Le daron de la drogue

Avis sur Breaking Bad

Avatar Fry3000
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En dépit de tout le bien que je lisais ou entendais de toutes parts sur la série, c’est suite à la lecture, il y a presque deux ans, de la fameuse lettre totalement élogieuse d’Anthony Hopkins envoyée à Bryan Cranston, que j’ai décidé de redonner une chance à Breaking bad.
Il y a 4 ans, j’avais regardé jusqu’à l’épisode 6 de la saison 2, et j’en avais eu marre.
Là, je viens de m’arrêter à nouveau, en tenant jusqu’au premier tiers de l’épisode 5 de la saison 3. Et on aura beau me dire de persister, je pense qu’arrivé à ce point-là, si je n’aime toujours pas la série, c’est trop tard pour moi, je ne vois pas trop comment je vais pouvoir avoir par la suite un déclic qui me fera soudain voir cette série comme aussi géniale que tout le monde le pense.

J’ai trouvé des qualités à la série, principalement par rapport à sa mise en scène, il y a quelques idées scénaristiques que j’ai aimé, mais je ne tiens pas à m’attarder là-dessus, parce que je pense que vu la popularité de Breaking bad, d’autres en ont sûrement parlé mieux que moi dans des critiques assurément plus élogieuses. Je veux me concentrer sur ce qui fait la particularité de mon point de vue par rapport à l’opinion générale : ce que je n’ai pas aimé dans Breaking bad.

Lorsque j'ai débuté cette série, j'en regardais encore très peu, je me concentrais essentiellement sur les films. Puisque je passais d’un medium où l’on raconte une histoire en 1h30-2h à un autre qui s’étend sur plusieurs saisons, avec des épisodes durant 45mn chacun, je m’attendais, en échange de ce "sacrifice" que je faisais, que le temps soit bien investi, que les épisodes soient denses, et donc que leur durée soit justifiée.
Autant dire que Breaking bad n’était pas la série idéale pour ça.
C’est ça mon principal problème avec la série : c’est lent ! Si j’en suis arrivé aussi loin, c’est parce qu’on me disait que ça s’améliorait au fil des saisons, alors j’attendais un changement, qui n’est jamais venu.
La saison 1 met du temps à progresser, Walt ne se met à distribuer sa drogue qu’à la toute fin de la saison, mais je restais encore indulgent. Mais la série reste toujours aussi lente.
Pour moi Breaking bad ne gère pas bien la durée de ses épisodes, ni la répartition des évènements au sein d’une saison. Il y a des épisodes où il ne se passe pratiquement rien, par exemple l’épisode de la saison 2 où tout ce qu’on voit de Jesse, c’est sa copine qui ne veut pas le présenter à son père, puis finit par s’excuser. Tandis que Walter refait les fondations de sa maison, une sous-intrigue dont la seule fonction est de montrer le léger agacement qu’il provoque chez sa femme Skyler (chose qui est montrée de bien d’autres façons dans pleins d’épisodes). 45mn et on doit se contenter de ça.
Et soudain, tout peut s’accélérer en un seul épisode, comme le 7ème de la saison 2, dans lequel on nous apprend par le biais d’une chanson de mariachis (une idée WTF mais sympa) que la drogue a passé la frontière mexicaine, Skyler reprend son ancien boulot, Hank se retrouve à El Paso, et Jesse couche avec sa propriétaire (ce qui est amené n’importe comment… ils s’ennuient devant la TV).
Et après ça, on en revient aux épisodes à la mollesse habituelle.
Dans la saison 2, probablement conscients de cette lenteur, les scénaristes nous on fait miroiter dès l’épisode 1 l’arrivée d’un bouleversement majeur, par le biais d’extraits du dernier épisode, or il n’en est rien. Une grosse arnarque. C’est comme une carotte qui nous était tendue au bout d’un bâton, pour inciter à continuer d’avancer. Mais une carotte qui s’avère être pourrie de l’intérieur.

Je pense que toutes les idées d’une saison auraient pu être condensées dans un nombre moindre d’épisodes qui auraient été plus intenses. J’ai pensé à certains moments à ce qui aurait pu être coupé au montage pour rendre la narration plus efficace, mais au final pas grand-chose, car ce n’est pas tant un problème de montage que d’écriture. Je suis sûr qu’il y a des séquences qui auraient pu être multi-fonction, raconter plus de choses à la fois. Alors que là, on a des séquences qui n’ont qu’une seule fonction, qui est parfois non pas de faire avancer l’histoire mais de véhiculer une petite idée, pas forcément utile. Je pense par exemple à cette séquence où Skyler est au boulot et écoute le message d’excuse que lui a laissé Walt (qu’on l’a vu enregistrer peu avant), et être interrompue par son patron qui la remercie pour ses churros. Si c’est pour montrer le rapprochement entre les deux, c’est quelque chose qu’on voit déjà suffisamment plus tard.
Pour en revenir à ce que je disais sur la répartition des évènements, je regrette aussi que la majorité des problèmes trouvent leur solution dans le même épisode, alors qu’il aurait pu y avoir plus de suspense. Dans un même épisode, on a Jesse arrêté par les stups et libéré quand on refuse de témoigner contre lui. Ou des hommes qui viennent tuer Walt mais sont arrêtés au dernier moment (un passage que j’ai trouvé très absurde, à cause d’un seul mot par SMS les deux mafieux s’en vont alors qu’ils s’apprêtaient à tuer le meurtrier de leur cousin).
Jusque là, les problèmes comme ceux-là trouvent leur solution trop facilement, sans que les personnages ne connaissent suffisamment de difficultés (le seul problème qui s’étend sur la longue durée, c’est celui de la relation entre Walt et Skyler). Il y a aussi le fait que Jesse soit coincé dans la baraque de deux camés armés, qui tuent n’importe qui pour de la drogue et de l’argent, mais qui l’épargnent, inexplicablement…

