Interrogation techniques [Critique de "Criminal : UK" saison par saison]

Avis sur Criminal : Royaume-Uni

Avatar Eric Pokespagne
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Saison 1
A la base de "Criminal", il y a une idée vraiment intéressante, celle de filmer (de mettre en scène, il ne s'agit pas de documentaires...) en huis-clos, et presque en temps réel des interrogatoires de suspects conduits par une cellule d'experts de la police. Du point de vue cinématographique, c'est passionnant (on peut d'ailleurs rapprocher la démarche de cette mini-mini-série, de 3 épisodes seulement, de "En Analyse", le déroulement sur le long terme en moins) : il s'agit de se concentrer sur la parole et les gestes, et que tout cela soit à la fois "juste", donc instructif et "divertissant", voire passionnant.

La réussite de "Criminal" (qui est un dispositif répété dans d'autres pays que le Royaume-Uni) dépend de la qualité de l'écriture - tournant en général autour d'un point de "rupture", où le suspect se met à parler, change de tactique, etc. -, l'intelligence de la mise en scène qui doit aider le téléspectateur à mieux comprendre des situations où le non-dit est également capital, et bien entendu, de l'interprétation. Le premier épisode, "Edgar", est une merveille, mais c'est sans doute beaucoup dû au talent indiscutable de David Tennant, qui confirme une fois de plus qu'il est l'un des rares acteurs à allier subtilité et force de conviction : convaincant, inquiétant, bouleversant, il magnifie le dispositif fictionnel, ce qui place la barre très haut pour la suite...

... Trop haut sans doute, parce que les deux autres épisodes sont de franches déceptions : Hayley Atwell n'est tout simplement jamais convaincante, quelle que soit la posture que le script lui demande d'adopter, un script maladroit qui n'arrive pas à justifier le basculement entre les deux parties de l'interrogatoire ; le troisième épisode, "Jay", est encore pire, même s'il arrive à maintenir une bonne tension, parce que l'idée du "café" mettant en péril le policier est tout simplement incohérente, voir carrément déplacée.

Si l'on ajoute que les courtes tentatives d'expliquer les rapports entre les différents membres de l'équipe policière sont soit trop superficielles, soit maladroites, on a du mal à voir ce qu'elles apporteraient à un dispositif qui gagnerait à se concentrer à 100% sur son sujet : les techniques d'interrogation.
[Critique écrite en 2020]

Saison 2 :
La seconde livraison d’épisodes de "Criminal : Royaume-Uni" prouve que l’équipe de Jim Field Smith (qui est aussi le réalisateur) et George Kay a su corriger les défauts de la première saison, puisqu’on a affaire à un quasi sans faute cette fois, avec qui plus est des sujets et des mécanismes différents à chaque épisode.

Le premier épisode ("Julia") est d’ailleurs le moins fort, l’excellente Sophie Okonedo ne réussissant pas tout-à-fait à rendre son personnage d’épouse d’assassin assez ambigu pour que l’histoire fonctionne complètement (ce qui est d’ailleurs étonnant, si l’on repense à la complexité de son personnage de schizophrène dans "Ratched"…), mais les 3 suivants sont tout simplement formidables.

Grâce à une interprétation bouleversante du toujours surprenant Kit Harington, "Alex", le second épisode transcende son sujet, presque théorique mais bien d’actualité, sur les dangers des fausses (?, et tout est dans le point d’interrogation…) dénonciations d’abus sexuels et leur traitement par la police : c’est le seul épisode de la série à date qui adopte le point de vue de l’accusé et fait des interrogateurs des bourreaux, une inversion de perspective rafraichissante.

"Danielle", le troisième épisode, aborde avec subtilité le difficile thème des soupçons envers les pédophiles reconnus, et surtout les dérapages de la dénonciation tout azimut via internet. Sharon Horgan est absolument fascinante à observer, livrant une superbe performance en psychopathe manipulatrice, usant d’une logique troublante pour manipuler les policiers.

"Sandeep" clôt cette réussite quasi-totale sur un sujet beaucoup plus classiquement policier, où il s’agit de découvrir de quel(s) crime(s) peut être responsable un accusé arrogant et sûr de lui, bien décidé à mener le jeu de l’interrogatoire. Dans ce dernier épisode, c’est surtout la qualité de ce que l’on pourrait qualifier de « mini-énigme policière » qui captive, plus que les aspects psychologiques, psychiatriques ou moraux que les épisodes précédents ont mis en valeur.

Gros coup de cœur donc pour cette série brillante, et pour le travail d’orfèvre de toute l’équipe, certains moments de tension ou, mieux encore, d’attente se révélant même saisissants. On a envie de dire que c’est de la grande série TV, mais ce qu’on pense, en fait, c’est que c’est tout simplement du GRAND CINEMA.
[Critique écrite en 2020]
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