa conclusion, à combler toutes les attentes des spectateurs. L'histoire est vraiment terminée. Il n'y a plus rien à raconter, tout a été dit. Walter White est allé jusqu'au bout de son voyage, de sa transformation, et il est parti non pas heureux, mais satisfait. Jesse Pinkman a touché le fond du fond, et il ne pourra désormais que rebondir. Laissons donc ces personnages tragiques et plus vrais que nature à leur destin, et remercions Vince Gilligan d'avoir tenu toutes les promesses, d'avoir répondu à toutes les attentes, d'avoir réalisé tous les rêves.

Breaking Bad is Freaking Rad.

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