Avis sur

Breaking Bad

Avatar Djéba
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J’avais passé mon tour pendant la diffusion sentant un je-ne-sais-quoi qui m’avait dissuadé de regarder. Sous la pression du succès unanime autant de la critique (une des séries les plus récompensées en statuettes en tout genre) que du public j’ai donc vu BB. Et j’aurais probablement dû écouter mon instinct. Non pas qu’elle soit dépourvue de qualités mais j’ai du mal à comprendre tout le bruit qu’on en fait. Explications.

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Je préviens à partir de maintenant je spoil comme un porc dans une mosquée, il vaut mieux avoir vu l’intégralité du show pour continuer.

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Premièrement, le scénario est faussement original, moralement convenu et étiré sur 5 saisons là où il en aurait fallu 3.
Le seul point novateur (le cancer, son évolution et comment la maladie pouvait interférer sur les projets de Walt) est oublié pendant presque 3 saisons, j’appelle ça au minimum une facilité scénaristique au pire un scénario bancal reposant uniquement sur un concept. Une fois la maladie évacuée on tombe dans une banale histoire de trafic de drogue, ses mécanismes, ses conséquences déjà vu 30fois dans n’importe quel film/série/livre/documentaire… en plus profondément développé.
Il y a aussi parfois de grosses ficelles à l’image de Jesse qui se tape comme par hasard la sœur de celui qui a tué son pote dans une ville de +500000 habitants. Alors je suis bien conscient que des raccourcis il y en a dans toutes les séries mais là cela conditionne une grosse partie de la saison 3, c’est trop gros ça passe pas. Il y en a d’autres que j’aurais pu citer même s'ils ont un peu moins d’importance sur la trame (l’empoisonnement de Brock par ex).
Dans tout ce qui est cliffhangers et twists rien de révolutionnaire: on tue des persos secondaires présentés quelques épisodes auparavant, on construit une saison sur un duel méchant / héro, des trahisons avec révélations ultérieures …
La série utilise donc des mécanismes assez classiques ça n’est pas forcément un reproche, juste que pour moi il manque le truc en plus, le point de vue original qui en fait une bonne voire une grande série.
Et il va falloir parler de la prévisibilité, on voit tout arriver à des kilomètres. D’ailleurs dès le premier épisode je me suis dit : « ils vont quand même pas nous faire le coup du flic qui enquête sur un membre de sa famille ? », ben si jusqu’à la fin on y aura pas coupé. Aussi à l’annonce de la rémission du cancer de Walt : « tiens on a notre cliffhanger de la fin de saison 4 » (bon je me suis planté d’un épisode). La s4 en est le point d’orgue, on passe toute la saison à attendre la dernière scène.
Du coup difficile de susciter une immersion et on peut avoir tendance à vivre l’aventure de manière extérieure.
Si bien que dans ce récit peu surprenant au final on peut se demander quelles sont les scènes qui procurent de l’émotion et amènent de la tension ? (la fameuse montée d’adrénaline): la fin de la S3, la dernière scène de la 4, Ozymandias, peut-être l’épisode du train en S5. ça fait un peu léger pour une soixantaine d’épisodes.
Cette vision en recul ne serait pas un défaut s’il y avait un sous-texte, le problème c’est que j’ai beau chercher je ne vois aucun discours en creux. Le système de couverture santé U.S ? Mouais dans son exposition à la limite mais l’intellectualiser relèverait plus de la surinterprétation que d’un réel propos de la série. Le conformisme relationnel incarné par Skyler ? Encore une fois on se contente d’une évocation en surface. Le Mexique n’est vu qu’à travers de débiles caricaturaux difficile d’y trouver matière à réflexion.

Pour revenir à la question morale, à l’exception de la fin de la saison 3 où se pose la question de tuer un innocent pour assurer sa survie tout le reste est ultra conventionnel. La narration prend souvent le côté des persos principaux sans jamais provoquer de malaise ou de questionnement de la part du spectateur. La première victime est codifiée par la série comme un dealer qui a voulu tuer les protagonistes, le choix de Walt est faussement problématique. Jane freine la progression du héro sa mort est narrativement justifiée.
De plus tous les clients sont vus comme des dégénérés (par ex ceux avec le gosse).
Et évidemment à la fin comme vendre de la drogue c’est mal Walt meurt non sans avoir accompli un acte de rédemption qui, précédé d'une confession, inscrit le tout dans une morale chrétienne traditionnelle.
Ce côté convenu peine à créer un véritable aspect dramatique et donc l’implication émotionnelle dont je parlais plus haut.