Le second principal problème que j’ai avec Breaking bad réside dans la caractérisation des personnages.
Je disais que la saison 1 mettait trop de temps avant d’en arriver au premier deal de drogue de Walt et Jesse, mais ce temps aurait pu être bien investi si la série avait su traiter correctement les réticences du personnage principal, ce qui n’est pas le cas.
Je trouve la décision de Walter pas assez bien amenée. On ne décide pas juste comme ça de quitter son second boulot et de devenir un "meth cook", d’autant plus que le personnage est présenté comme un prof de chimie un peu coincé, qui n’a jamais rien fait d’excitant dans sa vie.
Il aurait fallu amener plus tôt la question des coûts médicaux et les préoccupations de la famille, de sorte qu’on voie les activités illégales comme son seul recours.
Je comprends encore moins Walt à la saison 3, il veut arrêter son trafic, depuis le début de toute façon il faisait ça pour laisser de l’argent à sa famille, mais il pique une crise quand Jesse copie sa formule. Walt en parle comme si c’était son bébé, mais si c’était juste un moyen, dont il n’est pas fier, d’obtenir de l’argent pour ses proches, pourquoi est-ce qu’il tient tant à revendiquer son produit ? Il devrait s’en foutre.
Je trouve aussi peu crédible que Walt tienne autant tête à des gens potentiellement dangereux, se montrant intransigeant sur l’argent qu’on lui doit, sur les pertes, etc. D’autant plus qu’on ne voit pas l’évolution entre ces deux figures, ça survient très tôt, sans que le personnage ait eu le temps de gagner en confiance dans un milieu tout nouveau pour lui, celui des criminels.
On voit certes le personnage se rendre compte qu’il est obligé de devenir le nouveau baron de la drogue, et, suite à un quiproquo, que les affaires sont plus simples quand il inspire la peur, mais ça arrive seulement après qu’il ait forcé les choses avec Tuco, son premier distributeur.

Une chose qui m’a mis sur les nerfs, c’est que Walt et Jesse semblent ne pouvoir se parler qu’en s’engueulant. Ca devient assez irritant, je rêvais de voir le duo pouvoir collaborer en harmonie, mais Walt est toujours énervé. Pour un type qui est père de famille, et dont la femme va accoucher d’une petite fille, je ne comprends pas qu’il puisse se montrer aussi insensible avec Jesse, ne se souciant nullement de la mort d’un de ses amis. Evidemment, ça ne marche pas quand, dans l’épisode suivant, Walter est censé s’inquiéter de ce qu’il advient de son collègue. Encore, si on voyait de temps en temps une complicité entre les deux personnages, mais non, Walt ne cesse de traiter Jesse comme une merde.
Pour Jesse, le problème de caractérisation est un peu différent : il est tantôt très crétin, tantôt d’une perspicacité étonnante. J’ai du mal à saisir.
Et toujours sur le même sujet, je me suis aperçu à la saison 3 qu’on ne parle plus du tout de la kleptomanie de Marie ; à quoi ça a servi d’introduire ça ?

Ensuite, comme l’a fait remarquer un de mes éclaireurs, Fatpooper, la série passe à côté de sacrées occasions. Il mentionnait le départ précipité de Tuco, mais pour moi c’est surtout le personnage de Tortuga, joué par Danny Trejo, qui aurait pu faire un personnage génial, et il ne dure même pas un épisode.
J’attendais de la série qu’elle mette en scène la transformation involontaire, mais nécessaire, d’un homme normal en monstre. Ca arrive plus tard, je le sais, mais en ayant tenu jusqu’au début de la saison 3 (19h de Breaking bad, sur 46 en tout, j’ai quand même pas mal donné), on n’en voit encore pratiquement rien, puisqu’on se concentre essentiellement sur les problèmes personnels des personnages.
A la fin de la saison 2, il y avait ce crash aérien, indirectement causé par Walt, suite à un effet papillon.
Je trouve ça normal de montrer les conséquences de ses actions en tant que trafiquant de drogue, mais que ça soit de cette façon là, avec cette collision entre deux avions qui traumatise la ville entière, je trouve ça absurde. Pourquoi ne pas traiter simplement des dommages causés par sa drogue ?
Et si ce crash sert à insister sur le sentiment de culpabilité de Jesse, c'est ridicule aussi que ça prenne une telle ampleur.

Je le dis souvent, je fais la distinction entre des œuvres que je n’aime pas et auxquelles je reconnais du talent, et celles auxquelles je n’en reconnais aucun.
J’ai trouvé ça correct mais bien trop lent, et pas si bien écrit que ça. Je n’y ai rien vu d’extraordinaire.
Le buzz fait partie des critères à prendre en compte aussi je pense ; une série comme Terriers serait plus connue, elle aurait sûrement sa place dans le top 111 aussi. Juste un exemple de série bien ficelée, haletante, avec des personnages bien caractérisés et attachants.

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