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Broadchurch est l'une de ces séries policières dont l'intrigue tourne autour d'un seul crime, plutôt que de présenter un schéma épisodique - un épisode, un meurtre -, dans la veine de séries comme the Killing ou encore True Detective. En deux saisons de huit épisodes chacune, nous suivons l'enquête autour du meurtre de Danny Latimer, un garçon de 11 ans, dans une petite ville de la côte Anglaise sans histoires - la première saison se focalise sur la résolution du meurtre, la deuxième tourne autour des suites de l'affaire.

* Les ingrédients du succès
A la base, ce type de série me plaît: en suivant une seule affaire sur toute une saison, l'approche est forcément plus travaillée: de l'effet de cette tragédie sur toute la communauté aux suspicions naissantes, les secrets mis à jour au fil des épisodes, l'impact sur une police locale qui connaît victime, témoins et suspects personnellement, et, bien sûr, l'impact de ce meurtre sur les parents de la victime.

Bien entendu, le scénario suit une recette classique du polar - un peu comme un roman policier décliné en huit épisodes. Divers personnages sont tour à tour suspectés, interrogés, de nouveaux éléments se révèlent petit à petit, complétant le puzzle de l'énigme, et chaque suspect potentiel a des secrets à garder et jette le doute dans l'esprit du spectateur. C'est classique, mais c'est là que réside l'intérêt d'un polar - réfléchir avec l'enquêteur, suspecter les personnages, tenter de trouver le meurtrier avant le dénouement.

* Docteur magistral et "sidekick" inattendu
Pour moi, ce sont précisément les personnages qui font l'une des forces majeures de la série. Au premier abord, tout cela est très classique: l'enfant victime, les parents ravagés, une équipe de deux flics, homme et femme, sur l'enquête. L'enquêteur principal, DI Hardy (David Tennant, connu pour sa prestation dans Doctor Who), sombre, antipathique et torturé par une mystérieuse affaire passée, est tout ce qu'il y a de plus cliché finalement - on a vu bien des séries et livres mettant un scène un anti-héros quarantenaire traînant son bagage (Adamsberg de Vargas, Erlendur d'Indridason, Rebus d'Ian Rankin...). Mais Tennant porte son personnage de manière magistrale et arrive à donner personnalité et dimension à ce personnage stéréotype du genre - particulièrement lorsque l'on en apprend plus sur son affaire passée au fil de la saison 1 puis lors de la saison 2.

Ceci étant dit, le personnage le plus intéressant à mes yeux est sa partenaire, DS Miller (Olivia Coleman). Loin du faire-valoir féminin du héros, ni même de la "femme forte qui veut prouver sa valeur dans un monde d'hommes", Miller est en apparence un personnage très ordinaire: mère de famille et membre active de la vie communautaire locale. Mais la série démarre sur Hardy soufflant la promotion convoitée par Miller, ce qui promet une relation complexe et intéressante entre les deux personnages, qui se développe en effet de manière inattendue et prenante au fil des deux saisons. A mon avis, c'est elle qui remporte la palme du binôme, offrant un personnage inattendu au caractère loin d'être aussi lisse qu'on peut le croire au premier abord.

Les autres personnages de la série offrent un panel de personnalités intéressantes à découvrir à la lumière de cette tragédie: les journalistes oscillant entre froideur professionnelle et scrupules remontant à la surface, les parents mis face à un deuil insoutenable, le vicaire (également rescapé de la série Doctor Who) ambigu, les avocats (saison 2) pris entre leur métier et leur vie personnelle...
C'est une manière de poser un regard sur une petite communauté, les non-dits, les secrets, les personnalités qui ressortent lorsqu'un enfant est brutalement assassiné. Certes, nous pourrions dire que tous ces personnages ont bien beaucoup de secrets et de linge sale pour une si petite ville et que cela est bien pratique pour les scénaristes (à la manière de Desperate Housewives par exemple), mais je trouve les caractères, les révélations et les réactions très bien menées, ce qui permet de maintenir un certain réalisme sur l'ensemble.

* Une ambiance à couper le souffle
L'autre force majeure de la série, c'est son esthétique et son ambiance générale, servie par des plans magnifiques et une musique enveloppante. Jeux de lumières et de couleurs donnent vie à cette ville côtière de l'Angleterre du sud, ces ciels délavés du nord, les falaises impressionnantes et dangereuses, tout ce bleu, toute cette lumière, feutrée, le décalage entre les paysages magnifiques et la tempête que vit la ville. Dans une série qui prend le pied de l'émotion, des relations et de la psychologie, l'immersion du spectateur est très importante, et la mission est un franc succès pour Broadchurch.

* Notes sur la saison 2
L'affaire en elle-même se résout à la fin de la saison 1 - fin que je ne commenterai pas pour éviter de flirter avec le spoiler. Après avoir refermé le dernier chapitre de la saison, et entendu l'annonce d'une saison 2, j'avoue que j'étais un peu inquiète, la première saison formant un tout si cohérent.

Mais les scénaristes ont réussi le pari avec brio, offrant au cours de la saison 2 une suite logique à l'affaire: le jugement de la personne trouvée coupable du meurtre de l'enfant. Dans l'esprit de la première saison, l'accent est mis sur la psychologie des différents personnages, leurs réactions au déroulement des choses, mais également l'impact à plus long terme de cette tragédie, une fois la surprise et l'incrédulité estompées.

Ajoutons à cela, une suite à certaines portes entrouvertes dans la saison 1, ces huit épisodes offrent une suite fluide, logique, cohérente, et parfaitement menée, à la série. Mais je reste, encore une fois, suspicieuse de ce qu'il pourrait bien se passer dans une éventuelle saison 3...

* Verdict
Dans la nouvelle veine de la série policière se concentrant sur une seule affaire pendant plusieurs épisodes, Broadchurch est mené de main de maître. Servi par une atmosphère immersive, malsaine et magique à la fois, des personnages travaillés, et moins stéréotypés qu'il n'y paraît, elle réussit à servir ce qui est attendu du genre: puzzles, enquête, indices, mise en haleine et dénouement réussi. Mais elle apporte sa patte personnelle au genre - à travers l'univers, la musique et les paysages, mais également une emphase réussie sur la psychologie et les relations humaines. Quelque part, la série rend cette tragédie "réaliste", plausible, elle l'ancre dans le réel en créant de l'empathie entre les personnages et le spectateur, au lieu de traiter l'affaire comme un simple "dossier" à résoudre. Pour moi, un incontournable des amateurs du genre.
Kalygolo
9
Écrit par

Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de coeur et l'a ajouté à ses listes Polar, Les meilleures séries anglaises et Les meilleures séries policières

il y a 7 ans

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Oberyn
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