La dithyrambe des amateurs de BB est souvent concentrée sur le niveau des acteurs. Alors oui Cranston est bon, Anna Gunn tient bien son rôle de mémère au foyer (Skyler est le degré zéro du désir mais c’est un autre problème), les autres font le taf correctement sans être extraordinaires.
Par contre toutes les scènes avec les latinos sont caricaturales et mal jouées.Tuco est risible surtout quand on a vu ceux The Shield au préalable.
L’acteur qui joue Gus fait bien le manager de fast-food du coup il a le charisme d’un manager de fast-food. Visiblement quelqu’un lui dit de parler lentement pour avoir de la personnalité il surjoue l'inexpressivité et la lenteur, le mec fait des mi-temps entre chaque phrase. Le paroxysme de cet excès de lenteur est la scène où il tue son assistant, en plus de n’avoir aucun sens, on se doute bien qu’il ne va rien arriver à Walt et Jesse.

Ça c’est pour les acteurs, ce qui va m’amener à parler des personnages.

Le duo initial avait un sens : le scientifique rigoureux et le loser imprévisible qui fonctionnent par antagonisme, chacun va déséquilibrer l’autre.
Là où ça bloque c’est qu’à partir de la saison 3 Jesse tourne en boucle et devient une manière artificielle de créer de l’intrigue (le coup du van en S3 qui ne sert qu’à amener la scène avec Hank à l’extérieur et Walt+Jesse à l’intérieur en est un exemple). L’apprenti avec sa fonction perturbatrice était justifié dans les premières saisons dans la mesure où il était nécessaire à Walt pour entrer dans un monde où il n’a pas les codes et connections. Le souci est que quand ce dernier rencontre une personne aussi professionnelle que lui (Gus) il n’a plus intérêt à travailler avec quelqu’un qu’il a manipulé et au fond jamais vraiment respecté. Il y a ici un problème de logique avec la narration de la série sur les personnages. Pour illustrer ça je dirai qu’un des épisodes que j’ai préféré est celui de la panne dans le désert, on se sert du background des personnages pour construire et résoudre l’intrigue.
Skyler elle ne sert que dans sa fonction de rappel à la réalité. Je pense d’ailleurs que c’est pour ça qu’elle énerve les amateurs de BB qui recherchent une immersion dans une fiction. Perso elle m’indiffère, toutes ses histoires avec son boulot, son patron sont complètement inintéressantes, prévisibles, et les moments qui se veulent drôles ne le sont pas.
Walt est le plus (le seul) perso développé. Du prof nerd et soumis, sa frustration et son problème d’égo le transformera en acteur de sa propre vie jusqu’à devenir un baron de la drogue. Cette évolution se fait de manière assez naturelle bien qu'il y ait quelques incohérences (le « say my name » au voyou irl il se prend une balle dans la tête et finit enterré dans le désert).

Les seuls qui pourraient trouver grâce à mes yeux seraient Saul dans ce qu’il dit du rapport libéral à la justice aux U.S et Todd pour sa duplicité empathique / tueur froid.
Ah et si une personne saine pouvait me dire à quoi servent Marie ? Flynn ? vu le vide qu’ils dégagent je m'interroge.

Pour nuancer un peu j’ai pu aller jusqu’à la fin parce que le rythme est bien géré, ça se regarde, même sans accrocher je pouvais mater plusieurs épisodes sans m’ennuyer.
En continuant dans cette même teinte de gris, probablement que la vision de cette série est biaisée par la 5ème saison qui est bonne, son final aussi (malgré le coup nanardesque de la mitraillette) car il y a enfin de l’inventivité et du drame (le coup des maisons, le train, la mort d’innocents comme Hank et la latina dont j’ai oublié le nom).

Pour résumer au mieux ce que je pense de BB il faut prendre ce qui revient le plus fréquemment, à savoir les scènes de vie ordinaire. Elles sont bien faites, bien mises en scène mais assez inconséquentes, elles meublent bien mais ne sont pas très profondes. On prend du temps pour nous expliquer …pas grand-chose.
Je crois que c’est ce qui me dérange le plus dans cette série, sous l’apparat d’une réalisation démonstrative on nous vend des schémas de pensée très classiques et simplistes. Une sorte de stylisation du banal.

Au final pour moi Breaking Bad est une histoire de fiction commune déroulée scolairement sans défauts formellement mais sans points forts qui en font une série originale, intelligente et unique. Une bonne série de quartier qui se réveille trop tard pour boxer dans la catégorie des plus grandes.

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