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Chernobyl par limma

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On peut apprécier cette série catastrophe sans adhérer à cette nouvelle mode délicatement nommée thanatourisme, et sans forcément prendre un aller-retour pour l'Ukraine et visiter la ville abandonnée de Pripiat, créée en 1970 à l'abord de la centrale et qui porte malheureusement bien son nom aujourd'hui de Ville du futur.
Les scènes ont été tournées en Lituanie et l'immersion est assurée par un parti pris d'autant plus réussi que les scénaristes évitent le sensationnel tout en créant avec réalisme les décors désolés et le déroulé de cet événement. Jouant du suspense, la série gagne par son ambiance inquiétante et de flou constant, mettant en exergue le déni de l'individu et les rouages d'un gouvernement dépassé mais qui ne souffre pas d'être mis en cause, prompt à trouver ses coupables.
Le mode de communication de la république soviétique laisserait semble-t-il, à désirer mais on se souvient aussi de certains de nos politiques français de l'époque minimisant les impacts en France, ou de nous-mêmes bien vite rassurés sur le mouvement judicieux des vents qui aurait permis au nuage un seul passage éclair chez nous, ou encore aujourd'hui de la délicate question des retombées toujours dans un certain flou artistique, qui impacte le site du Mercantour.

On salue en tout cas et sûrement, la volonté de Graig Mazin et Johan Renck de nous parler 33 ans plus tard de ses hommes oubliés et courageux qui ont peut-être ou finalement bien sauvé l'humanité par leurs actes héroïques. Si ils ne savaient pas trop ce qu'il se passait et ce qu'ils risquaient, le point d'orgue de l'intrigue est bien la solidarité du peuple russe tant par crainte des retombées que par véritable engagement.
On suit alors tout un panel de personnages directement impliqués par les retombées de l'incompétence. Ce sera les pompiers premiers venus sur les lieux, non préparés, non protégés, vus de loin par quelques habitants postés sur le pont, femmes et enfants tout autant inquiets que fascinés par le spectacle, se mettant en danger par ignorance, et ce sera donc Valeri Legassov, membre de l'Académie des sciences de l'URSS, venu en expert tenter d'expliquer la catastrophe, et grâce à sa pugnacité qui pourra enrayer celles à venir. Son amitié avec Boris Chtcherbina, vice-président du conseil des ministres, peu commode, mais qui laissera exprimer son humanité à son contact rapproché et deviendra son bras armé. Les dommages collatéraux et ses hommes sacrifiés pour la grandeur de la Russie, avec une population irradiée, les trois volontaires qui couperont les vannes d'eau, ceux-là bien conscients du risque, et les mineurs appelés en renfort, en force brute mais solidaire.

On reste pantois face aux décisions prises, que ce soient celles des décideurs ou celles de l'équipe mettant en pratique le fameux test du réacteur 4, certains obligés de suivre les ordres d'un scientifique en quête de reconnaissance. Et bien sûr on s'interroge sur notre propre capacité à gérer nos centrales nucléaires.

Réservant un épisode final des plus instructifs, l'ensemble s'attache plutôt à ses intervenants, sans effet spectaculaire ou voyeurisme macabre. La volonté de montrer le maximum de personnages impliqués, donnent pourtant le bémol avec des scènes expédiées et un manque de caractérisation qui limitent fortement les enjeux. Alors on regrette qu'il n'y ait que cinq épisodes. D'ailleurs le générique de fin sera complété de plusieurs textes explicatifs.
Les auteurs en tentant un tour d'horizon le plus large possible, loupent certains de leurs personnages. Ces soldats dépités venus abattre les chiens et chats abandonnés par leurs maîtres, pour une figuration des acteurs Fares Fares et Barry Keoghan, sans véritable intérêt, que de vérifier que les animaux ont été abattus pour rien. On sait qu'aujourd'hui, la vie sauvage a pris possession des lieux et que les radiations existent encore. Ou plus délicat sur l'intérêt du personnage joué par Jessie Buckley, l'épouse d'un des premiers pompiers sur site, qui échoue à nous montrer le désordre mental et le dépassement face à une situation brutale qui expliquerait ses comportements butés et irresponsables, qui finit par agacer. Personnage presque central, qui aura plutôt tendance à créer des longueurs au détriment d'autres scènes qui auraient gagné à plus d'émotion et de force, notamment sur le déplacement forcé des habitants à devoir tout abandonné derrière eux, et qui ne nous sera montré que par quelques bus venant les sortir du site. Pourtant c'est bien là aussi l'universalité du propos avec les conséquences humaines, et les fractures émotionnelles certainement dramatiques.
De la même manière tous les liquidateurs à l'instar de ceux qui ont oeuvrés à Fukushima, en 2011, sont rapidement évoqués. La série s'attache alors par ces trois personnages principaux à la difficile décision entre devoir envers l'Etat et humanisme.

Avec les excellents Jared Harris et Stellan Skarsgård et par le personnage fictif d'Ulana Khomyuk, (Emily Watson), combattante de l'ombre et porte étendard de tous les scientifiques auxquels fera appel Legassov pour tenter de faire éclater la vérité. La sobriété de l'ensemble et des jeux d'acteurs et la dualité de leurs personnages sont les points forts, renforcés par une mise en scène qui s'accorde parfaitement aux sentiments et à l'ambiance délétère. Teintes sombres, rapports déprimants et musique adéquate, discours croisés et dialogues de sourd, visant à démontrer parfaitement la dangerosité pour les lanceurs d'alerte à se frotter à la délicate question de choisir la vérité ou le mensonge. Et comme le dira le personnage également fictif de Charkov, en vice président du KGB à Legassov lors d'un échange de points de vue : Quand la balle atteint la tête est-il bien nécessaire de savoir pourquoi ?

Et pour terminer, on lit par ailleurs qu'il y aura une réponse aux américains par une contre série qui va enfin nous apprendre la vérité sur la catastrophe, à savoir un sabotage de la CIA. On est fixé.

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