Pain. Death. Apocalypse.

Avis sur Buffy contre les vampires

Avatar Lehane
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Aujourd'hui, je me lance dans une critique que j'appréhende, mais que je meurs d'envie d'écrire pour montrer aux gens ô combien Buffy contre les vampires est une série merveilleuse, pour les pousser à la regarder en entière, pour leur prouver que non, ce n'est pas une série pour midinettes. Je vais parler de ma série préférée. J'ai envie d'utiliser des adjectifs dithyrambiques de peur de ne pas dire tout ce que j'ai sur le cœur, à quel point j'ai aimé chaque seconde, comme c'est la meilleure série jamais réalisée.

Il est clair que BTVS a changé le paysage du petit écran. Pas étonnant alors d'apprendre que des universitaires aient créé les Buffy Studies, des études sur la série pour en décortiquer toute la portée philosophique, féministe et sociale. Pas étonnant d'apprendre que les showrunners de séries comme Doctor Who, Six Feet Under et X-Files citent Joss Whedon comme un exemple à suivre dans le genre. Et donc pas étonnant de savoir que BTVS a inspiré une multitude de séries actuelles, non-seulement traitant du vampirisme (True Blood, Vampire Diaries and co) mais aussi mettant en scène une femme en tant que personnage principal, héroïne. Car sur bien des points, BTVS est une petite révolution. Joss Whedon et ses scénaristes s'amusent ici à détourner les codes de l'horreur, et particulièrement du slasher, pour amener un propos intelligent sur les figures patriarcales et la place des personnages féminins souvent rattachés à des personnages faibles et sentimentaux incapables de se débrouiller seuls.

Ici, Buffy a à première vue tout de la screaming-girl, celle qui se fait assassiner par un grand méchant au couteau. Sauf qu'en fait, c'est une super-héroïne capable de mettre à terre une dizaine de gros bras sans trop se fouler.

Quand on lui demande pourquoi il continue d'écrire sur des personnages féminins forts, Whedon répond : Parce que vous continuez à me poser la question.

Ici les rôles sont souvent inversés, les personnages les plus endurcis sont des femmes : Buffy, Faith, Anya et plus tard Willow. Les hommes, eux, sont très peu sollicités quand il faut aller tuer du monstre : Spike et Angel sont consumés par une passion qui les dépasse et qu'ils ne peuvent contrôler, tandis que Xander tient un rôle habituellement réservé aux personnages féminins, soit celui de la demoiselle en détresse, sans jamais que son image en soit pour autant dégradée.

Quand un jeune homme voit Buffy passer à tabac un vampire deux fois plus balèze qu'elle, il lui dit : "Mais tu n'es qu'une fille", elle répond : "C'est ce que je répète tout
le temps."

Par contre, il n'est pas question de misandrie, ces derniers n'étant pas dévalorisés ou offensés mais montrés pouvant être aussi vulnérables qu'un femme, l'idée étant égalitariste.

BTVS c'est surtout un univers ultra-travaillé, complexe et présentant une mythologie fantastique comme on en avait rarement vu. Le Buffyverse. Tout au long de la série on verra défiler une multitude innombrable de monstres et démons tous affublés de rites et de spécificités... Ces démons servent en fait de support à des métaphores sur la vie et les étapes traversées par chacun de nous. Il est passionnant de lire des analyses/analyser chacune d'entre elles et d'y découvrir des thèmes essentiels et évidents du passage de l'adolescence à l'âge adulte.

Buffy avance en fait l'idée que pour beaucoup la vie est un enfer et que nous en sommes nos propres démons. Tout au long de la série viendront des questionnements profondément sombres sur notre rapport à la vie et surtout à la mort (notamment dans la saison 6, la plus noire et déprimante de toutes se terminant en apothéose d'une effroyable tristesse). C'est une quantité énormes de références internes et externes (marquées par la culture populaire - d'où l'intérêt de regarder en VOSTFR et non en VF qui en plus d'être abominable les passe à la trappe autant que les répliques rapportant au sexe), de sous-textes (comme la relation suggestive et ambiguë entre Faith et Buffy) et de foreshadowing brillants insoupçonnés au premier abord, créant un engrenage scénaristique où chaque détail a un sens et une importance dans l'annonce des événements à venir, formant parfois une harmonie entre des répliques pourtant distillées à plusieurs saisons d'intervalle (un des meilleurs exemples étant celui du rêve de Buffy dans le 3x22, où Faith la prévient, "counting down from 730" [décompte à partir de 730], soit le nombre exacte de jours avant la mort de Buffy deux saisons plus tard).

