La convergence des chutes

Avis sur Coincoin et les Z'inhumains

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Plus qu’une simple continuité de la première saison de P’tit Quinquin, cette suite prend surtout en compte la durée qui s’est écoulée entre les deux saisons, afin de jouer avec ce décalage temporel. Quatre années après, les personnages ont grandi. P’tit Quinquin (Alane Delhaye) se fait désormais appeler Coin Coin et est un jeune pré-pubaire, et Eve (Lucy Caron) est en couple avec une jeune fille. De plus, planant en toile de fond, la menace terroriste (celle de l’épisode 4 de la saison 1) a laissé place aux traversées, dans l’arrière-plan, de plusieurs groupes de migrants silencieux et démunis. Et si les personnages de la série ont plus ou moins évolué, changé, voire muté, le décor reste, quant à lui, toujours le même.

L’aventure reprend dans cette région du Nord, où le petit quotidien des habitants du coin sera perturbé par des événements extraordinaires dignes de The Thing ou de L’Invasion des profanateurs de sépultures. L’occasion pour Bruno Dumont de livrer ici une variation de la première saison de P’tit Quinquin, comme une série parallèle, ni tout à fait similaire ni fondamentalement différente, où l’on retrouverait toute la troupe pour un spectacle alternatif.

Tout paraît ainsi régit par la même idée de la série « en double », à la fois identique et différente. CoinCoin, comme P’tit Quinquin, alterne entre la vie des jeunes gamins de la région et les pérégrinations bouffonnes des inspecteurs Roger Van der Weyden (Bernard Pruvost) et Rudy Carpentier (Philippe Jore). Mais le point d’équilibre narratif penche plus sur ce dernier duo que sur la bande à CoinCoin. CoinCoin, comme P’tit Quinquin, est construite autour de la résolution d’un mystère. Mais il est passé du genre policier au genre science-fictionnel, avec une « Glu », masse visqueuse, qui tombe du ciel pour créer des clones « in’humains ». Enfin, CoinCoin, comme P’tit Quinquin, se joue de variations de tons tout en donnant un semblant d’ordre (formel, narratif, émotionnel) au chaos environnant. Mais ici, plus que jamais, et malgré le risque évident d’un effondrement du comique, bouffi par une surcharge de grotesque, Bruno Dumont en repousse encore les limites.

En opposition à la comédie précautionneuse, Bruno Dumont n’hésite pas à s’enfoncer corps et âme dans les blagues les plus terre-à-terre ou les plus tarabiscotées, donnant à voir des situations abracadabrantesques s’entortiller autour de leurs propres gags. La limite de ces débordements volontaires et délirants, là où la première saison de P’tit Quinquin pourrait même paraître rétrospectivement « normale », surgira d’ailleurs à quelques reprises. Notamment dans l’épisode 3, intitulé « D’la glu, d’la glu, d’la glu !!! », où l’on est témoin d’un jeu de double tirant sans doute un peu trop sur la même corde. Le reste du temps, les explorations de Dumont permettent de faire éclore, tout au long de cette saison, un comique de répétition d’un équilibre surprenant, où pirouettes dissonantes et dérapages incontrôlés s’enchaînent et se nouent avec une simplicité désarmante. C’est lorsque l’on pense, à chaque fois, pouvoir se lasser de toutes ces pitreries sans fin que l’on finit par se rendre à l’évidence qu’une énergie sans limite pourrait relancer la machine burlesque ad vitam aeternam.

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