En fait, BTVS est elle-même une métaphore de l'adolescence (saison 1 à 3) puis de l'entrée dans l'âge adulte (saison 4 à 7)... une chose est sûre, à la fin, on en ressort pas indemne. L'un des meilleurs épisodes de la série ("Normal again") y fait d'ailleurs explicitement référence en montrant Buffy dans un hôpital psychiatrique, schizophrène hallucinant en fait tout ce qu'on voit depuis le début... on restera dans le doute jusqu'à la fin. Si tout ça n'était qu'un grand délire ? Les démons et étapes que rencontrent Buffy et ses amis tout au long de la série sont les démons auxquels on doit faire face dans la vie courante.

BTVS, c'est avant tout l'histoire de Buffy Summers. Elle est l'Elue, la Tueuse. Son rôle est de chasser démons, vampires et tout ce qui à trait aux forces des ténèbres. A son arrivée dans la petite ville californienne de Sunnydale, elle pensait enfin retrouver une vie d'adolescente normale... S'inscrire chez les cheerleaders, sortir en boîte de nuit et se balader tranquille avec ses amis sans avoir à sortir son pieu. Mais elle est vite rattrapée par son destin et se voit dans l'obligation de rester fidèle à son rôle et continuer à combattre le mal, sans compter qu'elle est mal tombée : Sunnydale High (le lycée) est placé juste au-dessus de la Bouche de l'Enfer, une porte faisant la transition entre le monde humains et celui de monstres et forces machiavéliques en tout genre. Pendant 7 saisons, Buffy va devoir apprendre à alterner entre sa vie privée (dans ses études, avec sa mère, ses relations amoureuses) et son devoir de Tueuse et à gérer ses besoins personnels qu'elle devra souvent abandonner pour se consacrer pleinement à son travail. Dans BTVS chaque acte est suggestif, significatif. Ainsi en détruisant littéralement Sunnydale, la ville autour de laquelle les personnages ont gravité continuellement, grandi et vécu des aventures improbables et magnifiques, Buffy tourne définitivement une page de sa vie, fin prête à devenir une adulte.

Mais BTVS est une série qui fonctionne énormément grâce à ses personnages. Pendant 7 ans, ils évoluent, se déchirent, un grand nombre meurt pendant que d'autres reviennent. Dans la saison 1, Buffy rencontre Willow, Xander et Giles... les seuls qui resteront les personnages principaux pendant les 7 saisons. Entre temps, on rencontrera des personnages tous plus attachants les uns que les autres: Cordelia, Angel, Oz, Riley, Tara, Anya, Dawn... J'aimerai dire combien j'ai aimé chacun d'entre eux, ce malgré leurs défauts... combien j'ai été triste quand la moitié s'est fait tué en cours de route. On croisera également le chemin de Big Bad démentiels, qui prennent chacun en puissance au cours des différentes saisons (mention spéciale à Glory la déesse complètement givrée qui donne de quoi se tordre de rire "Where is the KEY?").

Non. Buffy ce n'est pas une série mièvre. Ce n'est pas une série pour adolescentes en fleur. Ce n'est pas niais. Buffy c'est un univers complexe, fouillé, unique. C'est une série qui pendant 7 saisons a su développer une intrigue et des sous-intrigues riches, passionnantes. Buffy, c'est la franchise de Cordelia, les blagues de Xander, les punchlines de Buffy avant de passer à l'action, le sourire à tomber par terre de Willow, des fins du monde à la pelle, une héroïne qui meurt deux fois. C'est la folie de Drusilla, les coups de gueule déchirants de Faith -le personnage le plus fascinant qui soit-, le manque de tact hilarant d'Anya, un lycée totalement anormal avec des élèves invisibles, des hommes-poissons et des pompoms-girls qui prennent feu. Buffy c'est le Bronze et ses interminables soirées, c'est des combats épiques, des vampires au grand front. Buffy c'est des larmes qui ne s'arrêtent plus de couler, des fous-rires, du baume au cœur. Buffy c'est un univers dans lequel on retourne régulièrement, pour être moins seuls, parce qu'on est toujours sûr d'être accueillis à bras-ouverts à Sunnydale. Buffy c'est des épisodes classés comme les meilleurs jamais réalisés : une comédie musicale ("Once More, With Feeling"), un épisode muet ("Hush"), un épisode parfait sur le plan formel ("The Body"). Buffy c'est beau, bouleversant, tragique, souvent drôle, toujours subtil... jusqu'à cette ultime image d'une Buffy Summers souriante, jetant un dernier regard sur le trou béant laissé par la destruction de Sunnydale, la ville où on a tout autant appris que les personnages. Un dernier regard et sept années qui défilent devant nos yeux avant un dernier au revoir. La bibliothèque, le Bronze, le cimetière et la Magic Box, tous engloutis, emportant avec eux mille aventures hors du commun qu'on retrouvera bientôt, en boucle et pour toujours, Sunnydale restera dans mon coeur. Buffy c'est la meilleure série du monde. Regardez cette vidéo : http://www.youtube.com/watch?v=sb4rmm0l4PU .

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